La pandémie a mis à nu les difficultés structurelles du SAMU

Traditionnellement destiné à gérer les cas d’urgence, le SAMU marocain peine à assurer son rôle, depuis que le nombre de ses sollicitations quotidiennes a explosé avec l’apparition de la pandémie. Selon une source informée, cette situation est le fruit d’une absence totale de suivi et de stratégie des responsables du ministère de la Santé qui n’ont jamais jugé important d’allouer suffisamment de moyens financiers et humains à ce service d’utilité publique.

La pandémie a mis à nu les difficultés structurelles du SAMU

Le 1 septembre 2020 à 15h56

Modifié 10 avril 2021 à 22h51

Traditionnellement destiné à gérer les cas d’urgence, le SAMU marocain peine à assurer son rôle, depuis que le nombre de ses sollicitations quotidiennes a explosé avec l’apparition de la pandémie. Selon une source informée, cette situation est le fruit d’une absence totale de suivi et de stratégie des responsables du ministère de la Santé qui n’ont jamais jugé important d’allouer suffisamment de moyens financiers et humains à ce service d’utilité publique.

Depuis l’apparition du coronavirus au Maroc, ce sont les opérateurs téléphoniques du SAMU (141) qui ont été chargés de répondre aux questions des personnes éventuellement infectées, puis, le cas échéant, de les transporter vers les unités médicales dédiées au traitement de cette maladie.

Le problème actuel est qu’avec l’explosion du nombre des cas COVID-19, ce service présent dans 8 villes du Maroc a rapidement été dépassé par le nombre d’appels et n’arrive plus à gérer un trafic téléphonique qui engendre plusieurs récriminations.

Aucun nouvel investissement depuis sa création

Interrogée par Médias24 sur les difficultés actuelles de ce service, une source bien informée, requérant l’anonymat, nous déclare qu’en réalité le SAMU n’a aucun problème spécifique au COVID.

« COVID ou pas, le SAMU a toujours été en difficulté mais quand la pandémie est arrivée, les difficultés n’ont fait que s’accroître et surtout apparaître au grand jour.

« En effet, hormis lors du moment de sa création, en collaboration avec SAMU Urgences de France, l’État marocain n’a jamais jugé utile d’investir pour le développer. Au départ, le projet initial qui date de 2006 devait se faire en 3 phases et devait atteindre ses objectifs en 4 ans.

« En 2011, le projet s’est arrêté à la phase une et il n’y a eu aucune avancée depuis 9 ans. Dans les faits, le personnel de ce service continue à travailler avec ce qui a été mis en place au départ.

40 urgentistes pour Tunis, 3 généralistes à Rabat

« Pour vous donner un ordre d’idée, si l’on devait oser une comparaison entre le SAMU de Rabat et un bassin de desserte similaire comme celui de Tunis, cette dernière capitale compte un vrai pôle d’urgence avec une dizaine d’enseignants de médecine et une quarantaine de médecins à plein-temps qui sont tous spécialisés en médecine d’urgence.

« A contrario, notre capitale dispose d’à peine un enseignant et de trois médecins généralistes qui n’ont aucune formation d’urgentistes.

« Idem pour la ville de Casablanca qui est pourtant la plus peuplée du pays et hormis le SAMU de Marrakech qui est un peu plus investi, aucun des autres ne se distingue vraiment notamment ceux de Fès et d’Oujda qui sont complètement démotivés.  

« En fait, il n’y a pas lieu de chercher des difficultés liées au COVID-19 car le problème chez nous est structurel avec un manque d’investissements de l’État qui en paye le prix aujourd’hui.

8.000 appels quotidiens contre 1.500 avant la pandémie

« En fait, si les services du SAMU attirent autant l’attention aujourd’hui, c’est à cause des nombreuses plaintes des Marocains qui appellent et qui faute de réponse ne sont pas satisfaits.

« Cela s’explique par le fait que les SAMU du Maroc sont passés d’un volume quotidien de 1.500 appels à plus de 8.000 sollicitations avec une moyenne nationale de seulement deux standardistes complètement débordés qui doivent faire des choix douloureux.

« Sachant qu’ils n’ont jamais eu assez de personnel et que personne parmi les responsables n’a priorisé les recrutements, les SAMU sont confrontés à un vrai manque de stratégie et de visibilité.

Les SAMU du Maroc n’ont toujours pas d’existence légale

« De plus, aussi bien sur le plan légal qu’administratif, les SAMU du Maroc n’ont jamais été créés officiellement, car la loi qui recommandait d’en faire des entités juridiques indépendantes avec des critères précis n’a jamais été suivie d’effets ou de publication au bulletin officiel.

« Dans les faits, chaque région décide, en fonction de ses moyens et de ses normes de créer son propre service et cela fait qu’au final, aucun SAMU au Maroc ne ressemble à un autre.

A peine 8 services d’aide médicale d’urgence pour tout le pays

« Ainsi, si en théorie, cette loi prévoyait de créer 12 SAMU pour tout le pays soit un par région, il n’y en a en réalité actuellement pas plus de 8, tous aussi différents les uns que les autres.

« Nous sommes donc très loin des chiffres de notre voisin tunisien; et je préfère ne pas évoquer ceux de la France ou des pays européens, car là on est en pleine science-fiction en termes de comparaison », dénonce notre interlocuteur.

Seules 2 missions sur 3 sont assurées

Avant de revenir aux difficultés des SAMU qui retiennent l’attention des Marocains confrontés de près ou de loin au coronavirus, rappelons que ces services d’aide médicale urgente ont 3 missions.

Selon notre source, la première est d’assurer le conseil téléphonique et l’orientation, la deuxième de porter secours aux personnes en situation d’urgence puis d’assurer leur transport vers les structures médicales appropriées.

« Sa dernière vocation qui est tout aussi importante que les précédentes mais qui malheureusement n’a jamais été prise en considération par les responsables ministériels du Maroc est l’enseignement.

« En effet, tous les SAMU doivent comporter un CESU, c’est-à-dire un centre d’enseignement des soins d’urgence, qui est censé former aussi bien les professionnels de la santé que le grand public pour les gestes de premiers secours et de réanimation, chose qui n’a jamais été faite au Maroc.

« Si en théorie toutes ses prérogatives sont consignées dans la circulaire ministérielle de 2011, signée par l’ancienne ministre de la Santé Yasmina Baddou, elles ne sont pas toutes entrées en pratique.

« Cela montre que nous sommes très forts pour rédiger des circulaires mais pour les appliquer, c’est une autre paire de manches.

20 médecins urgentistes pour tout le Maroc dont une majorité boude les SAMU

« Ainsi, alors que la spécialité médecine d’urgence existe bien au Maroc, il n’y en a pas plus de 20 opérationnels dans tout le pays et une bonne partie d’entre eux refusent de travailler dans les SAMU.

« En effet, cela fait plus de 5 ans que les postes sont ouverts et que personne n’y postule, car c’est une spécialité qui n’a pas de débouché professionnel et qui offre une rémunération peu attractive avec un statut de fonctionnaire”.

Des ambulances de dernière génération mais des hôpitaux moyenâgeux

« Ce qui est terrible est que le Maroc dispose d’un des meilleurs parcs mondiaux d’ambulances SAMU qui ont coûté très cher qui n’ont rien à envier à ceux de l’Europe ou des États-Unis.

« Si en termes d’équipement, nous n’avons aucun problème avec ces vrais petits hôpitaux sur roues, il faut reconnaître que nous n’avons pas des gens qualifiés pour les conduire et encore moins pour travailler dedans.

« L’autre difficulté et que nous n’avons pas les hôpitaux appropriés qui sont malheureusement sous-équipés et surchargés. En d’autres termes, même avec le meilleur SAMU du monde, quand vous arrivez à la porte d’un hôpital marocain, on se retrouve à un niveau lamentable de soins.

« Pour vous donner un exemple concret, une équipe du SAMU pourra stabiliser avec succès un patient gravement polytraumatisé ou qui a eu une hémorragie importante, mais une fois déposé à l’entrée de l’hôpital, il aura le temps de mourir avant d’être vraiment pris en charge ou sauvé.

« Les dysfonctionnements de nos hôpitaux, connus de tous les Marocains, sont en effet antérieurs à la création des SAMU, et cela ne facilite pas la mission de ces derniers qui n’est pas de traiter les gens mais juste de les secourir et de les maintenir en vie jusqu’à l’hôpital qui doit alors prendre le relais.

L’avenir des SAMU dépendra du successeur de Louardi

« Au final, cette pandémie n’a fait que montrer l’urgence d’une profonde réforme des SAMU et il faudrait peut-être profiter de la mise à la retraite de l’ex-ministre de la Santé Houcine Louardi, qui était un des fondateurs du SAMU et le chef de service des urgences du CHU de Casablanca, pour que son successeur établisse une vraie stratégie avec tous les moyens nécessaires », conclut, amère, notre source qui est aussi retraitée depuis peu du ministère de la Santé.

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