Flexibilité des changes: un surcoût pour les pétroliers?

Alors que les opérateurs marocains font leurs premiers pas sous un régime de change flexible, certains craignent un éventuel impact sur l’économie nationale ou certains de ses secteurs. Une question qui se pose avec plus d’acuité dans le secteur pétrolier, dont la transversalité risque d’affecter des pans entiers de notre économie.

Flexibilité des changes: un surcoût pour les pétroliers?

Le 15 janvier 2018 à 15h56

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Alors que les opérateurs marocains font leurs premiers pas sous un régime de change flexible, certains craignent un éventuel impact sur l’économie nationale ou certains de ses secteurs. Une question qui se pose avec plus d’acuité dans le secteur pétrolier, dont la transversalité risque d’affecter des pans entiers de notre économie.

Nous vivons les premières heures de l’application de la flexibilité du dirham. Si beaucoup d’encre a coulé sur le sujet, force est de constater que les principaux acteurs du marché bancaire ont entamé cette nouvelle ère avec sérénité, comme Médias 24 a pu s’en assurer au sein même des salles des marchés, lors d’un reportage vidéo réalisé ce matin.

Afin d’atténuer l’impact de cette mesure, Bank Al Maghrib a en effet décidé de maintenir la bande de fluctuation dans un intervalle de 2,5% – à la hausse ou à la baisse.

Peut-on conclure pour autant que l’économie nationale ne subira aucun contrecoup, suite à l’adoption d’un régime flexible de change? Rien n’est moins sûr, les opérateurs de divers secteurs étant plutôt dans l’expectative…

Certes, l’exposition au risque de change diffère en fonction de la nature de chaque activité, mais l’on décèle tout de même différents sons de cloche – voire une certaine appréhension…

Ainsi, Samia Kabbaj – SG de Centrale Danone, se montre confiante. «Nous ne nous attendons pas à un impact immédiat sur notre activité. Le risque de change est systématiquement géré via des couvertures anticipées».

En revanche, les opérateurs du Groupement des pétroliers du Maroc (GPM) accueillent la flexibilité des changes d’un œil circonspect. L’entrée en vigueur de cette mesure est pour eux synonyme de période de flottement, qui verra leurs coûts évoluer à la hausse.

«La flexibilité engendrera un surcoût important, qui impactera l’ensemble des secteurs. Les opérateurs du secteur pétrolier sont confrontés à un risque réel» avertit Adil Ziadi, président du GPM.

Les importations de produits pétroliers étant libellées en dollars, toute fluctuation – même minime, entre l’achat et le règlement de la transaction, peut exposer les opérateurs en cas de défaut de couverture.

«La visibilité n’est pas très bonne, tant en termes de risque de change que de dépréciation éventuelle des stocks. Pour ne rien arranger, nous avons vu le durcissement de la politique de l’Office des changes en matière de couverture des risques», déplore Ziadi.

«Le formalisme est plus strict, la documentation plus dense… Désormais, il faut au préalable avoir acté les transactions et obtenu les factures définitives avant que l’Office ne donne son feu vert pour couvrir le risque de change». Une procédure jugée lourde par les pétroliers, en mal d’alternatives face à une règlementation qu’ils estiment contraignante.

«Des négociations doivent être engagées entre la CGEM, l’Office des changes et le ministère des Finances. Dans le monde entier, les couvertures des risques de change se font de manière quasi-instantanée, avec beaucoup de souplesse. Je ne vois pas pourquoi les opérateurs marocains ne pourraient pas bénéficier de mesures similaires,» s’interroge le président du GPM.

Alors que l’un des principaux objectifs de la libéralisation du Dirham est de renforcer la compétitivité de l’économie nationale – ainsi que sa résilience face aux chocs externes, les pétroliers marocains semblent craindre par-dessus tôt l’impact de la fluctuation du dollar sur leur activité. Surtout compte tenu de mécanismes de couverture qu’ils jugent insuffisants.

«Notre souhait est que le Dirham soit moins dépendant du dollar, c’est le principal risque qui pèse sur les bilans des sociétés pétrolières».

Les craintes des opérateurs pétroliers sont-elles justifiées? Il faudra attendre les prochains jours pour constater l’impact réel de la flexibilité du Dirham sur le prix à la pompe.

Toute hausse – comme l’appréhendent les opérateurs, sera répercutée sur le coût de l’énergie en tant que facteur de production, ainsi que sur le coût du transport de marchandises – avec des effets transversaux qui affecteront la majorité des secteurs de l’économie nationale.
 

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