Un retard d’autorisations fait chuter l’activité de l’unique producteur de sable de dragage

Rimal, société du groupe Satrammarine qui détient également Drapor, ne peut plus exploiter et commercialiser le sable de dragage des embouchures des oueds Sebou et Oum Rabia depuis le début de l’année 2018. En cause, le non-renouvellement à ce jour de ses autorisations de dragage et d’occupation temporaire du domaine public maritime. Conséquences: l’activité a chuté de plus de 60%, le prix du sable a augmenté et les embouchures des oueds se sont ensablées.

Un retard d’autorisations fait chuter l’activité de l’unique producteur de sable de dragage

Le 3 octobre 2018 à 15h57

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Rimal, société du groupe Satrammarine qui détient également Drapor, ne peut plus exploiter et commercialiser le sable de dragage des embouchures des oueds Sebou et Oum Rabia depuis le début de l’année 2018. En cause, le non-renouvellement à ce jour de ses autorisations de dragage et d’occupation temporaire du domaine public maritime. Conséquences: l’activité a chuté de plus de 60%, le prix du sable a augmenté et les embouchures des oueds se sont ensablées.

L’affaire est complexe. Depuis le début de l'année, plusieurs articles de presse ont été publiés sur le sujet, semant la confusion: on ne sait pas de quelles autorisations il s’agit, quelle entité du groupe est concernée, s’il s’agit d’un retrait des autorisations, d’un blocage ou d’un retard, ni pour quelles raisons…

Médias24 a rencontré Mulud Abudib, directeur général exécutif de Satrammarine, pour y voir plus clair. Nous avons également contacté le ministère de l’Equipement pour avoir sa version des faits, mais il a demandé un délai de… 15 jours pour traiter nos questions.

Tout d’abord, une clarification du périmètre et des activités du groupe s’impose.

Satrammarine (fondé par Lahcen Jakhoukhdécédé en juin 2015) est le groupe qui a acquis Drapor, société de dragage des ports, lors de sa privatisation par l’Etat en 2007. Prix d’achat: 327 MDH.

Le groupe détient 3 sociétés:

– Drapor, dont l’activité principale est le dragage d’entretien des ports, avec une petite part de dragage d’exploitation (pour la commercialisation du sable).

– Rimal, société fondée en 2008 dans le cadre de la convention d’investissement signée par Satrammarine avec l’Etat pour le développement du dragage d’exploitation afin de couvrir les besoins nationaux de sable en forte évolution.

– MedOcéan, un bureau d’étude des sols marins qui fournit ses prestations aux autres filiales du groupe mais aussi à des clients externes (ANP, Nador West Med…).

Drapor assure l’entretien des ports gérés par l’ANP (Agence nationale des ports). Elle n’est pas concernée par le problème des autorisations. Selon Mulud Abudib, la société vient de signer un contrat de trois ans (2018-2021) avec l’agence, après le lancement d’un appel d’offres. «Avant, les contrats étaient conclus annuellement. Désormais l’ANP procède à une planification pluriannuelle de ses besoins en dragage», précise le DG.

Rimal a été créée pour exploiter, traiter et commercialiser le sable de dragage au niveau des embouchures de trois oueds:

– Oum Rabia, à Azemmour,

– Sebou, à Mehdia (Kénitra),

– Loukkos, à Larache.

La quantité maximale de sable marin à exploiter est limitée à 1,6 million de mètres cubes par an, soit environ 2,4 millions de tonnes. La société travaille selon un cahier des charges après avoir réalisé des études d’impact environnemental, et son activité est strictement contrôlée en interne ainsi que par le ministère de tutelle (quantités, qualité, périmètre de dragage, profondeur…). C'est l'un des rares opérateurs structurés du secteur du sable.

La convention d’investissement et de création de Rimal est toujours en vigueur (elle ne peut être résiliée que sur demande de l’une des parties). Mais les autorisations d’exploitation (accordées à Drapor mais utilisées par Rimal) ont une validité de dix ans:

– L’autorisation de Oum Rabia a expiré le 31 décembre 2017.

– Celle de Oued Sebou le 26 février 2018.

– Celle du Loukkos expirera le 31 décembre 2018.

Conformément à la réglementation et au cahier des charges, le renouvellement des autorisations doit faire l’objet d’une demande du permissionnaire (Rimal) à déposer trois mois avant l’expiration. Selon Abudib, la procédure a été respectée et les demandes ont été déposées dans les délais avec les études d’impact environnemental exigées.

Sauf qu’à aujourd’hui, le renouvellement n’a pas eu lieu (9 mois dans le cas de Oum Rabia, 7 dans le cas de Sebou).

En fait, les demandes portent sur deux autorisations:

– Une autorisation de dragage du sable marin,

– Une autre d’occupation temporaire du domaine public maritime pour l’entreposage, le traitement et la commercialisation du sable extrait.

Selon le management du groupe, le ministère a donné une réponse en janvier dernier concernant le cas de Oued Sebou:

– Le ministère ne peut accorder l’autorisation de dragage car une nouvelle loi (13-27) sur l’exploitation des carrières est entrée en vigueur, stipulant que le dragage doit respecter certaines conditions, principalement une profondeur minimum de 20 mètres.

– Le ministère ne formule aucune objection pour le renouvellement de l’autorisation d’occupation temporaire du domaine public maritime.

Une simple lenteur administrative ou une pression des opérateurs informels?

Une première question vient à l’esprit: pourquoi Rimal n’a pas tenu compte des exigences de la nouvelle loi qui a pourtant été adoptée en juillet 2015? La réponse du DG de la société est que les textes d’application de la loi n’ont été publiés que début 2018, soit après le dépôt des demandes de renouvellement.

M. Abudib dit avoir espéré que le ministère accorde l’autorisation en fixant la profondeur minimum à 20 mètres (la profondeur autorisée au préalable était de 15 à 25 mètres), mais la tutelle a exigé de reformuler la demande avec une nouvelle étude d’impact environnementale.

Une étude que Rimal a réalisée mais le processus est toujours en cours. Car en plus de la nouvelle loi sur les carrières, dont l’entrée en vigueur a coïncidé avec le renouvellement, la nouvelle loi sur les études d’impact environnemental est également entrée en vigueur (en novembre 2017), fixant des procédures précises pour la validation (enquête publique, commissions…).

Concernant l’autorisation d’occupation temporaire du domaine public maritime, et malgré l’avis favorable du ministère, Rimal n’a toujours pas reçu le document. «Les commissions multiplient les visites, les procédures s’éternisent et on ne voit rien venir», déplore Abudib. Il précise que même en l'absence de l’autorisation de dragage, celle d’occupation temporaire est nécessaire pour traiter et commercialiser le sable de dragage ramené par Drapor du port de Kénitra.

Concernant le renouvellement de l’autorisation de l’oued Oum Rabia, qui a pourtant expiré la première, le management dit n’avoir reçu aucune réponse. «Nous avons arrêté le dragage et le traitement du sable à l’expiration de l’autorisation et une commission est venue nous sommer d’arrêter même la commercialisation. Du coup on se retrouve avec un stock important de sable que nous n’avons pas le droit d’écouler», affirme le DG.

En gros, il ne s’agit pas d’un retrait des autorisations ou d’un blocage, mais d’un retard dû à la lenteur administrative et à des lois entrées en vigueur avec du retard ou "au mauvais moment". Mais le management de Satrammarine n’hésite pas à pointer du doigt les lobbies de l’exploitation informelle du sable des dunes et des oueds qui "exerceraient une pression pour évincer Rimal du marché".

La société pèse 6% du marché du sable est paie 85% des taxes et redevances du secteur

Pourtant, la société ne représente que 6% du marché du sable. Sur le 1,6 million de mètres cubes qu’elle est autorisée à prélever, Rimal ne produit effectivement que 1 à 1,2 million de m3 par an, soit un maximum de 1,8 millions de tonnes.

Il n’existe pas de statistiques fiables de production de sable au niveau national compte tenu de l’ampleur de l’informel. Si l’on se réfère à un ratio connu de 2 tonnes de sable pour chaque tonne de ciment consommée, on peut estimer la consommation nationale de sable à près de 30 millions de tonnes en 2017.

Quoi qu’il en soit, avec deux comptoirs de commercialisation du sable fermés depuis le début de l’année, Rimal a vu son chiffre d’affaires chuter de plus de 60%. «Nous maintenons un climat social sain dans la société et nous continuons à honorer nos engagements financiers. Mais cela ne peut durer indéfiniment», prévient Abudib.

Autre conséquence, le prix du sable a augmenté de 50% et sa qualité s’est détériorée dans certaines régions (le sable de Rimal étant traité, contrôlé par un laboratoire et délivré avec une fiche technique).

Mais le plus grave est l’ensablement des embouchures des oueds concernés depuis l’arrêt du dragage et ses conséquences environnementales (stagnation des eaux) et économiques (accès difficile des bateaux de pêche), sans parler des risques d’inondation, de noyade

Au final, le management de la société demande l’accélération du processus pour la reprise de l’activité et exige d’avoir de la visibilité à moyen et long terme. «Rimal a investi plus de 800 MDH depuis 2007 dont 220 MDH dans une drague rien qu’en 2015. Les investissements dans ce secteurs sont lourds et nous ne pouvons pas risquer de rencontrer ce genre de problèmes», affime Abudib. De plus, le ministère a retiré les appels d'offres pour le dragage de nouveaux oueds sans explication.

La société met également en avant la taille des effectifs du groupe (plus de 600 personnes) et l’expertise développée dans le dragage et la production de sable de qualité pour souligner la nécessité de débloquer la situation rapidement. Sans parler du manque à gagner pour l'Etat: entre 2008 et 2017, Rimal a payé plus de 500 MDH de taxes et redevances sur le sable, soit 85% des montants collectés par l'administration et les collectivités locales dans le secteur.

Notons que Rimal a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 177 MDH et un bénéfice net de 5,5 MDH. Ses investissements sont lourds: plus de 230 MDH de machines et installations. Elle a 137 MDH de dettes de financement et supporte 5 MDH de charges d’intérêts.

Médias24 publiera la réponse du ministère de l’Equipement dès sa réception.

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