L’aventure du cobalt marocain racontée par Ismaïl Akalay, ingénieur-chercheur

Aujourd’hui directeur général de Sonasid, Ismail Akalay a passé trente ans à explorer les mines du Maroc pour développer le secteur de la recherche et développement. Il livre aujourd’hui ses conseils pour assurer la pérennité (et la qualité) de la R&D au Maroc.

L’aventure du cobalt marocain racontée par Ismaïl Akalay, ingénieur-chercheur

Le 19 août 2020 à 10h03

Modifié 11 avril 2021 à 2h47

Aujourd’hui directeur général de Sonasid, Ismail Akalay a passé trente ans à explorer les mines du Maroc pour développer le secteur de la recherche et développement. Il livre aujourd’hui ses conseils pour assurer la pérennité (et la qualité) de la R&D au Maroc.

C’est un dirigeant d’entreprise pondéré, mesurant presque chacune de ses phrases, qui s’est exprimé, le 28 juillet dernier, lors de la troisième édition des Scientific Live Talks (vidéo ci-dessous), modérée par le géologue et ingénieur Youssef Daafi.

Revenant sur son parcours, Ismail Akalay a commencé par le commencement : il entame sa carrière chez Managem, groupe spécialisé dans le secteur des mines et de l’hydrométallurgie, en 1986, dans la province de Zagora, dans une mine de cuivre.  »Grâce à ces mines, j’ai pu faire la connaissance de régions marocaines que je ne connaissais pas. Étant originaire de Tanger, ce qui importait pour moi lorsque j’étais jeune, c’était ce qui se passait autour de Tanger », dit-il.

Sa toute première mission fut de lancer une cellule de valorisation minière. Parmi l’un de ses premiers chantiers, les déchets miniers de la mine de Bouazzer, fermée depuis 1983 faute de ressources.  »Mais elle avait une digue qui renfermait un peu plus d’un million de tonnes de déchets et de rejets des industries qui valorisaient le cobalt depuis 1954. Cette digue avait fait l’objet de plusieurs travaux de recherches, notamment dans des laboratoires chinois, à l’université de Liège, en Belgique, et même jusqu’au Canada, sans toutefois pouvoir trouver un procédé économique de valorisation de ces produits », poursuit Ismail Akalay.

Porter le Maroc sur la scène internationale, un succès presque inespéré

En 1988, soit cinq ans après sa fermeture, la mine de Bouazzer rouvre dans le but d’exploiter les petits gisements de cobalt, matériau grisâtre très prisé dans l’industrie, et de mettre sur pied une usine pour traiter ces minerais d’argent. En 1996, un premier site de production de cobalt sort de terre, puis un second dans la mine de Guemassa, pour pouvoir reprendre ces hydroxydes de cobalt, les purifier et produire par électrolyse des cathodes de cobalt à partir de l’année 1997.

 »A partir de là, la recherche géologique s’est intensifiée : il y a eu des découvertes intéressantes et nous avons pu commencer à avoir des concentrés de cobalt à partir des minerais de cobalt, c’est-à-dire de minerais primaires », raconte encore Ismail Akalay.

Mais dans les années 90, le Maroc peine à se démarquer sur la scène internationale en matière de production et de valorisation du cobalt. Ismail Akalay se souvient :  »Entre 1995 et 1998, j’assistais à des conférences un peu partout dans le monde sur le cobalt. La tradition, c’était que les participants décrochent des entretiens pour discuter avec les acheteurs potentiels, les clients, les traders, les producteurs de cobaltMais personne ne répondait à mes sollicitations ; je n’arrivais pas à attirer l’attention des grands spécialistes du cobalt. »

L’an 2000 marquera un tournant pour l’avenir du cobalt produit au Maroc :  »Lorsque nous avons mis sur le marché des quantités importantes de cobalt, j’ai reçu des dizaines de demandes d’entretiens lors de la conférence qui a suivi à Toronto. Tout le monde était curieux de savoir comment les Marocains avaient réussi à valoriser leurs minerais de cobalt. » A l’époque, Ismail Akalay et ses équipes savourent ce succès presque inespéré.

Des composantes indissociables pour développer la R&D au Maroc

In fine, ce chercheur, doctorant en chimie des solides, aura passé 33 ans chez Managem, dont 13 à faire de la recherche et développement ; un secteur dans lequel il croit dur comme fer.

 »J’avais à cœur de pérenniser les mines qui existaient et d’en rouvrir d’autres, notamment la mine de Bleida, spécialisée dans le cuivre, et celle de Wansimi, qui est aujourd’hui un petit fleuron de l’activité du cuivre au sein de Managem. C’est ce qui m’a poussé à croire à la R&D et à l’innovation. »

Quant à l’avenir de la recherche industrielle au Maroc, Ismail Akalay estime que ce domaine doit être scindé en deux parties : d’une part, la recherche sur de nouveaux produits, de nouveaux process ; d’autre part, la recherche incrémentale pour améliorer les process qui existent déjà, appuyer les industriels pour les amener à s’améliorer continuellement afin de continuer à réduire les coûts, améliorer la productivité et la qualité.

Le chercheur considère également que les trois composantes marketing, ingénierie et industrialisation sont indissociables les unes des autres.

 »Nous avons besoin d’équipes collectives qui soient capables de réussir les grands projets. Le marketing est essentiel afin de ne pas développer quelque chose qui ne trouverait pas de marché. La R&D est aussi là pour répondre à des problématiques de process, d’amélioration et de valorisation. L’ingénierie est donc essentielle pour passer à une échelle industrielle. Il faut des opérationnels, des ingénieurs dans les usines qui soient capables d’absorber cette innovation et de la faire réussir. Car in fine, ce sont eux qui permettent la concrétisation des projets. Il faut la conviction de toute cette chaîne pour que les choses puissent fonctionner. »

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