L’ONU fait face à la plus grave crise budgétaire depuis sa création

L’ONU fait face à la plus grave crise budgétaire depuis sa création

Le 23 octobre 2019 à 11h26

Modifié le 10 avril 2021 à 21h58

L’organisation des Nations-unies célèbre, jeudi 24 octobre, son 74e anniversaire, qui coïncide avec la date de l’entrée en vigueur de la Charte de San Francisco le 24 octobre 1945, sur fond d’une grave crise budgétaire qui perturbe le fonctionnement de cette organisation et son champ d’action à travers le monde.

Décrite par le secrétaire général des Nations-unies, Antonio Guterres, comme « la pire crise de liquidités que l’ONU ait connue depuis près de dix ans », cette situation budgétaire délicate risque de compromettre « le travail et les réformes » de cette organisation qui symbolise l’esprit du multilatéralisme et la quête de la paix mondiale.

Et pourtant, l’origine du problème émane des pays membres mêmes de l’organisation, en ce sens que le budget de fonctionnement de l’ONU dépend essentiellement des cotisations annuelles de ses 193 Etats membres.

Ainsi, à la fin du mois de septembre dernier, 70% seulement du montant total de la cotisation pour l’année avait été versé par les Etats membres, contre 78% à la même période l’an dernier. Au 8 octobre, les Etats membres ont versé 1,99 milliard de dollars au titre du budget ordinaire pour 2019, qui s’élève à 2,85 milliards de dollars, selon le porte-parole du SG de l’ONU.

Les salaires risquent de ne pas être versés 

En manque de liquidités en raison de cette situation, l’organisation des Nations-unies courait le risque de ne pas verser les salaires de ses fonctionnaires et d’honorer ses créances à la fin du mois.

Ce scénario, pour le moins embarrassant pour l’ONU, fut évité in extremis suite à des payements partiels reçus de l’Argentine, du Mexique et des Etats-Unis, plus grands débiteurs actuels.

Pointés du doigt, les Etats-Unis, qui sont le plus important contributeur au budget de l’ONU, ont annoncé vendredi dernier le paiement « avant la fin de l’année de la majeure partie » du 1,055 milliard de dollars qu’ils doivent au budget ordinaire.

« Nous venons de verser 180 millions de dollars », ont affirmé les Etats-Unis devant la 5e commission de l’Assemblée générale, chargée des questions administratives et budgétaires, tout en annonçant une autre enveloppe de 96 millions à la fin octobre et d’autres paiements en novembre.

Cependant, les délais de versement des cotisations américaines à l’ONU ne sont pas chose nouvelle, en ce sens que Washington règle ses contributions à partir du mois d’octobre qui coïncide avec la fin de l’année fiscale aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis pointés du doigt

« Nous nous sommes habitués au fait que les Etats-Unis versent leurs cotisations annuelles plus tard dans l’année, mais ce qui a empiré les choses cette année est qu’un nombre de pays ont aussi retardé leurs paiements« , a expliqué aux journalistes Stéphane Dujarric, porte-parole du chef de l’ONU.

Cette situation a suscité une levée de boucliers de la part de plusieurs Etats lors de l’examen de la situation budgétaire au niveau de la 5e Commission.

La rétention « délibérée et unilatérale » des contributions est tout simplement « inacceptable », ont ainsi protesté les pays du Groupe des 77 et la Chine.

Le paiement par les Etats membres de leurs contributions est « une obligation juridique et un devoir moral », a martelé, de son côté, l’Association des pays de l’Asie du sud-est (Asean).

Des mesures d’austérité

Ne voyant pas les choses de cette manière, les Etats-Unis ont rétorqué en faisant remarquer que la situation financière actuelle du budget ordinaire a des origines multiples et que les retards de paiements ne sont pas les seules causes.

Or, les Etats-Unis sont responsables de « presque 50% des arriérés dus au budget de l’ONU et à chaque fois ils ne paient que seulement assez pour éviter que les dispositions de l’article 19 de la Charte des Nations-unies ne s’appliquent contre eux », a expliqué à la MAP un diplomate d’un Etat membre, chargé de la 5e Commission.

Cet article dispose, en effet, qu’un membre de l’ONU en retard dans le paiement de sa contribution aux dépenses de l’organisation ne peut participer au vote à l’Assemblée générale si le montant de ses arriérés est égal ou supérieur à la contribution due par lui pour les deux années complètes écoulées.

Mais au-delà de ces considérations juridiques et politiques, la crise de trésorerie actuelle semble avoir déjà eu des répercussions sur le fonctionnement de l’ONU. En effet, son secrétaire général a annoncé récemment des mesures d’austérité qui se sont ressenties notamment sur l’activité quotidienne dans les locaux abritant le siège des Nations-unies à New York.

Et pour cause. Le 11 octobre, l’adjointe du secrétaire général chargée de la gestion a prévenu qu’il fallait au moins 808 millions de dollars au budget ordinaire pour finir l’année.

« Si cette situation budgétaire n’est pas réglée, les choses risquent d’empirer davantage avec des suppressions de postes potentielles au niveau du secrétariat général », croit savoir le diplomate de la 5e Commission.

Face à la multitude de défis planétaires, de crises, et de conflits armés que l’organisation des Nations-unies est censée régler à travers le monde, sa situation budgétaire actuelle semble rajouter un défi de plus, à une période où le multilatéralisme est visiblement en perte de vitesse.

(Avec MAP)

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