PCNS: 7 recommandations pour gérer les impacts de la crise économique au Maroc

Le Policy center of the new south (PCNS) a publié, mercredi 16 décembre, un premier bilan sur les impacts du Covid-19 sur l’économie marocaine et a dressé des recommandations pour les surmonter. 

PCNS: 7 recommandations pour gérer les impacts de la crise économique au Maroc

Le 16 décembre 2020 à 11h51

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

Le Policy center of the new south (PCNS) a publié, mercredi 16 décembre, un premier bilan sur les impacts du Covid-19 sur l’économie marocaine et a dressé des recommandations pour les surmonter. 

Les analyses réalisées par les experts du PCNS révèlent une contraction sévère de l’activité économique de près de 7%, sous l’effet des mesures de confinement et la baisse drastique de la demande étrangère.

Toutefois, la distribution régionale du choc n’est pas uniforme et indique une plus forte exposition des régions du pays où le secteur informel est important, le taux du secteur public est faible et les activités touristiques et manufacturières sont prépondérantes:

– Les plus grandes pertes économiques devraient être observées dans les régions de: Casablanca-Settat, Tanger-Tétouan-Al-Hoceima et Marrakech-Safi,

– Les régions les moins touchées sont celles de Dakhla-Oued Ed-dahab, Guelmim-Oued Noun et Laâyoune-Sakia el-Hamra.  

Cette analyse souligne, d’autre part, qu’à l’échelle sociale, la récession profonde agirait davantage sur les classes sociales les plus précaires, puisqu’elle basculerait environ 1 million de personnes vers la pauvreté et à peu près 900 milles autres sous la ligne de la vulnérabilité.

De leur côté, les équilibres macroéconomiques internes et externes de l’économie marocaine seraient soumis à de rudes épreuves en cette année 2020 et les déficits jumeaux seraient compris entre 6% et 8% du PIB.

A l’échelle interne, la détérioration du déficit budgétaire traduirait davantage une baisse prévisible des recettes fiscales plutôt qu’un accroissement volontariste des dépenses budgétaires. Les actions de soutien aux agents économiques les plus touchés se sont appuyés sur le Fonds spécial du Covid-19, dont le montant alloué avoisine 3% du PIB.

Sur la balance des paiements, le compte courant aurait considérablement pâti du « sudden stop » des recettes touristiques et la contraction profonde des exportations des biens et des autres services.

Par contre, l’ajustement des importations et la forte résilience des transferts des Marocains résidents à l’étranger auraient apaisé considérablement la pression sur les réserves de change. Et le recours exceptionnel au financement extérieur a plus que comblé le déficit en devises.

Ainsi, les décideurs économiques seraient tiraillés entre, d’une part, l’objectif de restauration des équilibres comptables et, d’autre part, le déclenchement de politiques expansionnistes à même de revigorer la reprise économique.  

Les 7 recommandations du PCNS

Le policy paper précise que les leviers des autorités publiques s’articulent autour de deux dimensions principales: macroéconomique, pour une meilleure gestion dans le cycle, et, structurelle, qui tient compte des implications éventuelles du choc sanitaire sur les nouvelles tendances fondamentales de l’économie nationale et mondiale. 

Ainsi, voici les recommandations du PCNS pour faire face à l’impact de la crise sanitaire sur l’économie marocaine: 

– Le levier des « dépenses ciblées » devrait être activé pour une orientation contra-cyclique de la politique budgétaire: Si l’investissement public peut s’avérer un choix de prédilection pour soutenir l’activité  économique, il est primordial de privilégier les projets d’investissement à impact quasi immédiat sur l’activité économique et sociale. Le facteur « impact instantané » est l’élément critique dans ce contexte et toute décision d’investissement ou de mesure de relance gagnerait à être gouvernée par ce principe.  

–  Il est temps d’activer la politique macro-prudentielle: « Les dernières décisions prises dans ce sens par la Banque centrale pour libérer de la liquidité bancaire par un relâchement des règles prudentielles obéissent globalement à cet objectif », affirme le PCNS.

La violence du choc a incité les autorités à s’investir dans cette voie, mais il est primordial, que des fonctions de réaction explicite soient instaurées pour permettre un déclenchement automatique de cette palette de mesures à chaque fois que notre position dans le cycle économique ou financier l’impose.

– Un policy mix équilibré qui s’appuie sur un régime de change encore plus flexible est nécessaire pour une relance soutenable: Les orientations des politiques macroéconomiques sont globalement expansionnistes. Et toute politique monétaire expansionniste se trouve toujours limitée dans son champ d’action par la nécessité de maintenir les réserves de change et les déséquilibres externes à des niveaux soutenables.

Ainsi, plus de souplesse dans le régime de change signifie plus d’autonomie pour la politique monétaire dans l’atteinte de ses objectifs et, par conséquent, une meilleure effectivité de ses décisions. » En plus, l’élargissement des bandes de fluctuation gagnerait en pertinence dans des conditions monétaires détendues, où les opérateurs sont relativement confiants, » précisent les auteurs du policy paper.

– En termes de politique commerciale, il faut recentrer l’effort sur les partenaires du voisinage du Maroc avec le Maghreb et l’Afrique comme priorités: Les changements qui se pointent à l’horizon pourraient installer de nouveaux paradigmes économiques, et le libre-échange céderait la place à une ouverture plus réfléchie et axée sur la proximité. Il est pertinent que le Maroc fasse de ses partenaires de voisinage un choix de premier ordre. Le Maghreb, une des régions les moins intégrées dans le monde et qui regorge de potentialités, devrait être érigé en priorité stratégique pour tous les pays de la région.

Dans l’espoir d’un Maghreb plus intégré, le Maroc devrait renforcer son ancrage africain et faire de l’Afrique francophone un axe de redéploiement sur tout le continent. L’entrée en vigueur début 2021 de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf) serait le vecteur essentiel d’une densification des relations commerciales avec le continent et intégration plus approfondie du tissu productif national avec son homologue africain.   

– La pandémie du Covid-19 a déclenché une politique sociale efficace: L’instauration de filets sociaux devrait s’inscrire dans une politique sociale exhaustive qui viendrait suspendre les différents programmes sociaux sectoriels ou de niche active. Le poste budgétaire de cette rubrique ne devrait pas alourdir les finances publiques, mais plutôt être alimenté sur la base des programmes déjà existants.  

– La stratégie de transition numérique une nécessité plutôt qu’un luxe: Une nouvelle ère de digitalisation pourrait débarquer et reconfigurer les relations commerciales et les dynamiques sur le marché de travail. Le Maroc a tout intérêt à ériger les stratégies de transition numérique en priorité nationale pour saisir cette prise de conscience collective et pérenniser ce mouvement à travers une stratégie ambitieuse et intégrée.  

– Les autorités centrales doivent impliquer davantage leurs homologues territoriales dans la prise de décisionLa crise a été révélatrice de la nécessité de revisiter le rôle et les marges de manœuvre dont disposent les autorités locales pour une prise en main effective des territoires et de leur devenir. La crise a agi de manière non uniforme à travers les régions du Royaume, aussi bien au niveau des indicateurs de contamination que des répercussions économiques.

Il est, de ce fait, impératif que les autorités centrales impliquent davantage leurs homologues territoriales et les responsabilisent dans la prise de décision, sous un schéma de gouvernance conforme aux dispositions de la Constitution de 2011, très ouverte au principe de la régionalisation avancée. 

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