7 clés pour suivre les derniers événements en Irak

7 clés pour suivre les derniers événements en Irak

Le 13 juillet 2014 à 10h45

Modifié le 27 avril 2021 à 22h29

Les événements se précipitent en Irak. La compréhension est brouillée par la confusion générale et la propagande de l'organisation de l'Etat Islamique. Voici 7 clés pour comprendre la situation actuelle et les événements à venir.

 

1. Les territoires contrôlés sont minuscules

La propagande de l’organisation de l’Etat islamique, relayée par les médias, évoque un territoire d’une superficie de 200.000 km2. En réalité, il n’en est rien, comme nous allons le voir.

L’ISW (Institut for the Study of war), think tank américain spécialisé dans les études militaires, vient de publier une intéressante étude sur ce que pourrait être la bataille de Bagdad.

L’étude signée de Jessica Lewis, relève des signes qui pourraient indiquer un lancement de l’attaque par l’organisation de l’Etat islamique, au cours de ce mois de Ramadan.

Le plus intéressant, ce sont deux cartes :

la première qui montre les villes contrôlées par les forces de Baghdadi, en Irak et en Syrie et qui sont une quinzaine.

la seconde qui montre les zones contrôlées par l’E. I. et qui sont beaucoup plus restreintes que ne le dit la propagande de cette organisation. En effet, le contrôle est limité aux centres urbains, ainsi que des bandes territoriales longues et minces, reliant quelques villes entre elles. Les zones d’attaque et les zones d’appui de l’E.I. sont plus étendues, et on voit bien les problèmes qui se posent en matière de logistique.

L’étude relève que l’organisation de l’Etat islamique, si elle souhaitait traduire dans la réalité la proclamation du califat, aurait certainement du mal à passer d’une organisation militaire à une organisation politique.

Le Telegraph, quotidien britannique, a publié de son côté vendredi ce qu’il présente comme l’organigramme de l’E.I. en Irak, retrouvé selon le journal dans des documents abandonnés par les jihadistes et saisis par l’armée irakienne. Cet organigramme sans intérêt montre une organisation tournée vers le combat et la prédication.

 

Ci-dessous, les bandes noires indiquent les territoires effectivement contrôlés par l'organisation de l'Etat islamique et qui sont minuscules. En rouge, les zones d'attaque de l'E.I. et en rose, les zones d'appui ou d'influence et de soutien. Situation au 23 juin 2014. Source: ISW.

 

 

Ci-dessous, les carrés quadrillés en noir et jaune sont les villes contrôlées par l'E.I.  Les carrés noirs représentent les états majors probables de l'E.I. Situation au 23 juin 2014. Source: ISW.

 

2. Une puissante propagande pour terroriser

Jamais organisation jihadiste n’avait autant utilisé twitter et jamais elle n’a autant inondé les réseaux de documents, photos, vidéos.

L’objectif est un objectif de propagande :

– des démonstrations de force : d’où les multiples documents montrant un abondant matériel militaire. La réalité est que la capacité militaire des forces de Baghdadi réside surtout dans les 4×4 qui leur donnent une grande mobilité, les missiles anti char et des pièces telles que les canons bitubes et les mitrailleuses lourdes.

-terrifier : jamais une organisation n’avait autant diffusé de vidéos de têtes coupées, d’exécutions sans jugement, de cadavres alignés.

 

3. Ennemi proche, ennemi lointain.

Les forces de Baghdadi reprennent à leur compte le concept “l’ennemi proche avant l’ennemi lointain“. En d’autres termes, se concentrer sur la prise de contrôle des pays musulmans pour constituer une base pouvant servir à faire la guerre à l’ennemi lointain, c’est-à-dire le monde non-musulman.

Ce concept avait été élaboré par Abdeslam Farag, chef de la Gamaa Islamiya égyptienne, responsable de l’assassinat de Sadate en 1981. Il mettait en avant la nécessité de l’action (le jihad) pour prendre le pouvoir dans les pays musulmans.

Il marquait donc une rupture avec la conception de Sayid Qutb, le célèbre Frériste égytien, qui voulait réislamiser la société égyptienne car selon lui, les faux musulmans se trouvaient encore dans une sorte de Jahiliya (période anté-islamique).

Avec son concept de Jihad global, al-Qaida a ratissé plus large. Elle a fait les deux, combattre l’ennemi lointain et l’ennemi proche. Ben Laden considérait que les Etats Unis étaient le grand Satan car si ce pays tombe, tous les autres tombent, y compris les Etat musulmans impies que les USA soutiennent.

Zawahiri également voulait combattre les deux ennemis en même temps. D’où des attentats un peu partout, aussi bien dans les pays musulmans que dans des pays non musulmans.

Cette question est revenue au devant de l’actualité au cours de la semaine écoulée, en marge de la guerre de Gaza. Pendant que les Palestiniens de la bande de Gaza se faisaient bombarder, la polémique faisait rage sur Twitter entre différents adeptes ou membres de l’organisation de Baghdadi et d’autres islamistes radicaux. Les seconds reprochaient aux premiers de faire la guerre aux musulmans plutôt qu’aux “juifs“. Les premiers répondaient en donnant l’exemple du premier calife Abou Bakr qui a fait la guerre aux “apostats“ avant que son successeur Omar ne “libère Al Qods“.

La position de l’E.I., exprimée à différents échelons, est de tuer les “apostats“, de réislamiser les sociétés  par le fil de l’épée, de consolider le “califat“, avant de porter la guerre à l’extérieur.

La définition de l’apostat chez eux est très large. Par exemple, le Hamas, considéré comme radical par beaucoup, est qualifié de groupe d’apostats par le E.I.  Tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont des apostats. Le takfir est une arme de destruction massive chez l’E.I.

C’est pour cela que l’E.I. est une organisation extrêmement dangereuse pour les pays musulmans d’abord. Il suffit d’un adepte, électron libre, dans une ville ou un pays, qui appliquerait à la lettre les consignes, pour qu’il y ait un attentat.

Pour l’E.I., le jihad consiste en la recherche d’une prétendue pureté. La musique, le cinéma, le tabac sont déclarés illicites et passibles de coups de fouet sur la place publique. Dans cette vision de purification, le musulman est évidemment supérieur au non-musulman et l’homme à la femme.

4. Les talibans, Al Qaïda

Les exécutions sommaires sont tellement nombreuses, la cruauté est telle que les talibans ont appelé l’E.I. à éviter les excès (al ghoulou).

Al Qaida a jugé que la proclamation du califat est prématurée.

C’est dire que Al Qaida et les Talibans apparaissent plus modérés que Baghdadi.

5.  L’insurrection sunnite, le grand retour du Baas

Izzat Ibrahim Douri, l’ancien adjoint de Saddam et qui se présente comme son héritier, se proclame comme l’un des chefs de l’insurrection sunnite en Irak.

Son positionnement politico religieux n’est pas clair puisqu’il se réclame à la fois du Baas, du soufisme et l’allié de l’E.I. et d’Al Qaida auxquels il a rendu hommage dans un discours diffusé samedi sur le net.

Izzat Ibrahim est le seul rescapé de l’ancienne direction de l’Irak de Saddam. Tout en rendant hommage aux forces de Baghdadi, il a affirmé dans son discours que l’essentiel de l’insurrection est d’origine sunnite dont le moteur est l’alliance entre les anciennes forces du Baas et les tribus. Il a également promis à Nouri Al Maliki de le faire pendre avant l’aïd, ce qui dans le langage du Baas signifie une attaque imminente de Bagdad.

6. Sunnites contre sunnites

En l’absence de monopole religieux, la libre concurrence permet à n’importe qui de revendiquer le leadership sunnite. En Syrie, les études sérieuses et indépendantes ont recensé… un millier de petits groupes combattants contre Bachar.

Les deux plus importantes factions, Jabhat Nosra et l’ex-EIIL, ont fini par s’affronter, selon une dialectique bien connue des guerres civiles. Ces affrontements ont fait plusieurs milliers de morts jihadistes, peut être 20.000 selon des estimations crédibles.

Une prise de Bagdad ou une victoire de l’insurrection sunnite en Irak finira par arriver, mais se produira en même temps une guerre civile intérieure au camp sunnite, qui sera sans aucun doute attisée par les puissances voisines. Les USA et l’Arabie Saoudite savent acheter la loyauté (provisoire) des tribus.

Ce sera de toutes les manières un retour de plusieurs siècles en arrière, vers les époques où le pouvoir échoit au plus fort.

 

7.   La semaine de la Hijra

L’E.I. a décrété vendredi la “semaine de la hijra“, de la migration vers l’Etat islamique, demandant aux musulmans de le rejoindre, en provenance du monde entier.

Autant que nous puissions en juger en nous référant au web jihadiste, aux forums, et aux réseaux sociaux, l’appel n’a pas suscité d’engouement. Au contraire, comme nous l’avons constaté, il y a un exode continu de milliers d’Irakiens qui quittent la ville de Mossoul, en grande partie contrôlée par les forces de Baghdadi.

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