Said Ibrahimi: « Casablanca Finance City n’est pas un paradis fiscal »

Le DG de Casablanca Finance City (CFC) a tenu à tirer les choses au clair, lors d’une conférence de presse organisée lundi 17 juin à Casablanca, pour présenter le bilan de la place financière. Pour Said Ibrahimi, les entreprises étrangères qui viennent s’installer à CFC ne le font pas pour des raisons fiscales, mais plutôt pour faire partie d’un hub régional.

Said Ibrahimi: « Casablanca Finance City n’est pas un paradis fiscal »

Le 18 juin 2019 à 9h22

Modifié 11 avril 2021 à 2h42

Le DG de Casablanca Finance City (CFC) a tenu à tirer les choses au clair, lors d’une conférence de presse organisée lundi 17 juin à Casablanca, pour présenter le bilan de la place financière. Pour Said Ibrahimi, les entreprises étrangères qui viennent s’installer à CFC ne le font pas pour des raisons fiscales, mais plutôt pour faire partie d’un hub régional.

Le package fiscal de Casablanca Finance City (CFC) n’est plus son premier argument de « vente » présenté aux entreprises, assure Ibrahimi. Lors d’une conférence de presse bilan de CFC, organisée lundi 17 juin à Casablanca, le DG a voulu tirer les choses au clair: « CFC n’est pas un paradis fiscal. Les entreprises ne viennent pas au Maroc pour sa fiscalité. Celle-ci est même quelconque, quand on la compare à celles de Dublin, du Luxembourg, de l’île Maurice, et je ne parle même pas de Dubaï. Ces pays ont une meilleure attractivité fiscale. Attention aux fausses informations qui peuvent nuire à la réputation du pays ! ».

Si Said Ibrahimi a tenu à s’expliquer sur ce point, c’est parce que l’UE fait pression sur le Maroc depuis quelque temps pour réviser certaines mesures fiscales qu’elle qualifie de dérogatoires. Dans le collimateur, figurent notamment les avantages aux secteurs exportateurs, les zones franches et CFC.

L’OCDE et l’UE font pression sur le pays pour se conformer à la réglementation internationale. L’OCDE demande au Maroc d’adhérer au pacte mondial qui réunit 50 pays qui se sont engagés à échanger de manière régulière des informations fiscales pour lutter contre la fraude fiscale et le blanchiment d’argent.

CFC obligée de revoir ses incitations fiscales

En mars 2019, les ministres de l’Economie et des finances de l’Union européenne (UE) ont mis à jour la liste « noire » des paradis fiscaux. Le Maroc reste comme pour la précédente liste de 2017, en « zone grise ». C’est là que sont classés les pays appelés à réaliser de nouvelles réformes pour se mettre en conformité avec l’UE.

« L’Union européenne pointe du doigt des régimes de taux considérés comme dommageables pour les systèmes économiques tels que les avantages exportateurs et CFC. Dans ce cadre, le premier critère qui concerne CFC est relatif au calcul de la base d’imposition des sièges régionaux qui peuvent générer un résultat ou être un centre de coût. Le 2e est en lien avec les différences des taux d’IS local vs export. Une convergence progressive sera donc mise en place, à terme, vers un taux unique ne dissociant plus entre activités locales et celles à l’export.

Climat d’affaires, CFC fait mieux que le classement Maroc

Pour rappel, la loi de finances 2019 a déjà mis une partie des entreprises, celles dont le résultat est inférieur à 1 million de DH, à un IS de 17,5%, ce qui les aligne sur les entreprises exportatrices. L’idée, à terme, est d’aligner tout le monde sur le même taux, probablement 17,5%.

Pour Said Ibrahim, ce n’est pas parce que le taux de l’IS va changer que les entreprises vont se désintéresser de la place financière de Casablanca. La fiscalité est analysée après avoir comparé tous les critères (plus ou moins équivalents) des offres proposées par différentes places financières internationales.

« Il ne faut pas oublier qu’en Europe, nous avons des concurrents qui veulent se positionner comme une plateforme pour l’Afrique. Et nous sommes meilleurs en termes d’infrastructures que l’Île Maurice », soutient le DG de CFC.

Said Ibrahimi a expliqué également que le classement du Doing Business ne reflète pas les avantages proposés par CFC qui livre par exemple les contrats de travail des étrangers en 48 heures seulement.

Si l’argument fiscal ne compte plus parmi les points forts présentés par CFC, le management de la Place financière de Casablanca ambitionne de capitaliser sur trois propositions de valeur. Il s’agit du climat d’affaires qui caractérise CFC, à travers les facilitations business; l’appartenance à une communauté à vocation africaine ; et le concept « Africa Insights » qui propose de fournir aux membres des informations clés sur l’Afrique à travers des rapports et des publications réalisés en partenariat avec les leaders mondiaux (Mercer, Thomson, Reuter et PwC et tous les membres CFC).

La composante immobilière au beau fixe

Pour ce qui est du bilan d’étape, la place financière de Casablanca représente dans sa composante immobilière 33.000 m2 construits, 122 mètres de hauteur et 27 étages. La tour CFC est la propriété d’une foncière créée par le centre financier. Les locaux de la tour sont entièrement loués aux membres. A fin juin, le taux de remplissage représentait près du tiers. Depuis juillet, la supervision bancaire de BAM (Bank Al-Maghrib) occupe 4 étages sur les 27 que compte la tour. Ce qui a augmenté le taux de remplissage. Les aménagements des locaux par les membres de CFC sont en cours de finalisation, puisqu’ils sont semi-finis.

Pour accueillir de nouveaux membres, CFC construit deux autres bâtiments, à faible hauteur qui devraient être opérationnels avant 2020.

250 entreprises labellisées d’ici 2020

A ce jour, la place financière de Casablanca a recruté 180 entreprises (les entités en provenance de l’Europe représentent 42%, l’Afrique 37%, l’Amérique 12%, le Moyen-Orient 5% et l’Asie 4%). Casablanca Finance City prévoit d’accueillir d’ici 2020, un total de 250 entreprises labélisées CFC.

La contribution fiscale de CFC a bondi entre 2017 et 2018 de 47% pour ressortir à 800 millions de DH. Sur la même période, les effectifs des entreprises labellisées ont, eux, progressé de 40% à 4.000 personnes.

Pour ce qui est des partenariats, Casablanca Finance City a noué des alliances avec 12 centres financiers internationaux et acté 18 conventions sud-sud. A ce jour, 46 pays africains sont couverts par les entreprises CFC.

Les premiers chantiers

Sur le volet gestion de la relation avec les entreprises labellisées, CFC a entrepris ses premiers chantiers. Il s’agit notamment de:

– La création d’un business club afin d’interagir avec les membres de CFC et gérer les relations informelles;

– La mise en place d’une plateforme digitale dans le but de numériser les interactions physiques, d’échanger en temps réel, de créer des fiches pays et de produire du contenu;

– La mise en route de groupes thématiques: groupe finance (regroupant les DAF), groupe juridique (avocat), groupe RH (DRH);

– La création d’un comité relais. Il s’agit d’un porte-parole de la communauté qui est une interface de dialogue avec CFC.

La Bourse, talon d’Achille de CFC

La Bourse de Casablanca a toujours été pointée du doigt comme un facteur fragilisant de l’attractivité de CFC. « La Bourse n’est pas une composante de la place financière. C’est un abus de langage. 25% des centres financiers du GFCI (Global Financial Centres Index) n’ont pas de Bourse. Par exemple, la place financière de San Francisco est classée 16e dans cet index sans avoir de bourse. C’est le cas aussi pour Monaco. Mais il faut que le marché des capitaux soit efficace. Il doit avant tout être un facteur d’attraction pour les entreprises africaines qui veulent lever des capitaux en Afrique, au lieu que ce soit à Londres », estime le DG de CFC.

Said Ibrahim concède que CFC est pénalisée par le facteur « bourse ». « Si la bourse s’améliore, on peut avancer dans le classement ». En 2018, Casablanca Finance City s’est positionnée à la 28e position sur 100 dans le dernier classement du GFCI.

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