Une hausse du prix du sucre granulé est fortement envisagée, l’industrie est dans le flou

L’éventuelle baisse des subventions destinées à certaines catégories de sucre agite les milieux industriels. Le gouvernement entretient le flou le plus total.

Une hausse du prix du sucre granulé est fortement envisagée, l’industrie est dans le flou

Le 15 février 2018 à 19h14

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

L’éventuelle baisse des subventions destinées à certaines catégories de sucre agite les milieux industriels. Le gouvernement entretient le flou le plus total.

“Aucune décision n’est prise, une réduction des subventions est possible mais pas certaine, elle serait de quelques centimes, lorsque la décision sera prise, nous informerons l’opinion, il n’y aura pas de démantèlement des subventions sur le sucre…“: Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la gouvernance, n’a pas été précis sur les intentions du gouvernement en matière de subvention du sucre.

Son objectif était probablement d’éviter une éventuelle spéculation. Mais la question agite les milieux industriels, directement concernés par la décision.

Le Maroc consomme environ 1.250.000 T. de sucre par an. Le sucre granulé, dit “sanida“, représente 55% de ce total. Sur ces 55%, entre 200.000 et 250.000 T. sont consommés par l’industrie.

Le sucre en petits morceaux ne représente que 2% du marché, il est consommé par les particuliers, voire par les cafés.

Les 43% restants se répartissent entre les lingots (gros morceaux) et le pain de sucre.

Le gouvernement devrait supprimer, “probablement en 2020“, toutes les subventions (tout le sucre, ainsi que le gaz) et ce, lorsque le fameux ciblage grâce au futur registre national de la population et celui de l’aide sociale seront prêts et fonctionnels.

Mais en attendant, le gouvernement envisage de supprimer de suite une partie des subventions sur le sucre dès cette année.

“C’est possible“, reconnaît Lahcen Daoudi. “Mais la décision n’est pas prise. Elle est sur le bureau du gouvernement“.

Selon nos sources, la décision prendra la forme d’un décret du Chef du gouvernement. Plusieurs scénarios ont été envisagés, y compris une baisse progressive de la subvention, 0.10 à 0.20 DH/mois.

Le dernier scénario en date, celui qui est “probable“ selon nos propres sources, consiste à supprimer d’un seul coup une partie de la subvention, “moins de 1 DH/kg“. La décision est annoncée comme devant être prise dans un proche avenir.

Si cette décision est prise, l’industrie subirait un impact de 200 à 250 MDH dès cette année 2018. Et le budget de l’Etat gagnerait 500 à 600 MDH (si l’on tient compte du granulé tout conditionnement, et des petits morceaux soit 57% du marché).

Un écosystème et des dizaines de milliers d'emplois

Le sucre au Maroc, c’est un écosystème. Une filière qui commence chez l’agriculteur et qui aboutit chez le consommateur final.

La culture de la betterave sucrière occupe environ 80.000 agriculteurs, et fait donc vivre 400.000 à 500.000 personnes. En 2017, elle a couvert 50% des besoins du marché national.

Daoudi rappelle que le Maroc "n’est pas un pays agricole mais un pays rural" et qu’il est illusoire de viser l’autosuffisance dans le domaine sucrier sans irrigation. Le sucre brut reviendra donc toujours plus cher que dans les pays agricoles.

Cela étant dit, les cours du sucre sont très volatiles dans le monde entier. Et de nombreux pays comme le Maroc produisent eux-mêmes pour couvrir une partie de leurs besoins.

De plus, le Maroc a besoin de fixer les populations rurales. Et le nombre d’emplois, 80.000 au minimum, est énorme.

Schématiquement, le second maillon de la chaîne est la Cosumar, le raffineur national. La Cosumar est une société marocaine, nationale, qui a un historique dans le domaine. Elle est pilotée par un opérateur étranger, mais 70% du capital sont marocains.

Les déclarations de Daoudi sur le sucre (à partir de la minute 28')

 

La Cosumar raffine, c’est-à-dire produit du sucre blanc. Elle a au Maroc, “un monopole de fait, et pas de droit“, précise Daoudi. Elle se fournit auprès des producteurs marocains, et importe également du sucre brut, qu’elle transforme. Une partie du produit final est vendue sur le marché local et une autre est exportée.

En 2017, la Cosumar a exporté 417.000 T. En 2018, selon nos sources, elle compte en exporter “un peu moins“. Pratique-t-elle la même marge de raffinage en direction des clients étrangers et en direction des clients marocains? Personne ne le sait. Mais si elle arrive à être compétitive à l’export, pourquoi refuse-t-elle que le marché intérieur soit libéralisé ? C’est-à-dire que les industriels marocains soient autorisés à importer librement au prix du marché international, comme cela a été fait dans le domaine des carburants?

En réalité, la Cosumar emploie 1.500 salariés permanents et 2.500 occasionnels. Elle a consenti de gros investissements, 5,7 MMDH selon une note de la caisse marocaine de compensation; 7,5 MMDH selon des sources internes. Elle est de surcroît protégée par un contrat programme signé avec l’Etat et qui court jusqu’en 2020.

Intérêts contradictoires

Le ministre des Affaires générales et de la gouvernance a eu des réunions avec les industriels et avec la Cosumar (qui en fait statutairement partie, au sein de la Fenagri). Daoudi a proposé que les industriels soient autorisés à importer du sucre brut, à condition de le raffiner chez la Cosumar. Les industriels répondent qu’il faut au préalable fixer la marge de raffinage, car le monopole tirera la marge vers le haut.

Certains industriels estiment qu’ils doivent défendre leur compétitivité, car eux aussi ont des emplois, collectent la TVA et versent des impôts. Dans le domaine du yaourt et des produits laitiers, le nombre d’éleveurs “agrégés“ par les producteurs laitiers est de quelques centaines de milliers. Enorme.

Des industriels demandent soit le droit d’importer au cours international, soit s’ils sont obligés de raffiner auprès de Cosumar, que la marge de raffinage soit fixée à l’avance. L’idéal pour certains d’entre eux, serait une libéralisation totale, que chacun soit libre de ses mouvements pour acheter où il veut.

Le conflit d’intérêt dans la filière qui commence par les agriculteurs (betterave à sucre, éleveurs) et finit par les industriels, est évidente. Surtout entre la Cosumar et l’industrie. Les industriels concernés produisent du biscuit, du chocolat, des bonbons, des sodas, du yaourt, des boissons de toutes sortes, des jus, des confitures, des pâtisseries…

Le sucre rapporte à l’Etat entre 800 MDH et 1,8 MMDH de droits de douane, par an, en fonction des cours internationaux. La subvention coûte 3,5 MMDH environ au budget de l’Etat. L’enjeu d’un premier démantèlement, partiel, et sur une partie des produits, est de ramasser 500 ou 600 MDH pour le budget de l’Etat.

Dans l’industrie au sens le plus large, y compris sucrière, on se méfie d’une décision hâtive et surtout qui ne porte que sur un tout petit maillon de la chaîne, “risquant de déséquilibrer l’ensemble d’un écosystème en équilibre“.

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