Le Maroc hub africain? ce qu’en disent les décideurs

Ce n’est pas gagné. Beaucoup reste à faire. Instructif tour d’horizon grâce au forum des centraliens.

Le Maroc hub africain? ce qu’en disent les décideurs

Le 12 janvier 2015 à 19h27

Modifié 12 janvier 2015 à 19h27

Ce n’est pas gagné. Beaucoup reste à faire. Instructif tour d’horizon grâce au forum des centraliens.

Le Roi Mohammed VI l'a appelé de ses vœux lors du discours d’Abidjan en Février 2014, consacrant la nécessité d’un partenariat de co-développement Sud-Sud avec le sous-continent sub-saharien. L’intégration régionale est également un volet du plan d’accélération industrielle du ministre Moulay Hafid Elalamy.

L’association des anciens élèves Centrale et Supélec, à l’occasion de son 4e forum tenu le 11 et 12 janvier,  présentait les pistes de décideurs publics et du monde des affaires pour réaliser le destin africain du Maroc et en faire un hub à l’échelle continentale.

L’Afrique, des facteurs de croissance exponentielle pour les prochaines décennies

Avec une croissance de 6,3% en moyenne dans les années 2000, l’Afrique s’est positionné comme 2e pôle économique mondial après l’Asie.

La région Afrique de l’Ouest a enregistré une croissance de 7% en moyenne. Le continent a présenté une bonne résilience à la crise en maintenant un taux de croissance moyen de 5% depuis 2008.

Parmi les 35 économies à la croissance la plus rapide, 16 pays sont africains. Ces taux de croissance ne sont plus seulement portés par les pays exportateurs d’hydrocarbures, mais également par des pays dont le moteur de la croissance a été la demande intérieure, comme le Burkina Faso ou la Tanzanie.

Le continent africain est en passe de devenir le plus grand réservoir de population active. En 2040, la population africaine devrait compter 1 milliard de personnes en âge de travailler. C’est également une population qui s’urbanise, laquelle vient grossir les rangs de la classe moyenne.

La place privilégiée du Maroc sur le continent

Les atouts des entreprises marocaines ne manquent pas pour percer les marchés africains. Leur expertise africaine en fait les interlocuteurs privilégiés des  multinationales qui souhaitent s’y implanter.

Les entreprises sont souvent pionnières sur les marchés non matures africains, et ont la réputation d’avoir une bonne appréciation du risque, une capacité d’adaptation à des marchés éclatés. Les IDE marocains à destination des  pays africains ont explosé en 2 ans, passant de 51% en 2008 à 89% en 2010 du total des IDE marocains.

Le secteur bancaire marocain est certainement la meilleure illustration de la pénétration réussie du Maroc en Afrique.

Boubker Jai, DG d’Attijariwafa Bank, présentait à l’occasion du forum les résultats du groupe pour 2014. Présent dans 13 pays africains, le groupe y a réalisé 26% de son chiffre d’affaires.

L’éducation tient également une place de premier ordre dans l’intégration économique de la région. Avec ses 16.000 étudiants d’origine africaine, le système éducatif marocain représente la 1e destination francophone – notablement devant la France, ou le Canada – et la 2e destination des étudiants africains.

Et le potentiel de croissance est énorme quand on sait que 24% du budget des ménages africains sont alloués aux dépenses d’éducation privée, a souligné Mme Ghita Lahlou, Directrice de l’Ecole Centrale de Casablanca.

D’importantes marges de manœuvre

Et pourtant, le Maroc est loin d’avoir gagné sa place de hub africain, notamment dans sa relation commerciale avec le reste du continent.

Comme Vincent Castel, économiste en chef de la Banque Africaine de Développement l’indiquait, les marques marocaines ne représentaient que 0,26% des parts de marché en Afrique en 2010 (0,14% en 2000). La tendance est certes haussière mais moins importante par rapport à d’autres pays de la sous-région.

Pour l’économiste, le commerce avec l’Afrique est limité par la faible complémentarité des produits marocains avec les marchés africains. Le panier des biens d’exportation a faiblement évolué en 30 ans et la valeur ajoutée ne s’est pas beaucoup améliorée.

Des pays comme l’Egypte présentent par exemple un indice de complémentarité plus élevé avec le reste du continent, et donc une meilleure adéquation à la demande africaine.

La politique douanière africaine n’avantage pas non plus le commerce régional. Le Royaume n’a signé aucun accord de libre-échange avec ses partenaires subsahariens. Il reste à la porte de la CEDEAO qui applique depuis le 1er janvier un tarif extérieur commun, permettant aux exportateurs une entrée en douane unique du Sénégal au Nigéria. 

Des pistes de réflexion pour une plus grande intégration régionale

Les chefs d’affaire ont donc présenté leurs propositions pour renforcer la présence marocaine en Afrique, sur un modèle de co-développement gagnant-gagnant.

Ceux-ci ont notamment insisté sur trois points:

-le transfert d’informations et de savoir-faire à travers la création d’une agence  marocaine pour le développement en Afrique adossée à la Primature,

-la coopération réglementaire, à travers la signature d’accords de libre-échange et de conventions de non-double-imposition,

l’essaimage de la PME marocaine en Afrique, avec l’incitation à la co-localisation (le fait pour une grande entreprise qui se délocalise d’apporter ses fournisseurs).

De grands défis attendent le continent africain, comme le désenclavement de ses marchés et l’accessibilité au marché international de produits.

Le Maroc peut ici jouer un rôle de premier plan.  Il peut notamment faire valoir son expertise en projets d’infrastructure (portuaires, électrique, eau).

Les acteurs marocains pourraient être sollicités sur certains grands projets transnationaux: l’interconnexion électrique entre le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal, le gazoduc Nigéria-Europe, la liaison routière entre le Sénégal et le Maroc.

Et le Ministre sénégalais de l’Industrie, Aly Ngouille Ndiaye, de rappeler la place leader du Maroc sur certains secteurs.

Le Plan Sénégal Emergent fera bonne place aux industries marocaines dans les secteurs de l’agro-alimentaire, du textile et du minier. Le Ministre souhaite notamment faire bénéficier la production de phosphate de l’expertise de l’OCP.

 

 

 

 

 

 

 

 

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