Israël devient un non-Etat selon l’analyse d’un journaliste américain

Israël devient un non-Etat selon l’analyse d’un journaliste américain

Le 15 juillet 2014 à 17h03

Modifié le 11 avril 2021 à 2h36

Le journaliste américain Clayton Swisher, expert du Moyen-Orient basé à Doha, livre une analyse originale sur le devenir d’Israël, qui se mue progressivement en «non-Etat», selon lui, pour adopter davantage l’allure d’un avant-poste de combat... amené tôt ou tard à s’écrouler.

Alors que le ciel de Gaza s’embrase sous l’assaut des tirs de roquettes israéliennes, provoquant près de 200 morts et des milliers de blessés côté palestinien, le journaliste américain Clayton Swisher fin connaisseur du Moyen-Orient et travaillant pour le groupe Al Jazeera et, entend fournir un point de vue original sur la mutation qui se joue en Israël.

Largement soutenue par les départements de politiques étrangères américains mais également par sa puissance militaire, cette nation en abandonne peu à peu les codes. Pour le reporter américain, le «non-Etat israélien» est plus proche que l’on ne le croit.

Tout semble indiquer désormais qu’Israël se mue en «Green Zone». Il suffit d’atterrir à l’aéroport Ben Gourion, de traverser le pont Allenby ou d’être évacué vers la zone de séparation pour s’en apercevoir, ajoute-t-il.

Cette étape ne serait par ailleurs qu’un préalable à l’évolution la plus probable: l’émergence d’un avant-poste de combat, faisant d’Israël une véritable caserne, un bunker dans cette zone friable. Un scénario hautement envisageable selon Clayton Swisher, et pourtant également éphémère. Le sort de tout avant-poste de combat n’est-t-il pas le démantèlement en fin de conflit ou l’invasion par des troupes ennemies en cas de défaite? «Au vu des circonstances actuelles, le même avenir attend sans doutes ce qui est aujourd’hui présenté comme l’Etat d’Israël», souligne le spécialiste.

Le jeu d’Israël et des Etats-Unis

Le chaos et les violences règnent dans cette région du globe tandis que les velléités de califat germent de plus en plus. Les combattants sunnites se déchirent sur des territoires désormais ingouvernables depuis la chute de régimes autoritaires. Les tyrans ont cédé leurs places à des pantins se nommant Isis, Jabhat Al Nousra ou se revendiquant de la nébuleuse d’Al Qaida et se déployant sous divers acronymes (AQMI, AQPA, Al Shabaab).

A ces bouleversements s’ajoutent une majorité de sunnites et chiites aliénés par leurs leaderships politiques, dans l’attente d’une meilleure alternative. S’ils sont davantage préoccupés par leurs oppositions religieuses et leurs affrontements, précise le journaliste, sunnites et chiites jouent sans le savoir le jeu d’Israël et des Etats-Unis qui profitent de cette situation, détournant au mieux l'attention ou parvenant même à épuiser les belligérants.

Obtenir une indépendance totale et la liberté sur ces terres balayées par les révoltes arabes serait un préalable nécessaire. Cependant, le parcours est long, semé d’embûches et émaillé d’accords et alliances – essentiellement avec Israël – signés par «ces occidentaux modérés», et estimés injustes.

L’Arabie saoudite et la Jordanie menacent également de se dérober sous l’impulsion de la fronde grandissante des populations. La première est menée par un monarque vieillissant, se nourrit de taux de chômage alarmants chez les jeunes et souffre d’une absence de redistribution équitable des fruits du pétrole. La Jordanie quant à elle est dirigée par un jeune roi de plus en plus impopulaire, en raison notamment de sa proximité affichée avec les Etats-Unis et Israël. Le pays lui ploie sous le poids des milliers de réfugiés affluant au sein de ses frontières et fuyant les conflits orchestrés par les «amis» de la Jordanie. Quant à l’Egypte, sous la houlette du général Sissi, elle renoue inexorablement avec les régimes autocratiques…

Etat d’urgence permanent

Si ces systèmes instables (chaotiques?) se dressent aux portes de l’avant-poste de combat israélien, le conflit sera alors inévitable. Israël sera mobilisé en état d’urgence permanent ! «Ils tireront fréquemment, sans discernement – et si l’Histoire est bonne conseillère – probablement dans tous les sens», souligne Clayton Swisher, avant d’ajouter «qu’ils ne viseront pas uniquement les adolescents enflammant des pneus en Cisjordanie, ou des fusées lancées par des profanes dans la bande de Gaza».

L’armée israélienne sera au contraire confrontée à des insurgés aguerris, qui livreront d’âpres combats pour reprendre le plateau du Golan ainsi que les frontières contestées avec le Liban, des attaques seront également dirigées vers les installations militaires en Cisjordanie, exposant les colonies illégales. Dans le Sud, le désert du Sinaï serait aussi investi de combattants provenant d’aussi loin que le Maghreb.

Ces combattants n’auront ni uniformes ni insignes militaires, mais seront toutefois équipés et formés en Afghanistan, Pakistan, Irak, Yemen, Egypte, Somalie, Libye et Syrie; initiés aux obscures techniques des attentats suicides, de la fabrication artisanale de dispositif explosif ainsi qu’aux tactiques insurrectionnelles.

«Si vous pensez qu’Israël n’en fera qu’une bouchée, rappelez-vous les épisodes sanglants qui l’ont opposé à un groupe d’insurgés unique – le Hezbollah – pendant 34 jours en 2006», commente le journaliste. Cette «nation de start-upers» verra alors sans doute une importante fuite de ses jeunes cerveaux, à la recherche de cadres de vie plus propices aux Etats-Unis, Canada ou Australie, car aucune aide étrangère ne saurait suffisamment soutenir une économie israélienne déliquescente en raison des conflits.

Le meilleur arsenal militaire – soit-il nucléaire – ainsi que les agences de renseignements israéliennes les plus efficaces, ne pourront que peu pour une issue favorable à Israël dans de telles circonstances. Certes, celui-ci dispose d’une infanterie solide et suffisante pour occuper le terrain, mais à quel prix ? Un regard vers les vastes cimetières d’Algérie, du Vietnam, d’Irak ou d’Afghanistan donne un macabre aperçu d’un futur possible.

L’alternative atlantique

«La meilleure option à laquelle Israël peut prétendre – mais elle n’est que peu probable – est de voir une tierce partie s’immiscer dans conflit pour servir de tampon, pendant qu’Israël se retranche derrière les frontières de 1967, internationalement reconnues», déclare Clayton Swisher.

Une perspective d’ores et déjà soulevée en 2008 par le général James Jones des US Marine (plus tard conseiller du président Barack Obama en matière de sécurité nationale), qui a soumis l’idée d’un déploiement de l’OTAN en Cisjordanie. L’OTAN pourrait être ce tampon, et pourrait non seulement assurer la sécurité d'un Israël ayant abandonné les territoires palestiniens mais également garantir la protection des Palestiniens visés par des colons juifs violents ou des soldats israéliens.

Cette alternative de l’OTAN aurait probablement le mérite de désamorcer de nombreuses tensions dans cette zone du globe, si tant est qu’elle soit adoptée. Or pour le journaliste, elle ne sera pas appliquée pour trois raisons principales: d’abord, parce que Benyamin Netanyahou n’a jamais signifié la moindre intention de renoncer à l’occupation; puis aucune puissance occidentale ou de la coalition n’imposera de «solution» au conflit ; enfin, compte tenu de l’opposition farouche formulée à l’égard de la proposition du général Jones, il semble vraisemblable qu’aucun politicien ne s’asseye à la table des négociations.

«Beaucoup diront que cette situation est aberrante, mais il a y a clairement eu un manque criant d’imagination ou d’anticipation à chaque étape de ce conflit», souligne le spécialiste et d’ajouter «que ce qui se joue actuellement dans cette région du globe est indiscutablement une tragédie, imputable à Israël et aux Etats-Unis, mais que ce scénario ne devrait en aucun cas surprendre…».

 

 

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