Ce qu’il faut savoir sur Dakhla, futur pôle économique de l’Afrique

L'ouverture d'un consulat américain à Dakhla permettra à la ville, et par extension aux régions du Sud, de se positionner sur les agendas économiques des décideurs internationaux. Le point sur les potentialités et les perspectives d'avenir de la ville.

Ce qu’il faut savoir sur Dakhla, futur pôle économique de l’Afrique

Le 18 décembre 2020 à 11h00

Modifié 11 avril 2021 à 2h49

L'ouverture d'un consulat américain à Dakhla permettra à la ville, et par extension aux régions du Sud, de se positionner sur les agendas économiques des décideurs internationaux. Le point sur les potentialités et les perspectives d'avenir de la ville.

Après avoir reconnu la souveraineté du Maroc sur son Sahara, les Etats-Unis ont annoncé l’ouverture prochaine d’un consulat à vocation économique à Dakhla. Cette décision positionne le Maroc comme la porte d’entrée économique en Afrique du Nord et de l’Ouest, et fera de la ville de Dakhla un hub de croissance pour les entreprises américaines qui souhaitent se développer dans cette partie du continent. Quels sont les atouts et les potentialités de la région Dakhla-Oued Eddahab? 

Une situation géographique exceptionnelle

La région de Dakhla Oued Eddahab s’étend sur une superficie de 130.898 km2, soit environ 20% du territoire national. Sa position géographique avantageuse lui confère le rôle de pivot et de plateforme d’échanges entre le Maroc et l’Europe via l’océan Atlantique d’une part, et entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne via la Mauritanie d’autre part.

La région compte plus de 150.000 habitants en 2020. D’après Mounir Houari, président du Centre régional d’investissement (CRI) de Dakhla-Oued Eddahab, celle-ci génère 2% du PIB national.

Selon les dernières statistiques du HCP, le PIB par habitant dans la région a atteint 85.669 DH en 2018, soit plus du double de la moyenne nationale, qui est de 31.473 DH.

Côté emploi, en 2017, la région comptait 86.468 actifs occupés, affichant un taux d’emploi régional de 66,6%, la moyenne nationale étant de 41,9% et un taux de chômage régional de 7,4% contre une moyenne nationale de 10,2%. Les jeunes de moins de 35 ans représentent plus de 65% de la force de travail dans la région.

Des potentialités économiques importantes

La région de Dakhla-Oued Eddahab dispose de potentialités économiques importantes, notamment « dans les secteurs de la pêche maritime, l’agriculture, le tourisme et l’énergie« , nous confie M. Houari.

« Le secteur de la pêche représente à lui seul 45% du PIB de la région, et emploie le plus grand nombre de personnes » (environ 47.000, dont 20.000 indirects). 

Avec une façade maritime de 667 Km, la région est l’une des zones les plus poissonneuses du Royaume, et dont les eaux recèlent de ressources halieutiques abondantes et diversifiées. 

« Pour le tourisme, il y a eu un grand développement durant les 5 dernières années avec la création de nouveaux hôtels et établissements d’hébergement (1.471 lits et 692 chambres en 2018) », poursuit le président du CRI. « Certes, ce secteur ne représente pas grand-chose au niveau du PIB régional, mais c’est une vraie vitrine pour faire la promotion de la région. Beaucoup de touristes, qui venaient en tant que visiteurs, se sont convertis par la suite en investisseurs ». 

« Le secteur agricole est, lui, en plein développement. L’irrigation à travers la station de dessalement, en cours de construction, va permettre à la région de se positionner sur l’échiquier du secteur au niveau régional. Le climat à Dakhla-Oued Eddahab favorise plusieurs cultures », essentiellement les primeurs, notamment la tomate et le melon, et « l’ensoleillement est plus important que dans d’autres régions ». « Mais le plus important », souligne-t-il, « c’est la précocité« . « Les produits agricoles cultivés au niveau de Dakhla arrivent sur le marché européen avant les autres produits (de deux à trois semaines), ce qui représente un atout majeur et un avantage concurrentiel d’une grande importance ». 

Ainsi, le dernier coup de projecteur mondial donné à la région permettra à ces secteurs de se développer davantage, dans la mesure où de nouveaux débouchés d’export vers le continent américain se présenteront aux professionnels des secteurs de la pêche et de l’agriculture. Quant au secteur touristique, il sera dorénavant promu par les tour-opérateurs américains.

Les infrastructures existantes et les projets en cours

La région dispose déjà d’un aéroport international, dont le trafic a augmenté de plus de 23% entre 2018 et 2019.

Elle abrite également un complexe portuaire incluant deux ports qui se situent dans la baie de Oued Eddahab. Le premier, l’ancien port, a été transformé en port militaire, et le second, le nouveau, a été mis en service en 2001. L’activité de ce dernier est essentiellement basée sur l’exploitation des ressources halieutiques, l’importation des hydrocarbures et les flux des bateaux de croisières. Ce port dispose d’une zone industrielle de 270 ha, dont 20% sont aménagés pour les industries de transformation, les zones de stockage, les zones administratives et une zone franche d’exportation.

D’autres projets sont actuellement en cours de réalisation, dans le cadre du programme de développement des provinces du Sud lancé en 2015 par le Roi Mohammed VI. 

Il s’agit notamment : 

– du nouveau port de Dakhla Atlantique, qui devrait promouvoir les échanges commerciaux directs entre le Maroc et ses partenaires africains. Le lancement de la construction est prévu pour l’année prochaine, pour un investissement de 10 MMDH. Le chantier devra durer 6 ans. D’après le directeur du CRI, « une zone industrielle et logistique de 1.000 ha sera annexée à ce port, qui va permettre la création d’une zone de libre-échange. Celle-ci s’ancre dans la stratégie marocaine de consolider les partenariats et les échanges commerciaux sud-sud ».

– La station de dessalement de l’eau de mer, pour un investissement de près de 2 MMDH. « Le projet est en cours de construction, et permettra à terme l’irrigation de 5.000 ha au niveau de la région ». 

– Le projet de la voie express Tiznit-Laâyoune-Dakhla, qui s’étend sur environ 1.000 km, d’un coût de 10 MMDH. Le tronçon reliant Tiznit à Laâyoune, sur une distance de 555 km, sera achevé cette année. Le tronçon Guelmim-Zerouila (22,6 km) affiche un taux d’avancement de 98% au mois de décembre 2020, contre 90% pour celui de Tarfaya-Doura (57 km).

– Le déploiement de deux plateformes logistiques au niveau du poste frontalier d’El Guergarate et à Bir Guendouz de 34 ha chacune. « Celles-ci vont permettre à la région de se positionner comme une vraie porte d’entrée vers l’Afrique et un grand hub d’échange ».

« D’autres projets sont quant à eux portés par le secteur privé, notamment le projet du Fonds d’investissement amércain Soluna, qui va permettre la création d’un parc éolien d’une capacité de production de 900 mégawatts. Ce parc sera adossé à des data centers, utilisés dans la technologie de blockchain par plusieurs institutions financières mondiales. L’objectif à travers ce projet est de mettre à disposition des capacités de calcul à l’international, pour les institutions qui utilisent cette technologie ».

Toujours d’après Mounir Houari, « plus de 80 unités industrielles existent actuellement dans la région, mais ce chiffre est amené à s’élargir après l’inauguration du nouveau port de Mhiriz, dans la commune de Bir Gandouz, et après le démarrage du nouveau port de Dakhla ».  

Attirer davantage d’investissements américains

Comme souligné par différents experts internationaux, l’ouverture d’un consulat américain à vocation économique à Dakhla, permettra de drainer davantage d’investissements directs étrangers, notamment américains.  

Contacté par nos soins, Mehdi Abdelkrim, président de la commission dynamique régionale et PPP à la CGEM, confirme. 

« Tout d’abord, il faut savoir qu’avec les Etats-Unis, nous avons un dialogue stratégique sur le partenariat Maroc-USA, en termes d’investissements, et je pense que la décision de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara va faciliter les investissements américains directs et les co-investissements avec des partenaires marocains, au niveau des provinces du Sud ».

« On parle de la potentialité de la région. Les provinces du Sud ont bénéficié d’un plan de développement lancé par le Roi Mohammed VI, de 77 MMDH qui ont été portés à 85 MMDH, c’est dire l’importance des projets dans la région, et les potentialités de celle-ci ».

« La pêche au niveau de Dakhla et de Laâyoune est un écosystème très important. Egalement, de nombreux appels à manifestation sont lancés dans le secteur de l’aquaculture, et des projets sur les énergies renouvelables et le tourisme sont sur les rails, sans oublier les projets qui sont très structurels dans la région, notamment l’aéroport de Guelmim, les stations de dessalement, le port de Dakhla, et la route reliant Tiznit à Dakhla. En arrivant, l’investissement américain va trouver des secteurs porteurs et une infrastructure qui va permettre de faciliter l’investissement et le co-investissement« , a ajouté M. Abdelkrim.

Par ailleurs, « le tourisme continue de se développer avec la connectivité aérienne d’Air Arabia et la multiplication des vols qui viennent de différents pays, et les unités hôtelières connaissent un développement remarquable. On n’est plus sur la ville de Dakhla d’il y a 10 ans. Le tourisme s’affirme dans la région, et plusieurs unités hôtelières affichent complet en temps normal. On n’est plus sur du tourisme qui n’est pas programmé, mais programmable », conclut-il. 

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