M. Jazouli: « Des investissements américains massifs dans les provinces du Sud attendus

ENTRETIEN. Proclamation de Trump; Maroc-USA; Maroc-Israël: voici les réponses de Mohcine Jazouli, ministre délégué auprès du ministre des  Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger.

M. Jazouli: « Des investissements américains massifs dans les provinces du Sud attendus

Le 16 décembre 2020 à 11h26

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

ENTRETIEN. Proclamation de Trump; Maroc-USA; Maroc-Israël: voici les réponses de Mohcine Jazouli, ministre délégué auprès du ministre des  Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger.

Médias24 : L’ouverture du consulat à Dakhla, ce serait pour quelle date ?

Mohcine Jazouli : La date n’est pas encore arrêtée. On est en train de finaliser les détails techniques. Dès qu’on sera prêt, on l’annoncera.

Nous avons été nombreux à comprendre que ce serait un consulat d’abord à objectifs économiques et commerciaux. Est-ce que c’est le cas ?

Plutôt à forte connotation économique et commerciale. L’ouverture d’un consulat, c’est d’abord diplomatique ; c’est un acte politique fort et celui-là aura une vocation économique pour le développement de la région.

Il fera donc des actes consulaires, délivrera des visas… ?

Si, si, il y aura toute la palette que l’on attend d’un consulat. Un Américain qui perdrait son passeport en faisant du kitesurf dans la région, pourrait se rendre à ce consulat et accomplir les formalités nécessaires.

On s’attend à des annonces économiques imminentes, peut-être dès la semaine prochaine. Quelle forme prendraient-elles ? Crédits garantis ? investissements ? aides ?

Ce sera la partie développement économique sous différents aspects. Ce n’est pas finalisé, c’est en cours de finalisation. Ce que je peux dire, c’est que des investissements seront annoncés avec une forte connotation dans les provinces du Sud.

L’annonce de la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les Etats-Unis a été forcément précédée de contacts discrets. Pouvez-vous nous en parler ?

La politique étrangère est du ressort de Sa Majesté le Roi. Les Affaires étrangères ont un rôle très clair de mise en œuvre. Nous sommes au service de cette politique.

Sa Majesté avait reçu M. Kushner, conseiller du président Trump à sa table, pendant le mois de mai 2018. Ce dernier est sorti de cet entretien complètement convaincu de la marocanité du Sahara et par l’approche visionnaire de Sa Majesté. Il a vu de ses propres yeux le développement de notre pays et celui des provinces du Sud. Ce fut le point de départ de deux années d’échanges et de discussions, pour aboutir finalement à l’annonce de jeudi dernier, reconnaissant la marocanité du Sahara.

On s’est tous interrogé sur la proclamation présidentielle, sa force juridique par exemple, sa portée, sa pérennité…

La relation entre le Maroc et les Etats-Unis transcende les administrations, et ce depuis 1777, date de la reconnaissance des USA par le Maroc. Elle est restée solide et durable. Ceci s’exprime à plusieurs niveaux : le Maroc partenaire de l’exercice Africa Lion ; le Maroc seul pays africain à avoir un accord de libre-échange avec les USA ; le partenariat stratégique… 

Depuis la publication du plan marocain d’autonomie en 2007, toutes les administrations en ont parlé comme d’une solution réaliste, crédible et mutuellement acceptable.

Cette proclamation du président des Etats-Unis a également une immense portée politique: c’est une reconnaissance de la part de la première puissance mondiale qui est également membre permanent du conseil de sécurité et qui dispose également du droit de veto. Ils sont aussi le pen-holder (porte-plume ou rédacteur) de chaque résolution sur le Sahara marocain au Conseil de sécurité…

Sur le plan juridique, le président des Etats-Unis, selon la Constitution américaine, dispose de pouvoir en matière de politique étrangère et de négociation des traités. La proclamation ainsi que les executive orders sont des instruments puissants à la disposition des présidents pour mener des politiques étrangères précises. C’est une proclamation très forte qui va ouvrir des perspectives nouvelles, dans les domaines économique, social ou culturel dans la région. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement américain accompagne cette proclamation par des investissements massifs dans les provinces du Sud et d’ouverture de consulat à Dakhla.

C’est un acte politique fort, qui crée un point d’appui juridique et politique, qui fait la démonstration de la justesse de notre cause nationale et de la pertinence du plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007.

Est-ce que d’autres pays pourraient suivre les Etats-Unis et reconnaître à leur tour la marocanité du Sahara ? On peut penser au Royaume-Uni ou à d’autres pays de l’Union européenne…

Prenons d’abord le temps déjà de tirer tous les bénéfices de l’énorme impact d’une telle proclamation.

Cela étant dit, bien sûr, nous espérons que d’autres se joindront aux Etats-Unis. Je peux citer des hommes politiques français qui invitent l’Union européenne à en faire autant. La dynamique est lancée. On a appuyé sur le bouton. On espère d’autres changements dans la même trajectoire.

Quand est-ce qu’il y aura les lignes aériennes entre le Maroc et Israël ?

On a commencé à travailler dessus. On prépare les accords aériens, il y a de la technique. Le communiqué du cabinet royal était très clair, nous œuvrons à le dérouler. Les différents départements ministériels y travaillent.

Toujours concernant Israël, on a parlé de coopération économique et technologique… C’est un cadre général ou bien est-ce qu’il y a des pistes précises ?

Tout le monde sait que l’on parle d’Israël comme d’une seconde Silicon Valley ; donc forcément, on pense au technologique, comme on peut penser à l’agriculture. Israël est connu pour ses performances dans l’agriculture et l’agro-industrie, donc il y a certainement des coopérations possibles dans les secteurs qui nous intéressent. Et tout ça entre dans la dimension économique.

Est-ce qu’on peut parler de normalisation ? de reconnaissance d’Israël ? Quelle est la bonne expression ?

Ni l’une ni l’autre. Tout le monde a compris qu’il y a réactivation des canaux diplomatiques qui existaient déjà entre nos deux pays.

Ce qui se passe aujourd’hui est le résultat d’un long processus qui prend ses racines même dans l’histoire de notre pays.

Le judaïsme est un élément essentiel de l’identité plurielle du Maroc. Il a été consacré par la Constitution de 2011 qui stipule dans son préambule que l’unité du Maroc “forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen“. Pour comprendre cette réalité, cette importance du judaïsme marocain, on pense tous à ce million de juifs marocains qui sont sur tous les continents et qui ont cultivé aussi bien leur mémoire que leur attachement au Maroc, génération après génération.

Rien qu’en Israël, ils sont plus de 700.000. C’est la deuxième plus forte communauté. Dans le gouvernement israélien, il y aurait dix ministres d’origine marocaine. Une anecdote dit qu’à la Knesset, il y a le groupe des Meknassis et le groupe des originaires de Bejaâd. C’est dire que la culture marocaine est fortement imbriquée en Israël.

Tout cela confère au Maroc un statut particulier et lui permet de jouer un rôle à la hauteur de cette histoire et de cet héritage.

Donc, c’est une évolution logique, pas une normalisation. Les bureaux de liaison avaient ouvert en 1994 puis fermé en 2002. C’est une reprise des relations dans un contexte différent, marqué par la dynamique régionale. Cela reste une réactivité. Cela donne une certaine autorité au Maroc et à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour être une voix essentielle en faveur de la paix et de la stabilité dans la région.

La cause palestinienne est au cœur des préoccupations de Sa Majesté, des Marocains, du gouvernement. Comme l’a souligné Sa Majesté dans sa conversation téléphonique avec le président Mahmoud Abbas, le Maroc soutient et défend la solution de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité.

Dans les faits, c’est donc un retour à la période 1994-2002, mais dans un contexte différent…

Le contexte est différent. Les astres sont alignés différemment. La dynamique régionale est différente. Le monde est différent. Aujourd’hui, c’est une nouvelle page qui s’écrit.

>>Lire aussi: Les contours du new deal économique maroco-américain

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