ENTRETIEN (1). Moncef Lyazghi: « Le foot national n’a eu que des réussites ponctuelles »

C’est une belle victoire que le Maroc a obtenue mardi 24 janvier pour une qualification inespérée en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Gabon en ce début d’année. Seulement, cela fait presque 13 ans que nous n’avions pas vu les Lions de l’Atlas jouer à ce stade de la compétition. 

ENTRETIEN (1). Moncef Lyazghi: « Le foot national n’a eu que des réussites ponctuelles »

Le 25 janvier 2017 à 17h27

Modifié 11 avril 2021 à 2h39

C’est une belle victoire que le Maroc a obtenue mardi 24 janvier pour une qualification inespérée en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Gabon en ce début d’année. Seulement, cela fait presque 13 ans que nous n’avions pas vu les Lions de l’Atlas jouer à ce stade de la compétition. 

Pour comprendre ce qui a mal tourné dans le football national, et pour qu’une qualification en quart de finale devienne un exploit, nous avons interrogé Moncef Lyazghi, spécialiste des politiques sportives. Fin connaisseur de l'analyse des politiques sportives au Maroc, Moncef Lyazghi n'a pas sa langue dans la poche. Assez discret et très loin d’être un polémiste, il nous livre un regard sans concession sur l'état du football marocain et nous explique pourquoi nous avons cumulé beaucoup de retard.

– Médias24: Pourquoi selon vous et depuis quelques années, le Maroc n’a pas eu l’équipe qu’il mérite?

Moncef Lyazghi: Depuis plusieurs années, nous nous sommes basés sur des joueurs formés à l’étranger. Ils sont certes marocains, mais le pays n’a déboursé aucun centime dans le processus de formation. Pour être objectif, le Maroc s’approprie, en quelque sorte, un produit qu’une autre nation a formé depuis son jeune âge.

Pour moi, nous ne sommes pas une nation de football, contrairement à ce que répète une grande partie des Marocains. Si l'on se base sur le palmarès, le nôtre est presque vide avec une seule coupe africaine en 1976. Et si l'on se base sur les statistiques, nous avons un très faible nombre de licenciés dans le cadre des clubs de football.

Sur la dernière année, ce chiffre ne dépasse pas 74.000 pratiquants, soit moins de 0,18% de la population marocaine, malgré tout le buzz que peut créer le football au Maroc. Et c’est le même son de cloche pour les autres disciplines sportives. Nous avons 45 fédérations sportives et le nombre de licenciés ne dépasse pas 295.000 au total, soit moins de 1% de la population globale du pays.

– Comment justifie-t-on ce petit chiffre?

– Cela peut s’expliquer par le manque flagrant d’infrastructures au niveau national. Il faut savoir que nous n’avons qu’une seule unité sportive pour 30.000 habitants. Et ce ratio est bien plus médiocre dans quelques régions du pays comme Doukkala où l'on recense moins d’une unité sportive pour 50.000 habitants. Alors, comment peut-on continuer à dire que le Maroc est une nation de football?

A partir de ce constat, les défaites répétitives des Lions de l’Atlas ne devaient jamais être surprenantes. Le principal souci que nous avons au Maroc, c’est que tout le monde veut de bons résultats et ce, rapidement, contrairement aux pays développés qui ont mis en place une stratégie sur une très longue période qui a donné ses fruits.

Nos dirigeants estiment qu’un comité fédéral qui a réussi son passage est celui avec qui l’équipe première a réalisé les meilleurs résultats. Une corrélation qui n’a aucun sens, car les personnes qui se sont relayées à la tête du football marocain ne se sont pas intéressées à la formation des jeunes, aux autres catégories de l’équipe nationale et à élargir la base des pratiquants.

– Donc, aucun des dirigeants n’a réussi sa mission au sein de la FRMF?

– En toute objectivité, en 2010 et avec l’arrivée d'Ali Fassi Fihri à la tête de la FRMF, une nouvelle stratégie sportive a été mise en place. Malgré les reproches qu’on a pu lui adresser, c’était la première fois que nous assistions à la mise en place d’une vraie politique pour le football national.

L’actuel bureau fédéral avec Faouzi Lakjaa a opté pour la continuité et il ne met pas l’accent seulement sur l’équipe première. Ce qui est de bon augure. D’autant plus que d’autres chantiers ont été lancés, à l’instar de la qualification des entraîneurs, la formation des jeunes mais aussi la construction de terrains de football.

C’est un très bon début certes, mais ne soyons pas pressés. Il ne faut pas s’attendre à avoir des résultats rapidement, il y a forcément une période transitoire. Seulement, il faut respecter les objectifs et que les prochains dirigeants de la FRMF continuent dans la même lignée. Si nos dirigeants arrivent à comprendre que le football n’est pas seulement l’équipe première, nous allons avoir de bons résultats à tous les niveaux.

– Mais nous avons, tout de même, obtenu quelques bons résultats depuis quelques décennies …

– Nous nous sommes habitués à voir des "exploits" de l’équipe nationale, mais avec une fréquence très faible et c’était ponctuel: en 1986 et 1998 lors de la Coupe du monde, ensuite en 2004 avec la Coupe d’Afrique. Si nous voulons analyser ce fait, nous pouvons dire que c’était tout simplement grâce à un concours de circonstances, nous avions la chance d’avoir soit quelques très bons joueurs, soit un bon coach qui a pu créer l’exploit en rassemblant une belle équipe.

En Tunisie, et après l'élimination surprenante de son équipe nationale au premier tour de la Coupe d’Afrique en 1994 organisée sur son sol, il y a eu un travail de fond. Ainsi, depuis 1996, et la Coupe d’Afrique organisée en Afrique du Sud, les Tunisiens ont toujours réussi à dépasser le premier tour de la compétition et ce, grâce à la continuité dans le travail fourni par les dirigeants.

Nous avons toujours le sentiment que la Tunisie est une équipe qui a son mot à dire et qui peut gagner de grands matchs. Même lors du Printemps arabe et tout ce qui s’est passé sur son territoire, la Tunisie a toujours eu une équipe forte.

"Il n’est pas obligatoire d’avoir un championnat puissant pour avoir une sélection nationale qui enchaîne les titres"

– Pensez-vous que les échecs successifs de l’équipe nationale sont dûs, à la fois, à la faiblesse de notre championnat et aussi, aux clubs qui n'arrivent pas à briller au niveau continental?

– Il faut, avant tout, clarifier un point très important et mettre un terme à une idée très répandue chez nous. Il n’est pas obligatoire d’avoir un championnat puissant avec de grands clubs pour avoir une sélection nationale qui enchaîne les titres. L’Espagne est le parfait exemple pour illustrer cette situation.

Malgré le fait d’avoir des clubs riches et très puissants mondialement comme le FC Barcelone, ou le Real de Madrid, l’équipe espagnole n’a jamais brillé avant la Coupe d’Europe de 2008. La Roja comme on la surnomme, était automatiquement éliminée au premier tour de chacune de ses participations à une compétition internationale.

– Et comment expliquez-vous leur titre de champion du monde?

– Ce qui leur a permis d’aller plus loin que les premiers tours, c’est qu’ils avaient une bonne base sur laquelle ils ont capitalisé. La pratique du sport était ouverte à tout le monde. Ils ont démocratisé le sport, mais ils ont aussi élargi la base des pratiquants.

Ils ont offert les conditions adéquates à ceux qui voulaient devenir professionnels et avoir des licences. Sans oublier les autres franges de la population pour qui l’Etat espagnol a fourni les infrastructures nécessaires.

Chaque citoyen espagnol avait la capacité de pratiquer le sport qu’il voulait, grâce notamment à une politique de construction des unités sportives très développée. C’est bien grâce à cela qu’on trouve un nombre très important de pratiquants chez nos voisins ibériques. Et in fine, il y a un grand choix pour la sélection nationale.

 

Deuxième partie: L'équipe nationale est le plus grand parti du Maroc.

A lire aussi


Les dernières annonces judiciaires
Les dernières annonces légales

Communication financière

Visa de l’AMMC sur la mise à jour annuelle et occasionnelle du dossier d’information relatif au programme d’émission de billets de trésorerie

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Nabila Rmili Maire de Casablanca