L’Arabie saoudite reconnaît que Khashoggi a été tué dans son consulat d’Istanbul « suite à une rixe »

L’Arabie saoudite reconnaît que Khashoggi a été tué dans son consulat d’Istanbul « suite à une rixe »

Le 20 octobre 2018 à 6h46

Modifié le 11 avril 2021 à 2h49

L'Arabie saoudite a reconnu samedi que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait été tué à l'intérieur de son consulat à Istanbul, a annoncé l'agence de presse officielle saoudienne SPA. Les explications saoudiennes ne sont pas convaincantes pour tout le monde mais constituent une porte de sortie pour les dirigeants saoudiens.

 

L'Arabie saoudite a formellement admis samedi, 17 jours après les faits, que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait été tué à l'intérieur du consulat du royaume à Istanbul, une affaire qui a eu un retentissement mondial.

La confirmation de la mort de Khashoggi a été relayée peu avant l'aube par l'agence de presse officielle saoudienne SPA qui a fait état du limogeage de deux hauts responsables saoudiens et de l'arrestation de 18 suspects, tous Saoudiens.

Le président américain Donald Trump a qualifié ces développements de "pas très important".

"Les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu'il a rencontrés au consulat du royaume à Istanbul (…) ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort", a déclaré SPA en citant le parquet.

Le procureur général d'Arabie saoudite a publié un communiqué sur le déroulement des faits: "Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l'ont reçu au consulat saoudien à Istanbul ont débouché sur une bagarre et sur une rixe à coups de poing avec le citoyen Jamal Khashoggi, ce qui a conduit à sa mort, que son âme repose en paix".

 

Le directeur d'un centre de réflexion considéré comme proche du pouvoir à Ryad, a donné une autre version. "Khashoggi est mort d'un étranglement au cours d'une altercation physique, pas d'une rixe à coups de poings", a déclaré Ali Shihabi, disant s'appuyer sur une source saoudienne haut placée.

Plus tard, le département international du ministère saoudien de l'Information a publié une déclaration en anglais attribuée à "une source officielle", affirmant que les discussions au consulat ont pris "une tournure négative" entraînant une bagarre qui a conduit à la mort de Khashoggi et à une "tentative" par les personnes qui l'avaient interrogé de "dissimuler ce qui est arrivé".

Jusqu'ici, Ryad avait affirmé que Khashoggi, qui était entré le 2 octobre au consulat d'Istanbul pour des démarches administratives, en était ressorti et il avait qualifié de "sans fondement" des accusations de responsables turcs selon lesquelles le journaliste avait été tué au consulat.

En confirmant la mort de Khashoggi, l'Arabie saoudite, dont l'image a terriblement souffert, a annoncé la destitution d'un haut responsable du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, et celle d'un important conseiller à la cour royale, Saoud al-Qahtani.

Ces deux hommes sont de proches collaborateurs du jeune et puissant prince héritier Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, sur lequel la pression était montée ces derniers jours à propos de l'affaire Khashoggi.

Leur grande proximité avec MBS a été soulignée par un analyste du Baker Institute de l'université de Rice, aux Etats-Unis. "Renvoyer Saoud al-Qahtani et Ahmed al-Assiri, c'est aller aussi près de MBS qu'il est possible d'aller", a relevé cet analyste, Kristian Ulrichsen.

"Intéressant de voir si ces mesures s'avèrent suffisantes. Si le goutte à goutte de détails supplémentaires (sur la mort de Khashoggi) continue, il n'y a plus de tampon pour protéger MBS", a-t-il estimé.

Le roi Salmane d'Arabie saoudite a également ordonné la création d'une commission ministérielle présidée par le prince héritier pour restructurer les services de renseignement, selon les médias officiels.

 

L'annonce de SPA confirmant la mort du journaliste au consulat est intervenue peu après une nouvelle conversation téléphonique sur l'affaire Khashoggi entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Salmane.

Les deux dirigeants, qui se sont entretenus vendredi soir, "ont souligné l'importance de continuer à travailler ensemble en complète coopération", selon une source à la présidence turque parlant sous le couvert de l'anonymat.

M. Erdogan et le roi avaient eu dimanche dernier une première conversation téléphonique sur la disparition du journaliste.

Critique envers le prince héritier, Jamal Khashoggi, qui vivait en exil aux Etats-Unis, n'avait plus reparu depuis qu'il s'était rendu au consulat à Istanbul le 2 octobre pour une démarche administrative.

Des responsables turcs affirmaient sous le couvert de l'anonymat qu'il y avait été assassiné par un commando spécialement envoyé de Ryad. Jusqu'à ce samedi matin, la direction saoudienne avait toujours démenti être impliquée dans sa disparition.

La reconnaissance de sa mort par Ryad est intervenue alors que l'administration du président américain Donald Trump avait adressé vendredi une nouvelle mise en garde à l'Arabie saoudite, évoquant de possibles sanctions s'il s'avérait qu'elle était derrière la disparition du journaliste.

 Trump dit une chose et son contraire

Interrogé vendredi, M. Trump avait prévenu "qu'il pourrait" y avoir des sanctions contre son allié saoudien, précisant alors qu'il était encore trop tôt pour tirer des conclusions.

Ménageant dans un premier temps le royaume sunnite au nom des intérêts stratégiques communs, Donald Trump avait admis pour la première fois jeudi que ce journaliste était très probablement mort, menaçant l'Arabie saoudite de "très graves" conséquences.

"Nous allons certainement envisager une large gamme de réponses potentielles" si Ryad est responsable, avait abondé vendredi dans une interview à Voice of America, Mike Pompeo. Mais le secrétaire d'Etat américain s'était empressé de préciser que l'important était "que les faits apparaissent au grand jour".

Samedi matin, à un journaliste qui lui demandait s'il jugeait cette version saoudienne de rixe au consultat "crédible", M. Trump, en déplacement dans l'Arizona, a répondu: "oui, oui".

"Encore une fois, il est tôt, nous n'avons pas fini notre évaluation ou enquête mais je pense qu'il s'agit d'un pas très important", a-t-il ajouté en allusion aux révélations saoudiennes.

Après les révélations sur la mort de Jamal Khashoggi par Ryad, le 45e président des Etats-Unis a dit "préférer que nous n'utilisions pas, comme représailles, l'annulation de l'équivalent de 110 milliards de dollars de travail, ce qui veut dire 600.000 emplois", en allusion à des contrats militaires passés avec l'Arabie saoudite.

Lindsey Graham:  "Je suis sceptique"

Sarah Sanders, porte-parole de l'exécutif américain, a présenté les "condoléances les plus sincères" de la Maison Blanche, à la famille, la fiancée et les amis de Jamal Khashoggi.

"Les Etats-Unis prennent note de l'annonce par le royaume d'Arabie saoudite que l'enquête sur le sort de Jamal Khashoggi progresse et qu'il (le royaume, ndlr) a entrepris des actions à l'encontre des suspects qui ont été pour l'instant identifiés", a affirmé Mme Sanders, précisant que les Etats-Unis étaient "attristés" d'apprendre sa mort.

Lindsey Graham, proche allié du président Trump était, lui, beaucoup plus circonspect à propos des circonstances de ce décès. "Dire que je suis sceptique sur la nouvelle version saoudienne sur M. Khashoggi est un euphémisme", a tweeté le sénateur.

Une remise en cause claire de la version officielle de l'Arabie saoudite. "Il est difficile de trouver cette dernière +explication+ crédible", a tonné, dans un autre tweet, ce parlementaire républicain de Caroline du Sud.

Bob Menendez, membre démocrate de la commission des Affaires étrangères au Sénat, a lui estimé que les Etats-Unis devaient sanctionner les Saoudiens impliqués.

"Même si Khashoggi est mort en raison d'une altercation, rien n'excuse son meurtre", a-t-il tweeté. "C'est loin d'être la fin (de l'affaire) et il faut que nous maintenions la pression internationale".

Guterres "profondément troublé"

De son côté, le secrétaire général de l'ONU s'est dit "profondément troublé par la confirmation de la mort de Jamal Khashoggi", selon un communiqué des Nations unies, et "souligne la nécessité d'une enquête rapide, approfondie et transparente sur les circonstances du décès".

La rapidité de la réaction d'Antonio Guterres après l'aveu saoudien tranche avec la prudence observée jusqu'alors à l'ONU depuis début octobre. (AFP)

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