L’Amith demande un droit de douane permanent de 30% pour protéger le marché

Une quote-part des enseignes étrangères produite localement, grands investissements au Maroc et droits de douane permanents… C’est ce que demande l’Amith pour protéger le marché local du textile contre toute concurrence étrangère.

L’Amith demande un droit de douane permanent de 30% pour protéger le marché

Le 29 janvier 2020 à 18h38

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Une quote-part des enseignes étrangères produite localement, grands investissements au Maroc et droits de douane permanents… C’est ce que demande l’Amith pour protéger le marché local du textile contre toute concurrence étrangère.

Depuis son élection à la tête de l’Association Marocaine des Industries du Textile et de l’Habillement (AMITH) il y a sept mois, Mohammed Boubouh n’avait pas fait de sortie médiatique.

C’est désormais chose faite. Le nouveau président a rencontré, ce mercredi 29 janvier,  un groupe de journalistes pour évoquer la situation du secteur et plus précisément le dossier de la concurrence turque.

Pour rappel, l’Amith était aux premiers rangs dans ce dossier avec le ministère de l’industrie et du commerce extérieur en instaurant des mesures de sauvegarde pour protéger le marché local contre les importations massives qui l’ont inondé.

La bataille menée par la partie marocaine a permis d’imposer ces mesures prévues initialement pour une année à fin 2018 pour une durée de trois ans donc jusqu’au 31 décembre 2021.

L’étape suivante a été menée  par le ministre Moulay Hafid Elalamy qui amené la Turquie à accepter de réviser l’accord de libre échange dans sa globalité. C’est pour apporter son éclairage sur ce sujet que le nouveau président de l’Amith a signé sa première sortie médiatique.

Ce que demande l’Amith

« La décision de revoir l’ALE avec la Turquie est une décision politiquement courageuse et économiquement légitime », avance Mohammed Boubouh.

Ce dernier rappelle que les importations textiles en provenance de Turquie ont connu une croissance soutenue durant plusieurs années. Elles sont passées de 7,8 MMDH en 2015 à 9,6 MMDH en 2018. « Cela constitue un vrai frein pour la production locale. En conséquence, nous vivons une destruction d’emploi par milliers », ajoute le président de l’Amith. « Beaucoup de nos confrères ont fermé. Ce sont des centaines d’entreprises spécialisées dans le marché local qui ont fermé entre 2016 et 2019 », insiste-t-il.

Ces éléments sont certes connus, mais Boubouh les rappelle pour contextualiser les exigences des textiliens dans le cadre de la renégociation de l’ALE Maroc- Turquie.

Il est vrai que les discussions menées actuellement concernent l’accord dans sa globalité, mais le secteur du textile est au cœur des négociations.

Dans ce cadre, il a été demandé à l’Amith de formuler des propositions. La fédération a formulé trois mesures qu’elle aimerait intégrer dans cet ALE. Elle ne cache pas son intérêt de les voir étendues à tous les pays intéressés par le marché local du textile.

Les textiliens ont suggéré que :  

– 60% des volumes écoulés sur le marché local par des enseignes étrangères soient fabriqués localement.

– Au moins cinq grands opérateurs dans l’amont textile turc s’installent au Maroc.

Le droit de douane commun (30%) soit réinstauré sur les importations textiles de façon permanente. 

Autant les deux premières mesures peuvent être qualifiées de réalistes, autant la dernière proposition semble faire tâche dans le cadre de négociations d’un ALE supposé éliminer les obstacles au commerce.

Boubouh n’est pas du même avis. « Pourquoi l’Etat turc protège-t-il tellement son industrie et pas nous ? », s’interroge le président de l’Amith. « Ce que nous demandons est légitime. S’il y a des marques étrangères qui veulent vendre sur notre marché local, elles sont les bienvenues mais il faut des conditions. On ne peut pas détruire le tissu industriel local juste pour vendre. Instaurer des droits de douane permettra la création et le développement de marques marocaines orientées vers le marché local », explique le porte-parole des textiliens. 

Ces mesures tarifaires permettraient-elles vraiment d’atteindre les objectifs escomptés ? Mohammed Boubouh en est convaincu. Il en veut pour preuve, l’impact des mesures de sauvegarde mises en place depuis janvier 2018. Ce dernier assure, sans donner de chiffres précis, que ces mesures ont eu un effet bénéfique sur les acteurs locaux. 

Il affirme que les importations informelles (grossistes et petits importateurs) ont fortement baissé depuis la réinstauration partielle des droits de douane. « Les importations des marques n’ont pas été beaucoup touchéesé, rapporte-t-il. Il faut préciser à ce sujet que les enseignes structurées ne représentent que 10% des ventes totales du marché. L’essentiel passe par les canaux traditionnels (kissariat …).

Globalement, éles producteurs locaux ont commencé à sortir du rouge. Ils nous disent ‘nous commençons à voir le bout du tunnel’ « , ajoute le président de l’Amith.  Mais rien n’est encore joué.

Menace sur l’export

La concurrence turque ne touche par seulement le marché local. Le président de l’Amith tire une autre sonnette d’alarme à l’export, cette fois-ci. « Il est faux de croire que la Turquie nous fait souffrir uniquement sur le marché local. C’est aussi le cas à l’export », affirme-t-il.

« Une bonne partie des commandes adressées au Maroc est réorientée vers la Turquie », confie Boubouh qui laisse entendre qu’il y a un vrai sujet. En cause, la dévaluation de la monnaie turque. 

Selon ses dires, la monnaie turque s’est dévaluée de 56% par rapport au DH. « L’impact est que nous sommes plus chers. Pire, les plateformes propres à Inditex (principale donneur d’ordre des exportateurs marocains, ndrl) nous disent qu’elles n’arrivent plus à placer des commandes au Maroc parce que les Turcs baissent les prix de de 1 à 1,60 euro par rapport aux propres plateformes d’Inditex », explique-t-il.

Même les entreprises qui font du produits finis n’arrivent plus à se positionner sur les commandes « à cause de la Turquie ».

Le phénomène dure depuis 2018 et risque de faire des dégâts. Inditex représente selon les estimations, 55% des exportations marocaines.

Les acteurs du textile, longtemps scindés entre locaux et exportateurs, s’unissent face à un adversaire commun. Tous regardent aujourd’hui le marché local qui représente quelque 40 MMDH comme leur planche de salut.

« Nous avons pour objectif de sensibiliser les exportateurs au marché local qu’ils ont délaissé depuis des années. Nous vendons en Europe. Cela veut dire que nous avons le savoir-faire, la qualité et les prix pour être compétitif sur notre propre marché », avance Boubouh qui nous explique que les négociations menées pour la deuxième version du Plan d’Accélération Industrielle (PAI) vont dans ce sens.

Sans abandonner le positionnement du Maroc sur le marché du fast fashion avec l’Europe, les acteurs du textile se penchent plus sérieusement sur le marché local avec pour objectif la création de marques marocaines pour le marché local et qui viseront l’export.

Les textiliens demandent des aides à trois niveaux :

– La création des enseignes.

– La location des points de vente.

– L’aménagement.

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