Al Hoceima s’apprête à manifester ce jeudi après-midi

La publication, dimanche 14 mai, de la déclaration gouvernementale sur la situation dans le Rif n'a pas contribué à apaiser la situation, au contraire. Le mouvement de protestation a appelé à une manifestation ce jeudi 18 mai en fin de journée et lancé un appel à la grève générale.

Al Hoceima s’apprête à manifester ce jeudi après-midi

Le 18 mai 2017 à 12h00

Modifié 11 avril 2021 à 2h41

La publication, dimanche 14 mai, de la déclaration gouvernementale sur la situation dans le Rif n'a pas contribué à apaiser la situation, au contraire. Le mouvement de protestation a appelé à une manifestation ce jeudi 18 mai en fin de journée et lancé un appel à la grève générale.

Depuis la publication du communiqué des six partis de la majorité gouvernementale reconnaissant la légitimité des revendications économiques et sociales tout en mettant en garde contre les atteintes aux institutions et les appels à la violence, la tension est palpable. La déclaration du gouvernement a été perçue comme une stigmatisation de la population locale.

Mercredi 17 mai, un appel de Nasser Zafzafi à manifester ce jeudi et à faire grève avait été visionné par plus de 120.000 internautes moins de deux heures après sa mise en ligne. Ce jeudi à 11H, le nombre de vues frôlait le chiffre de 200.000.

Ce jeudi à la mi-journée, la situation était "normale à Al Hoceima, les cafés et les magasins ouverts", indiquent plusieurs sources locales contactées par nos soins.

Une déclaration gouvernementale qui a tendu la situation

L’AMDH a ainsi condamné cette semaine le fait que "le gouvernement veuille se substituer à la justice" s’agissant des accusations de violence. Le PJD, l’Istiqlal, l’USFP et le PAM appellent, pour certains militants et autorités à la retenue, d’autres à la convocation du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, au parlement et à la constitution d’une commission parlementaire.

La déclaration gouvernementale, maladroite par ses aspects accusateurs, a également suscité de vives protestations en Europe. Les comités de soutiens européens ont condamné le texte signé par les représentants des six partis et certaines déclarations faites à la télévision publique. Par ailleurs, ces comités se réunissent à Madrid ce samedi 20 mai pour créer officiellement une coordination européenne. Ils ont dans le même temps appelé à des manifestations devant les consulats et ambassades du Maroc en Espagne, France, Belgique, Pays- Bas, Allemagne, Suède et Norvège. 

Cette semaine, le secrétaire général du CCME, Abdallah Boussouf, aura également indiqué sur France 24 que "la présence d’importantes forces de sécurité dans la région d’Al Hoceima est due à la proximité de Sebta et de Mélilia", ce qui n’a pas dû plaire ni à la population locale ni à Madrid.

Le gouvernement n'a pas su non plus répondre correctement aux accusations concernant "la militarisation du Rif", allusion à un Dahir de 1958. Ce Dahir a été abrogé par celui de décembre 1959 qui en fait une région comme les autres, mais les autorités n'ont pas trouvé les mots pour le dire avec clarté.

Depuis lundi, d’importants renforts policiers et militaires sont acheminés sur la région. Un campement spécial a dû être dressé par les autorités locales près de Badis pour abriter les forces de l’ordre.

Pour sa part, invité chez Tijjini à la télévision mardi soir, Driss Yazami du Conseil national des droits de l’homme a souligné que "les revendications des manifestants d’Al Hoceima sont légitimes et que le droit de manifester et d’expression devait leur être garanti". Yazami a récusé les accusations généralisées de séparatisme et de violence, précisant qu'il s'agit qu'elles sont minoritaires.

Les autorités en première ligne

De nombreuses vidéos concernant le wali Mohamed Yaacoubi, très présent sur le terrain, circulent sur le web (ici par exemple).

Selon des sources sur place, les autorités font depuis le mois d'octobre et la mort de Mohcine Fikri, énormément de gestes de bonne volonté et ont accepté de nombreuses revendications. Sans parvenir à rétablir la confiance.

La mort tragique de Mohcine Fikri avait soulevé des protestations mais il s'est avéré en quelques jours et au vu des vidéos que sa mort était bien accidentelle.

Elle avait cependant cristallisé un sentiment d'abandon et de marginalisation de la part d'une partie de la population. Les indicateurs sociaux et économiques dans la région sont marqués par des taux de chômage élevés surtout parmi les jeunes et un déficit en équipements sociaux, malgré le rattrapage effectué depuis une quinzaine d'années.

Ce mécontentement, réel et légitime, selon toutes les sources, a été en partie répercuté avec un vocabulaire de particularisme ethnique, linguistique, identitaire.

Les postures de plus en plus virulentes des activistes, l'absence de drapeaux marocains lors des manifestations ou des sit-ins, l'omniprésence de drapeaux amazighs voire de drapeaux de la république du Rif, ont exacerbé les tensions.

Des orateurs parlent de "peuple du Rif", lors de prises de parole publiques pour galvaniser ou mobiliser la population. "Les Marocains sont nos frères", a-t-on entendu, comme s'il s'agissait d'un autre peuple. "La colonisation arabe est pire que la colonisation espagnole" (Nasser Zefzafi).

La virulence d'une frange radicale ne facilite pas le dialogue. Elle est parfois perçue comme une volonté de bloquer à l'avance tout dialogue en prenant des postures dont on sait à l'avance qu'elles sont inacceptables. 

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