La Samir a importé clandestinement du pétrole de l’Iran et du Kurdistan

On ne compte plus les dérives des dirigeants de la Samir. Certaines ont failli compromettre sérieusement les intérêts du Maroc. 

La Samir a importé clandestinement du pétrole de l’Iran et du Kurdistan

Le 4 janvier 2018 à 15h03

Modifié 4 janvier 2018 à 15h03

On ne compte plus les dérives des dirigeants de la Samir. Certaines ont failli compromettre sérieusement les intérêts du Maroc. 

Ces informations recueillies par Médias24 sont d'une extrême gravité: la Samir a importé illégalement, en 2013 et 2014, des quantités considérables de pétrole en provenance de l'Iran puis du Kurdistan irakien. Le tout, à coup de manœuvres dolosives et sur fond d'incidents diplomatiques. Récit.

Le 18 mars 2013, la Samir a conclu un contrat avec Ferland, une société rattachée à l'Iran. A l'époque, ce pays était encore sous embargo économique imposé par les Etats-Unis (IRAN ACT). L'objet de la transaction était l'acquisition d'un million de tonnes de pétrole brut, pour un montant de 113,7 millions de dollars.

Comment contourner l'embargo ? En inscrivant, dans le certificat d'origine, que le pétrole provient d'Iraq. Mais en réalité, c'est bien de pétrole iranien qu'il sera question. Des navires iraniens sont approvisionnés et prennent la direction du port Khor Fakkan, aux Emirats arabes unis. Là bas, le pétrole est chargé dans un tanker affrété par Ferland.

La combine ne passe pas inaperçue. Les autorités américaines ont vent de l'opération. Elles alertent à leur tour le ministère marocain des Affaires étrangères. La direction de la Samir est convoquée pour une réunion qui a eu lieu le 16 juillet 2013.

Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, le wali directeur des frontières et des crises au sein du ministère de l'Intérieur, trois représentants des services sécuritaires américains prennent part à cette réunion. La Samir est représentée par son directeur général (Jamal Ba-amer), le directeur du pôle ressources et celui du pôle commercial.

L'affaire est grave. Ferland est une société écran qui commercialise du pétrole pour le compte de l'Iran. Dealer avec cette entité inscrite dans la liste noire des Etats-Unis, c'est exposer les sociétés marocaines elles mêmes à des sanctions économiques. Autrement dit, la direction de la Samir a joué avec les intérêts stratégiques du Maroc.

D'où cette réunion d'urgence, où les services du ministère de l'Intérieur se montreront fermes: la Samir ne doit pas payer le montant objet du contrat et doit cesser toute relation commerciale avec les sociétés iraniennes (du moins jusqu'à levée de l'embargo).

Ce qui est certain, c'est que ce pétrole iranien a été déchargé et consommé, et la facture de Ferland figure bien dans les comptes de la Samir.

Le 11 décembre 2013, Philip Nelson, consul chargé des affaires économiques à l'ambassade américaine, rappelle cette affaire au cours d'une réunion tenue au siège de la Samir. Le chapitre iranien est bouclé. Moins d'un an plus tard, s'ouvre celui du kurdistan irakien.

Chapitre 2: Kurdistan

Le 22 mai 2014, la Samir entreprend l'acquisition d'un million de barils de pétrole brut, moyennant 106 millions de dollars. Le fournisseur est la société R.B. OIL, compagnie pétrolière rattachée à la province du Kurdistan irakien, territoire sous la souveraineté de l'Iraq.

Le 2 juin 2014, le paquebot est arrivé dans les zones maritimes marocaines, lorsque le ministère irakien du pétrole adresse un avis au ministère de l'Energie et des mines. Là aussi, la cargaison de pétrole à destination de Mohammedia est illégale, le pétrole transporté appartenant à la république d'Iraq et non à R.B. Oil. Or, le pétrole a été acheminé illégalement du Kurdistan sur le navire United Leader, à travers le port Jihan situé en Turquie. La correspondance venue d'Iraq est menaçante. Ses rédacteurs promettent d'engager les responsabilités civile et pénale de toute partie qui vendrait la cargaison sur le territoire marocain. Nous n'avons pas pu établir si cette cargaison a été déchargée au profit d ela Samir ou si elle a fait demi-tour. La seconde hypothèse nous paraît la plus probable.

Selon nos sources, ces modes opératoires sont utilisés pour servir les mêmes objectifs. On se tourne vers des régions douteuses dont on importe du pétrole brut à prix bas, pour ensuite le revendre au prix du marché. On ne sait pas si la différence a été réellement comptabilisée ou pas. En d'autres termes, si elle a pris le chemin de la compatbilité de l'entreprise ou un autre chemin.

En tous cas, on ne compte plus les dérives des ex-dirigeants de la Samir. Mais si cet ancien fleuron -aujourd'hui en liquidation – a été le premier à en pâtir, les intérêts du Maroc auraient également pu être compromis. Et très sérieusement.

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