A Marrakech, la très attendue ouverture de Carré Eden

Le dernier projet en date de Simon-Xavier Guerrand-Hermès au Maroc est accessible au public. Baptisé Carré Eden, il se substitue au marché central, rasé et parfois qualifié par ses anciens commerçants de bijou de l’architecture du Protectorat.  

A Marrakech, la très attendue ouverture de Carré Eden

Le 8 mai 2014 à 15h39

Modifié 8 mai 2014 à 15h39

Le dernier projet en date de Simon-Xavier Guerrand-Hermès au Maroc est accessible au public. Baptisé Carré Eden, il se substitue au marché central, rasé et parfois qualifié par ses anciens commerçants de bijou de l’architecture du Protectorat.  

C’est ce 8 mai 2014 qu’ouvre ses portes la première tranche de Carré Eden à Marrakech, au cœur du quartier emblématique du Guéliz. L’occasion pour les porteurs du projet d’offrir aux riverains, Marrakchis et visiteurs, une performance artistique pour, nous indique-t-on, «célébrer avec eux, l'ouverture de leur nouveau centre commercial» d’une façon non élitiste, dans l’esprit d’une vidéo spécialement concoctée.

 

En revanche, c’est à une certaine élite qu’est accessible une bonne partie du complexe multifonctionnel, en particulier l’hôtel, le restaurant gastronomique, les résidences de prestige.

Le mall, lui, est grand public. Baptisé Carré Eden Shopping Center, c’est en quelque sorte le centre de gravité du complexe. Pour Eden Development, la société commanditaire du Franco-Marrakchi Xavier Guerrand-Hermès, «Carré Eden a été pensé comme un lieu de vie ; un espace fait d’allées et de placettes, […] ouvert aux autres et sur le ciel, puisqu’une grande partie de ses boutiques donne sur des allées extérieures, comme un petit quartier dans le quartier. »

Le lieu se veut être la nouvelle adresse incontournable de ceux et celles qui font leurs courses et/ou du lèche-vitrine à Marrakech. Pour ce faire, sont proposées une soixantaine d’enseignes – mode, alimentaire, équipement… –, adaptées au plus grand nombre et qui signent leur première ouverture à Marrakech. Parmi elles, H&M, Gant ou encore Starbucks.

Conformément au modèle économique de mall très tendance, une cour de restauration rapide ou semi-rapide, plurinationale, contribue à attirer le consommateur au Carré Eden.

L’ouverture du centre commercial devrait être très prochainement suivie de celle de la partie résidences avec terrasses – dont les clés sont prêtes à être remises à tous acquéreurs potentiels. La seconde phase offrira aux Marrakchis et aux visiteurs de passage les deux autres composantes centrales du projet que sont le marché de frais et l’hôtel.

Retrouver l’âme du Guéliz de jadis

Le futur marché de frais est décrit par ses concepteurs comme étant un «espace de proximité», où auront leur place les maraîchers, les bouchers, les poissonniers, les marchands de fleurs, les artisans. De quoi «faire revivre à leur manière l’âme du Guéliz d’antan»… et une façon de consoler ceux qui estiment que le fait d’avoir fait table rase du marché central représente une perte pour le patrimoine marrakchi.

On se souvient que les touristes venaient y acheter des poteries. Et on raconte volontiers que des habitués étrangers de la ville ocre, dont Jean-René Fourtou, président de Vivendi, s’y lançaient leurs invitations entre deux étals de viande ou de fruits et légumes.

En ce qui concerne l’hôtel, ce sera un cinq-étoiles américain: Radisson Blu, pourvu de près de 200 chambres et suites, mais également d’un restaurant (130 couverts), d’un bar, un lounge bibliothèque, d’une piscine en aquarium, d’une salle de mise en forme (400 m²), d’un spa, d’une salle plénière (360 m²), entre autres «plus».

Le tout a pour maître d’ouvrage l’architecte-urbaniste Karim El Achak [lire mini-entretien ci-après], formé en Italie. Dans ce projet, il interroge l’identité de l’architecture arabe et se (ré)approprie l’orientalisme, par exemple en revisitant l’esthétique du moucharabieh.

Toujours sur un plan global, l’ensemble du projet Carré Eden est doté d’un budget d’investissement dépassant le milliard de dirhams – 34 % ayant été fournis par Eden Development. A l’héritier de la célèbre marque française de haute-couture est associé Maghreb Siyaha Fund, fonds géré par Actif Invest. Eden Development souhaiterait rester propriétaire du projet, via un gestionnaire chargé de la location des espaces commerciaux. Pour mémoire, le terrain du marché central appartenait au conseil de la Ville, qui, à la suite d’un appel d’offres, l’avait cédé à Eden Development pour 125 MDH.

Vers une redynamisation plus large

Lancé avant l’interminable crise économico-financière internationale, le projet apporte sa pierre, indirectement et de facto, à la reprise au sein de l’ancienne capitale des Almoravides. Le plan dédié, présenté au Souverain début 2014, escompte un investissement de près de 6,3 mmilliards de DH pour stimuler l’attractivité économique de la ville et consolider sa place en tant que l’un des pôles touristiques d’envergure mondiale. Déstabilisée un temps par l’attentat de l’Argana, Marrakech voit son secteur du tourisme reprendre des couleurs. Du pain bénit pour Xavier Guerrand-Hermès et ses pairs, notamment.

 

Karim El Achak: “De nouvelles formes d’expression des métiers traditionnels“

 

L’architecte-urbaniste et maître d’ouvrage du projet marrakchi Carré Eden est un diplômé de de l’École polytechnique de Turin, établi depuis plus de 20 ans à Marrakech : Karim El Achak. Avec le soutien des initiateurs de Carré Eden, il a pris le parti de revisiter, marocaniser le legs orientaliste et de faire appel au savoir-faire marocain. Son style se veut être par ailleurs fonctionnel, chic ; et sa démarche,  préoccupée d’accessibilité et de proximité.

Médias 24 lui a posé 3 questions, peu de temps avant l’ouverture du complexe.

 

Karim El Achak maître d’ouvrage de Carré Eden

 

L'ouverture avait été annoncée pour fin 2009 puis pour fin 2013. À quoi est dû ce retard?

En ce qui concerne les délais, les études projet ont été achevées en 2009, étant donné, d’une part, la complexité du programme hôtel / centre commercial / appartements résidentiels et, d’autre part, en raison des contraintes techniques et urbanistiques spécifiques au projet qui a remporté le concours. Or ce dernier voulait que le projet soit ouvert sur son environnement et à faible impact volumétrique.

 

Contrairement à nombre d'autres architectes marocains, vous n'êtes pas dérangé à l'idée de prendre en considération l'esthétique arabe, de la revisiter, et vous évoquez même l'orientalisme, qui a été si souvent décrié…

L’architecture, dans ma démarche, n'est pas seulement un vocabulaire esthétique. Les défis inhérents à ce projet étaient multiples, avec des attentes considérables de la part du promoteur et de la Ville. Sans oublier l'intérêt que les Marrakchis manifestent à l’égard de ce projet et de ce site.

Aujourd’hui, je considère que le Guéliz, cœur de Marrakech – classée sixième meilleure destination touristique au monde – propose des lieux de standing élevé et international, avec une architecture contemporaine liée à notre grande tradition de bâtisseur. L'art et les métiers traditionnels trouvent place dans de nouvelles expressions et formes. Nous constaterons dès l'ouverture du complexe si c’est une réussite ou non et si les usagers, les citoyens s'approprient le projet comme étant le leur ou non. Le temps répondra à cette question.

 

Quel a été votre rapport au commanditaire, de la conception à la mise en œuvre du projet ?

Dans un projet d’une telle complexité, l'architecte joue le rôle de chef d'orchestre pour une série d'intervenants de qualité tous très préparés, chacun dans sa spécialité. Je tiens à tous les remercier pour l'excellence de leur apport. Il est vrai que, avec M. Guerrand-Hermès, l'histoire est plus passionnante qu’avec d’autres commanditaires, dans la mesure où notre apport respectif a toujours été total et profond, dans un seul objectif : réussir ce projet, qui se veut être témoin d'une époque et le reflet d'une culture… Celle de notre Maroc.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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