Les banques prêtent de plus en plus à l’Etat au détriment du secteur privé

Les banques marocaines concentrent 27% des bons du Trésor contre 21% il y a 3 ans. En dix ans, l’encours des bons du Trésor des banques a doublé. En comptant les autres types de financements, les banques détiennent plus de 200 milliards de DH sur l’Etat.

Les banques prêtent de plus en plus à l’Etat au détriment du secteur privé

Le 28 novembre 2019 à 13h50

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Les banques marocaines concentrent 27% des bons du Trésor contre 21% il y a 3 ans. En dix ans, l’encours des bons du Trésor des banques a doublé. En comptant les autres types de financements, les banques détiennent plus de 200 milliards de DH sur l’Etat.

La dette du Trésor s’élève à 740 milliards de DH à fin juin 2019. Soit 65,3% du PIB. Elle est constituée essentiellement de la dette intérieure : 585,2 milliards de DH.

Qui détient cette dette ? Les premiers bailleurs de fonds en dirhams de l’Etat sont les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) avec une part de 34%, précise le dernier rapport sur la dette accompagnant le PLF 2020. Soit environ 200 milliards de DH.

Les OPCVM, ce sont des fonds de placement dans lesquels investissent les personnes physiques et morales (entreprises, compagnies d’assurance, caisses de retraite…).

Le deuxième bailleur de l’Etat est le secteur bancaire : 27% des bons du Trésor (158 milliards de DH).

Hormis leurs investissements indirects à travers les OPCVM, les compagnies d’assurance et les caisses de retraites achètent directement les titres souverains. Elles arrivent en troisième position avec 23% d’encours global (134 milliards de DH).

Ces institutionnels investissent essentiellement l’argent des assurés et des cotisants.

Viennent enfin les autres investisseurs financiers et non financiers avec une part de 16%.

L’Etat, un client rentable et sans risque

Le fait que les OPCVM et les institutionnels soient les premiers bailleurs de fonds de l’Etat est normal, leur raison d’être étant de fructifier l’épargne institutionnelle dans les marchés financiers.

Le poids des banques dans l’encours des bons du Trésor, lui, interpelle. Certes, ces établissements ont besoin de diversifier leurs engagements, et le financement des investissements de l’Etat fait partie du financement de l’économie, vocation première du secteur bancaire.

Mais l’accélération de leurs placements dans les bons du Trésor en plein ralentissement économique et alors que plusieurs opérateurs dénoncent un accès de plus en plus difficile au crédit bancaire, laisse penser que les banques ont en quelque sorte « lâché » le secteur privé au profit de l’Etat, client rentable et sans risque.

Selon un rapport de la Direction du Trésor, la part des banques dans l’encours des bons du Trésor se limitait à 21% fin 2016. Elle a donc augmenté de 6 points en deux ans et demi.

Et les chiffres de Bank Al-Maghrib montrent que le portefeuille des bons du Trésor du secteur bancaire a plus que doublé en dix ans. Il est passé de 75 milliards de DH en septembre 2009 à 157 milliards de DH en septembre 2019, soit une hausse de 109%.

En comptant les autres types de financement du secteur bancaire, ce dernier détient plus de 200 milliards de DH sur l’Etat. C’est une hausse de 140% ou 120 milliards de DH en dix ans.

En même temps, le financement bancaire accordé au secteur privé (ménages et entreprises) n’a augmenté que de 55%, à 702 milliards de DH (+250 milliards de DH).

Effet d’éviction, responsabilité partagée

Le financement des besoins du Trésor est-il obligatoirement tributaire de la participation des banques ? On peut en douter quand on voit l’importance des ressources non placées des investisseurs institutionnels. Une suroffre d’argent qui pousse d’ailleurs les taux des bons du Trésor vers le bas, l’Etat ayant réduit ses sorties sur le marché domestique de la dette.

En juillet dernier, le HCP avait dénoncé l’effet d’éviction causé par le financement intérieur du Trésor. « Les créances sur l’administration ne cessent d’augmenter. Quand l’Etat s’endette massivement sur le marché local, cela crée un effet d’éviction sur le secteur privé qui ne va pas trouver de financements. Le système financier octroie plus de crédits au Trésor qu’au secteur privé », avait déclaré Ayache Khellaf, secrétaire général du HCP.

« L’endettement du Trésor représente 65% du PIB, dont 51% de dette intérieure. On a évincé un peu les producteurs qui font la croissance au profit du Trésor », avait déploré Ahmed Lahlimi, Haut-Commissaire au plan.

Interrogé sur cette situation, le patron d’une grande banque de la place assure que ce sont les dossiers bancables du secteur privé qui font défaut. « Les banques ne peuvent se permettre de freiner l’octroi des crédits. Quand la demande solvable du secteur privé devient faible, il est normal de développer l’activité sur d’autres segments. Au Maroc, il n’y a pas un problème de manque de ressources, mais un problème de manque de visibilité et d’accompagnement des opérateurs économiques. C’est le rôle des politiques et du gouvernement d’y remédier ».

En fait, la responsabilité est partagée. Les banques doivent s’impliquer davantage dans le financement de l’économie et la prise de risque. D’où l’appel du Roi pour le financement des jeunes et des TPE, dans son dernier discours de la Marche Verte.

L’Etat doit, de son côté, mettre en place les mécanismes de soutien financier et d’accompagnement de l’entrepreneuriat et de l’investissement. Le fonds d’appui au financement de l’entrepreneuriat est prévu dans le PLF 2020, mais l’accompagnement technique et le conseil sont aussi importants que le financement.

Enfin, après avoir bénéficié depuis des années des situations de rente, plusieurs opérateurs économiques sont appelés à sortir de leur zone de confort.

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