La hausse des impayés bancaires risque de freiner le financement de l’économie

La rentabilité des banques a fondu de moitié à cause des impayés. C’est ce qu’a révélé Abdellatif Jouhari dans sa conférence de presse tenue mardi 15 décembre à l’issue du dernier Conseil de BAM pour l’année 2020. Cette forte érosion de la rentabilité est causée par l’explosion des créances en souffrance qui ont atteint des records. Et qui continueront de monter encore d’ici fin décembre. Un phénomène qui risque d’altérer la capacité des banques à financer la relance en 2021.

La hausse des impayés bancaires risque de freiner le financement de l’économie

Le 16 décembre 2020 à 19h39

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

La rentabilité des banques a fondu de moitié à cause des impayés. C’est ce qu’a révélé Abdellatif Jouhari dans sa conférence de presse tenue mardi 15 décembre à l’issue du dernier Conseil de BAM pour l’année 2020. Cette forte érosion de la rentabilité est causée par l’explosion des créances en souffrance qui ont atteint des records. Et qui continueront de monter encore d’ici fin décembre. Un phénomène qui risque d’altérer la capacité des banques à financer la relance en 2021.

Depuis le début de la pandémie du Covid-19, le secteur bancaire a été au premier front pour lutter contre les effets de la crise. Report des échéances pour les particuliers et les entreprises, distribution de crédits garantis par l’Etat pour soulager la trésorerie des entreprises (Oxygène), octroi de financements à moyen et long terme pour aider les entreprises dans la relance de leur activité (Damane Relance et Relance TPE)… Le secteur a agi en pompier, en bras financier de l’Etat pour maintenir à flot l’économie, mais a été également l’une des plus grosses victimes de cette crise.

En cause : l’explosion des impayés à des niveaux records. Un phénomène sur lequel le Wali de Bank Al Maghrib s’est longuement arrêté pendant sa traditionnelle conférence de presse qui a suivi le dernier Conseil de la Banque centrale pour l’année 2020. Le sujet a d’ailleurs été à l’ordre du jour d’une réunion tenue en présentiel entre Abdellatif Jouahri et les présidents de banques, le 9 décembre.

9,7 milliards en dix mois, et le pire est à venir…

« Nous sommes déjà à 9,7 milliards de dirhams d’impayés sur les dix premiers mois de l’année (une augmentation de 14% par rapport à la même période 2019, ndlr). Mais avec le moratoire (le report d’échéances, ndlr) accordé par les banques, on ne sait pas à quel niveau nous allons finir l’année…», a lancé Abdellatif Jouahri, qui a affirmé que cela représente le vrai problème dans le secteur bancaire en cette année 2020.

Cette montée des impayés, aussi bien chez les ménages que chez les entreprises, peut en effet avoir des effets néfastes sur les banques, mais sur toute l’économie par ricochet.

Premier effet : l’érosion de la solvabilité et de la profitabilité des banques. L’explosion des impayés va impacter, selon Jouahri, la solvabilité des banques à cause des énormes provisions qu’elles doivent mettre pour se couvrir. Des provisions qui plombent les bénéfices des banques, mais viennent également en diminution de leurs fonds propres.

« Les premiers chiffres que nous avons montrent que la rentabilité des banques a baissé de moitié par rapport à 2019 », a révélé le Wali de Bank Al Maghrib.

Cette donnée ne concerne pas que la corporation des banques, car si la rentabilité et la solidité des banques sont menacées, cela va déteindre sur toute l’économie. Car elles seront dans l’incapacité d’accompagner la relance en 2021 en poursuivant l’effort de financement de l’économie.

Un effet que Jouahri ne nie pas, affirmant, qu’au vu de la situation, « les banques peuvent mettre un frein à la distribution de crédits pour ne pas se fragiliser davantage ».

« Nous continuons de surveiller de près la solidité des banques, et j’ai convenu avec les présidents des banques une réunion en fin d’année pour faire un bilan de la situation, analyser les perspectives pour 2021, et décider des mesures à mettre en place pour que le système continue de soutenir l’effort de relance », a expliqué le Wali de Bank Al Maghrib.

Le crédit ne peut être le seul outil de relance

Parmi ces mesures, Jouahri n’exclut pas de redemander aux banquiers de ne pas distribuer de dividendes en 2021 pour renforcer leurs niveaux de fonds propres.  Mais le Wali de Bank Al Maghrib compte surtout sur les décisions que va prendre le gouvernement ou le CVE.

Avec la montée des risques, et le surendettement de la majorité des entreprises qui ont recouru massivement aux dettes pour se maintenir à flot cette année, les banques ne pourront continuer de financer l’économie au même rythme qu’en 2020. Sauf si l’Etat se porte encore une fois garant, comme il l’a fait en 2020 à travers la CCG. Et sur ce point, les choses ne sont pas encore très claires comme le laisse entendre Abdellatif Jouahri.

« On ne sait pas si on pourra réitérer la même opération en 2021, si cela doit se faire en totalité ou en partie. Tout dépendra du bilan que l’on fera en fin d’année des perspectives de 2021 », lance Jouahri, tout en rassurant que si l’Etat débloque sa garantie, « il n’y aura pas de raison pour que les banques ne suivent pas comme elles l’ont fait en 2020 ». « Mais on doit voir à ce moment-là ce qu’elles doivent financer en priorité, et comment cela va s’opérer au niveau de la CCG », nuance-t-il.

Pour Jouahri, le crédit ne doit pas être le seul moyen ou outil de relance. Le Wali de Bank Al Maghrib ne l’a pas exprimé directement, mais c’est ce qu’on peut déduire de son intervention, où il a insisté sur la nécessité d’agir désormais sur la recapitalisation des entreprises et des PME en particulier.

Cela a été également au menu des discussions qu’il a eu avec le GPBM le 9 décembre.

« Nous avons attiré l’attention des banques qu’il faut des solutions de haut de bilan pour les entreprises. Le fonds Mohammed VI pour l’investissement a justement mis en priorité la restructuration industrielle et celle de la PME avec des solutions de financement du haut de bilan, que ce soit par des fonds propres ou des quasi-fonds propres. Il faut rendre les bilans des entreprises plus sains pour que les banques puissent continuer de les financer », a expliqué Jouahri.

En attendant l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI et de ses fonds thématiques, le Wali a invité les banques à recourir elles-mêmes à des opérations de restructuration bilancielle avec leurs clients.

« Les banques ont déjà lancé des opérations de restructuration du haut de bilan de leurs clients, en faisant par exemple des programmes de rééchelonnement de la dette. Cela permettra aux entreprises d’éviter le défaut de paiement et ainsi avoir de nouvelles possibilités d’endettement. Nous avons poussé les banques à aller encore plus loin dans ces opérations, mais cela bien sûr ne peut se faire qu’avec des entreprises qui ont une gouvernance saine et des perspectives d’avenir claires », précise Abdellatif Jouahri, qui assure que la banque centrale travaillera de concert avec les banques pour éviter de tomber en 2021 dans une politique de rationnement des crédits, qui freinera l’élan de relance de l’économie.

Les sorties de cash, « le phénomène le plus frappant de cette crise »

Ces défauts de paiement qui risquent de freiner l’action des banques ne sont pas le seul problème auquel le secteur est confronté. A côté des risques sur la solvabilité et la capacité de continuer de servir l’économie s’est ajouté une autre donnée assez exceptionnelle : les sorties massives de cash du système, qui sur les sept premiers mois de l’année ont totalisé la somme de 65 milliards de dirhams, soit trois fois et demi les sorties enregistrées sur toute l’année 2019.

« C’est l’élément le plus frappant que l’on a observé pendant cette crise », a commenté Jouahri. « Il y a eu une préférence pour le cash pendant la pandémie et le confinement. Les gens voulaient avoir les liquidités à portée de main. Nous avons remarqué également une baisse des dépôts à terme durant cette période. Ce qui a eu pour conséquence une hausse des besoins de liquidités des banques… », explique Abdellatif Jouahri.

Ce phénomène qui a concerné selon Jouahri toutes les régions du Maroc ne va pas s’arrêter en 2020. Selon les prévisions du Wali, les sorties de cash vont enregistrer une hausse « exceptionnelle » de 20% en 2020, pour baisser à 10% en 2021, avant de retrouver un rythme normal de 7% en 2022.

« Le pourcentage historique de sorties nettes de cash a toujours tourné entre 6 et 8%. Nous ne retrouverons ce niveau qu’à partir de 2022. Cela est lié à la confiance. Plus la confiance s’installera, plus ces éléments rentreront dans l’ordre…», précise Jouahri.

Et qui dit moins de liquidité à disponibilité des banques, dit moins de possibilité de financement de l’économie. Mais là aussi, le Wali de la banque centrale s’est montré rassurant, expliquant que Bank Al Maghrib s’est mobilisée pour répondre à tous les besoins des banques.

« Depuis le déclenchement de la pandémie, nous avons répondu à toutes les demandes des banques sur le marché monétaire. Nous avons élargi les possibilités de financement sur un mois et trois mois. Et la part de ces facilités commence à prendre plus d’importance, ce qui donne plus de visibilité aux banques par rapport aux avances classiques à 7 jours. Bank Al Maghrib continuera dans cette politique en 2021 et financera tous les besoins qui se présenteront… », rassure le Wali de Bank Al Maghrib, excluant ainsi tout scénario de crise de liquidité qui pourrait freiner le financement de l’économie ou la bonne marche du système bancaire.

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