L’armée émiratie de plus en plus active à l’étranger

L’armée émiratie de plus en plus active à l’étranger

Le 6 septembre 2016 à 11h33

Modifié le 11 avril 2021 à 2h38

Dans un ouvrage à paraître ce mois-ci à Washington, «L’Ouest de Suez» (West of Suez for the UAE, en anglais), Alex Mello et Michael Knights analysent la montée de la puissance militaire de la riche fédération des émirats du Golfe.

Formés en 1971 au lendemain du départ des Anglais, les EAU représentent aujourd’hui une importante puissance régionale.

L’ouvrage de Mello et Knights décrit et analyse les premières sorties militaires émiraties au Liban dans le déminage, puis au Kosovo dans les années 90.

Au cours des 12 dernières années, plusieurs centaines de militaires d’Abou Dhabi ont servi  en Afghanistan dans le cadre des opérations de la Force internationale de sécurité et d’assistance (ISAF)  de l’OTAN.

Au fil des ans, on réalise qu’Abou Dhabi est fort actif à l’étranger, y implante des bases et  dépense de 14 à 15 MM$ de budget militaire par an pour un pays de moins de 10 millions d’habitants. «Petits» mais très riches, les EAU vivent au croisement de «la région de tous les dangers» avec l’Iran, l’Arabie saoudite ou encore l’Irak et Israël comme voisins immédiats ou proches.

Une puissance financière

Avec sa stabilité politique, ses richesses pétrolières et gazières, son PIB de 340 milliards de dollars en 2015 pour une population de près 9,8 millions d’habitants, un solde commercial positif de 80 MM$ la même année et une façade maritime de près de 800 km – presque deux fois supérieure par exemple à celles d’Israël et du Liban réunis-, les EAU ne répondent à aucun cliché ancien, sauf celui du pétrodollar.

Dubaï et Abou Dhabi figurent parmi les villes les plus riches et les plus dynamiques au monde. En 2014, les EAU ont dépensé 14,35 MM$ pour leur armée, un budget parmi les 15 premiers au monde, égal à celui d’Israël et supérieur à celui du Koweït, du Qatar ou de l’Algérie.

Mello et Knights  retracent les interventions militaires émiraties à l’étranger, mais il y a également la croissante présence militaire émiratie en Erythrée et en Somalie.

A Assab sur la côte érythréenne sur le détroit de Bab El Mandab à l’entrée de la mer Rouge, les EAU ont repris un site maritime pour en faire un port en eau profonde, une base militaire moderne et y construire un centre de formation et un aéroport avec une piste de 3.500 mètres. «Les forces émiraties ont doublé la surface du tarmac et construit une tour de contrôle et de nouveaux hangars», écrivent Mello et Knights.

Erythrée et Somalie

Située face aux rivages yéménite et saoudien, Assab est la première et la plus importante projection militaire des Emirats hors de leur pays.

Le choix de l’Erythrée a été bouclé en un temps record en mars-avril 2015 au moment où se développait une tension diplomatique entre Abou Dhabi et Djibouti au sujet de la présence militaire émiratie sur le sol du pays africain. Il est à noter qu’au lendemain des tensions entre Abou Dhabi et Djibouti, les Saoudiens ont développé un important partenariat militaire avec Djibouti.

Soignant également ses relations avec les Comores et Madagascar dans l’océan Indien, les EAU se rapprochent avec la Somalie dans la Corne de l’Afrique.

En mai 2015, ils signent avec Mogadiscio un partenariat de formation et d’entraînement avec l’Agence nationale de renseignement et de sécurité (NISA, pour l’acronyme en anglais).

Abou Dhabi a ouvert un centre de formation près de Mogadiscio, où elle a notamment formé des combattants sud-soudanais et équipé des unités de Juba. Le rapprochement avec Mogadiscio n’empêchera les Emiratis de Dubaï World Ports(DWP) de négocier et d’obtenir un contrat de gestion du port de Berbera dans le Somaliland voisin, pour une durée de 30 ans. Ce contrat permet aussi  au partenaire érythréen de rompre sa dépendance vis-à-vis du port de Djibouti pour son commerce extérieur, une alternative appréciée par Asmara.

Plus à «l’ouest de Suez», les EAU se rapprochent des armées égyptiennes et marocaines et interviendront à de multiples reprises par voie aérienne dans la crise libyenne depuis 2012. Avec Le Caire, Abou Dhabi mènent des manœuvres navales et des opérations aériennes communes.

 Avec le Maroc, un accord de coopération en bonne et due forme sera signé en décembre 2014 et présenté au parlement tandis qu’un accord signé en 2006 est réactivé. Ces accords prévoient échange de renseignements, formation et missions communes.

Deux mois auparavant, le département de Salaheddine Mezouar indiquait dans un communiqué en octobre 2014 que le Maroc apporte «son soutien actif» aux Emirats Arabes Unis dans leur lutte contre le terrorisme et pour la préservation de la paix.

Depuis 2014 en Syrie et au Yémen, les aviations des deux pays agissent ensemble avec des F-16 marocains stationnés aux EAU. Aujourd’hui, les EAU ont besoin du Maroc au Levant et dans la péninsule arabique.Demain, c’est le Maroc qui pourrait avoir besoin des avions de chasse et de l’expertise émiratie.

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