Semaine fatidique pour l’avenir de la SAMIR

Dimanche 15 novembre est la date limite que s’est fixé Al-Amoudi pour verser sa quote-part à l’augmentation de capital. 

Semaine fatidique pour l’avenir de la SAMIR

Le 8 novembre 2015 à 10h27

Modifié 8 novembre 2015 à 10h27

Dimanche 15 novembre est la date limite que s’est fixé Al-Amoudi pour verser sa quote-part à l’augmentation de capital. 

Celle-ci est de 6,72 milliards de DH sur un total appelé de 10 milliards de DH.

Au moment où nous rédigeons ces lignes, il était impossible de savoir si Al-Amoudi a déjà viré le montant promis, si ce sera fait à la dernière minute ou s’il va encore se donner un nouveau délai.

C’est le flou et l’incertitude.  La puissance publique, les employés, les fournisseurs, les banques sont pris en otage par un individu.

Cette idée de flou et de chantage a été reprise au cours d’une réunion publique de mobilisation, organisée mercredi 4 novembre à Mohammédia, par le Comité local de suivi de la crise de "La Samir".

Le front syndical et le comité de suivi sont clairement mobilisés et envisagent différentes actions à Mohammédia et éventuellement à l’échelle nationale.

Les différents intervenants, syndicalistes, ATTAC Maroc, ancien cadre de la Samir, ont insisté sur deux points :

-la responsabilité de l’actionnaire de référence, de Cheikh Mohamed Hussein Al-Amoudi et du top management, dans la situation actuelle ;

-que le personnel ne laissera pas faire et ne se laissera pas faire. En d’autres termes, le personnel et les syndicats demandent une re-nationalisation, partielle ou totale de la Samir. Et à défaut, une intervention rapide de pouvoirs publics pour préserver les emplois, l’outil de production et tout l’éco système qui assure au moins 5.000 emplois indirects dans 200 sous-traitants.

La réunion du mercredi était intéressante aussi pour la qualité de quelques interventions et des pistes envisagées ou esquissées pour une sortie de crise. Ce fut le cas en particulier des interventions d’El Houssine El Yamani, coordinateur des syndicats de la Samir; de notre confrère Salaheddine Lemaizi (ATTAC Maroc, brillant comme toujours)  et de Mehdi Missouak, ex-ingénieur à la Samir et qui a essayé de ramener le débat vers la réflexion détachée des émotions mais c’était difficile.

Ce que l’on a retenu aussi, c’est un incontestable attachement des salariés à l’outil de production, visible à travers les interventions.

>Un grand poids économique et social dans la région:

M. El Yamani a essentiellement présenté trois points:

-la responsabilité de l’actionnaire de référence qui a financé toutes les activités par le recours aux fonds propres de la société ou à l’endettement et ce, sans jamais avoir apporté du capital ni du compte courant.

-la nécessité d’un retour de l’Etat dans le tour de table, pour pouvoir exercer un contrôle de l’intérieur.

-la Samir en chiffres: 910 emplois ; 5.000 à 7.000 emplois indirects ; 70% de l’activité du port de Mohammédia ;  un milliers de logements au profit des salariés ; couverture santé pour plus de 2.000 retraités ; stages au profit d’un millier d’étudiants par an ; contribution importante aux recettes fiscales de la ville ; soutien matériel à différentes actions dans les domaines de l’environnement, de la culture et des arts ; 10 millions de tonnes de capacité de production ; capable de couvrir la totalité des besoins exception faite du déficit structurel dans le domaine du gasoil (couvert à 30% seulement au maximum) ; part de marché en baisse (55% actuellement) ; 2 millions de tonnes de capacité de stockage soit 90 jours de consommation avec d’importantes capacités logistiques ; 1,5 million de tonnes de capacité de stockage des distributeurs, soit 70 jours de consommation.

>Les pistes et les scénarios:

Les 4 scénarios de Salaheddine Lemaizi :

1 Le sauvetage. Il exige au minimum 12 à 14 milliards de DH à mettre sur la table et 2 à 4 milliards de DH pour redémarrer l’outil de production, y compris l’achat de matières premières.

2 Un sauvetage par les banques qui entreraient dans le capital, et nommeraient une nouvelle direction. Il y aura réduction d’effectifs à travers des licenciements comme cela a été le cas pour Maghreb Steel. Les banques chercheraient une seule chose : récupérer leurs créances. Mais les banques sont complices du silence général, elles ont gagné 1 milliard de DH en intérêts sur les prêts accordés à la Samir.

3 La fermeture : cela signifie les licenciements aussi bien à la Samir qu’au niveau de l’écosystème de sous-traitants. Et accroîtrait la dépendance du Maroc: bitume, kérosène, fuel…

4 Nationaliser la Samir. L’intervenant juge que c’est le meilleur scénario, on reviendrait au monopole avec instauration d’une protection douanière, on séparerait les activités de raffinage et les importations de pétrole brut. On instaurerait des normes de qualité draconiennes pour le marché intérieur. La nationalisation ne peut réussir sans une vision de défense de tout le secteur en tant que secteur stratégique pour le Maroc.

Abdelaziz Messaoudi (membre de Transparency Maroc mais s’exprimant à titre personnel) : L’OCP est donnée en exemple. Il faut nationaliser la Samir et suivre l’exemple d’OCP en matière de gouvernance.

Hadi Messouak (ingénieur, ancien cadre de la Samir) :

-Le constat : au moins 6 milliards de DH de dividendes ont été transférés à l’étranger ; la politique de l’actionnaire de référence consistait à ne pas toucher aux bénéfices mais emprunter aux marchés financiers pour investir ; un contrôle fiscal et un contrôle de l’Office des changes sont en cours ; les 42,5 milliards de DH de dettes représentent la somme de 1.250 DH que chaque Marocain pourrait avoir à  payer en cas de nationalisation.

-Les pistes :

         *la Samir doit produire une excellente qualité et moins cher qu’à l’import, quitte pour cela à investir ;

         *constituer un nouveau tour de table, aves l’entrée des banques par conversion de la dette ; ainsi que les distributeurs pour assurer une part de marché ;

         *participation de l’Etat et régulation du marché par une Agence nationale ;

         *re-nationaliser est une idée noble mais qui demande trop de moyens ;

         *changer le top management qui n’inspire plus confiance et qui porte une part de responsabilité

         *réunir tous les intervenants pour un débat sur la quetsion.

>un peu de politique et/ou d’idéologie :

“Le rapport de force est en faveur d’Al-Amoudi, c’est cela une multinationale. L’Etat et la société sont pris en otage“. (Lamaizi)

“Après avoir privatisé les bénéfices, on veut nationaliser les pertes“ [allusion aux possibles abandons de créances par l’Etat ou les banques publiques]

>Qui est responsable?

-Amoudi, dégage! ne prends que ta veste sur le dos. (Tarik Sbai, Instance de défense des deniers publics.

-Achaâb yoyrid, ta’mim la Samir. [le peuple veut la nationalisation de la Samir]. (Tarik Sbai).

-Al-Amoudi a réalisé de belles affaires au détriment de la Samir, puisqu’il était fournisseur de la Samir en pétrole brut à travers ses activités internationales de trading. Il s’est octroyé de belles marges (Salaheddine Lamaizi).

-L’Etat, la Bourse, les banques, tous sont responsables, il y a eu un silence général complice (Lamaizi). Comment la douane a-t-elle pu octroyer des facilités aussi importantes sans garanties?

-L’actionnaire de référence était son propre fournisseur. En fait, il y a eu évasion fiscale, un transfert de prix vers des pays où l’impôt est plus bas. (Abdelaziz Messaoudi).

-Il faut instaurer un tribunal populaire et faire un procès public à Al-Amoudi et au top management, ainsi qu’aux gouvernements successifs pour gaspillage de deniers publics, escroquerie, et atteinte à la sécurité énergétique du Maroc. Il faut lancer une procédure internationale contre Al-Amoudi pour transfert illégal d’argent et violation de la convention d’investissement. S’il revient au Maroc, il faut une interdiction de quitter le territoire national, les syndicats doivent déposer une plainte au pénal contre lui, il ne faut pas hésiter à aller devant la Cour pénale internationale ( !!). (Tarik Sbai).

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