Carburants : Tensions en vue entre le gouvernement et le Conseil de la concurrence ?

Lahcen Daoudi est le seul membre du gouvernement à s'exprimer ouvertement et avec virulence au sujet de l'avis du Conseil de la concurrence sur le plafonnement des marges des distributeurs de carburants. Il n'a été ni soutenu ni réprimandé par ses collègues, ce qui laisse le terrain libre aux spéculations sur la position du gouvernement. Le conseil prépare déjà un nouveau rapport sur les soupçons d'entente sur les prix dans le secteur.

Carburants : Tensions en vue entre le gouvernement et le Conseil de la concurrence ?

Le 18 février 2019 à 14h07

Modifié 11 avril 2021 à 2h39

Lahcen Daoudi est le seul membre du gouvernement à s'exprimer ouvertement et avec virulence au sujet de l'avis du Conseil de la concurrence sur le plafonnement des marges des distributeurs de carburants. Il n'a été ni soutenu ni réprimandé par ses collègues, ce qui laisse le terrain libre aux spéculations sur la position du gouvernement. Le conseil prépare déjà un nouveau rapport sur les soupçons d'entente sur les prix dans le secteur.

Pour sa première sortie médiatique après son dégel, le Conseil de la concurrence a réussi à faire sortir de ses gonds le ministre chargé des affaires générales et de la gouvernance.

Lahcen Daoudi qui a sollicité l’avis du conseil sur le plafonnement des marges des distributeurs de carburants a fait plusieurs sorties médiatiques pour dénoncer « ses prises de position politiques contre le gouvernement ».

Le ministre a sollicité l’avis du Conseil de la concurrence comme l’exige la loi. Un avis qui, rappelons-le, reste dans ce cas précis consultatif.  En d’autres termes, le gouvernement reste libre de prendre la décision qui lui semble la plus pertinente.

Cela dit, le rapport du Conseil dévoilé vendredi dernier met le gouvernement et surtout Lahcen Daoudi dans une position délicate. Car il déconstruit la stratégie menée par le ministre des affaires générales depuis des mois.

Pour l’institution présidée par Driss Guerraoui, le plafonnement des marges serait un choix ni suffisant, ni judicieux du point de vue économique, concurrentiel et en terme de justice sociale. Il serait même illégal, car les conditions exigées dans l’article 4 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence ne sont pas toutes remplies.

« Le conseil n’est pas politique »

Que pensent les membres du Conseil de la concurrence des propos de Lahcen Daoudi ? « Nous savons tous que M. Daoudi a l’habitude de réagir à chaud. Cela ne m’a pas choqué mais nous sommes certains qu’une fois cette vague passée, il se rendra compte que l’avis du Conseil n’a rien de politique », nous confie l’un des 12 membres.

Pour notre source, le Conseil a fait un travail purement économique. « Je pense que tous les économistes du pays pourront attester de la qualité du travail fait », assure notre interlocuteur.

Pour ce membre du Conseil de la concurrence, « le public confond l’avis qui vient d’être publié à la demande du gouvernement avec le rapport tant attendu sur les soupçons de pratiques anticoncurrentielles dans le secteur ».

« C’est ce dernier rapport qui est le plus important. Il fait suite à une plainte déposée pour des soupçons d’entente sur les prix dans le secteur », insiste notre source qui nous assure que le dossier est en cours d’étude et qu’il sera validé lors de la prochaine session qui aura probablement lieu en juin prochain.

Une autre source estime quant à elle qu’en tant qu’économiste, M. Lahcen Daoudi sait très bien que « tout phénomène a une justification historique. Le Conseil de la concurrence ne pouvait pas parler de plafonnement sans remonter à l’origine de cette situation, à savoir la libéralisation des prix en 2015 ».

En réponse à l’accusation selon laquelle cette institution constitutionnelle a outrepassé ses prérogatives en évaluant le travail du gouvernement, notre source assure que « la loi donne au conseil le droit d’évaluer toutes les politiques qui touchent à la concurrence ». Ce qui est le cas pour la réforme des prix des carburants.

«Parmi nos membres, il y a des juges, et tous ont prêter serment devant le tribunal. Nous ne sommes régis que par la loi. Mais nous avons également un avis à donner car nous essayons de protéger les intérêts des consommateurs marocains et de préserver les intérêts de l’économie nationale », a déclaré Driss Guerraoui lors de la conférence de presse tenue le vendredi 15 février.

« Oui, nous avons un avis à donner quand il s’agit de politique concurrentielle et nous croyons en la complémentarité entre institutions. Sachez que nous n’avons ni opposition ni majorité au sein du conseil. Nous sommes une instance constitutionnelle indépendante », a-t-il ajouté lors du même événement.

Silence des autres membres du gouvernement

Pour le moment, Lahcen Daoudi est le seul membre du gouvernement à avoir réagi au rapport du Conseil de la concurrence. Fait-il cavalier seul ou est-il le porte-parole de tout le gouvernement ?

La question reste posée car ni Aziz Rabbah, ministre de l’énergie concerné par la réforme de fond préconisée par le Conseil, ni le chef du gouvernement, concerné par la problématique des prix et qui a promis des solutions, n’ont réagi.

Sollicités par Médias24 pour savoir s’ils partageaient l’avis de leur collègue au gouvernement et au parti, ni Aziz Rabbah ni la primature n’ont donné suite à nos demandes.

Ce qui est sûr, c’est que leur silence peut être interprété comme une approbation tacite des propos de Daoudi et engendrer ainsi une inimitié entre le gouvernement et le Conseil de la concurrence deux mois à peine après son installation.

>> Lire aussi : Conseil de la concurrence: les anciens dossiers remis sur la table

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