Mustafa Zemmouri : Histoire du premier Marocain à avoir foulé le sol américain

Plus de deux siècles après la reconnaissance du Maroc de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, l’ambassade US fêtera l’amitié des deux pays en revenant sur l’histoire du 1er Marocain à avoir foulé le sol américain. Selon une source diplomatique, Mustafa Zemmouri qui avait découvert en 1528 le continent américain, quelques années après Christophe Colomb, fera l’objet d’une grande rétrospective sur sa vie.

Mustafa Zemmouri : Histoire du premier Marocain à avoir foulé le sol américain

Le 8 février 2021 à 18h58

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Plus de deux siècles après la reconnaissance du Maroc de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, l’ambassade US fêtera l’amitié des deux pays en revenant sur l’histoire du 1er Marocain à avoir foulé le sol américain. Selon une source diplomatique, Mustafa Zemmouri qui avait découvert en 1528 le continent américain, quelques années après Christophe Colomb, fera l’objet d’une grande rétrospective sur sa vie.

Hasard de l’histoire ou pas, à l’image du Maroc qui fut le premier pays de la planète à avoir reconnu leur indépendance en 1777, les Etats-Unis s’apprêtent à fêter 200 ans d’amitié bilatérale après être devenu le pionnier du monde occidental à reconnaître la marocanité du Sahara. Retour sur le parcours historique du premier Marocain à s’être rendu en Amérique du nord. 

Zemmouri, pionnier de la présence marocaine aux USA

Dans un post Facebook, l’ambassade américaine révèle que la célébration de ces liens reviendra notamment sur l’histoire d’un Marocain né en 1503 à Azzemour sous domination portugaise.

En effet, l’histoire de Mustafa Zemmouri, considéré comme étant le 1er marocain à avoir exploré le Sud-Ouest américain est un bon exemple pour illustrer le début de la présence marocaine aux USA juste après sa découverte en 1492 par Christophe Colomb et bien avant son indépendance en 1776.

L’Amérique continue d’honorer la mémoire d’un Marocain inconnu dans son propre pays

Selon une source diplomatique requérant l’anonymat, le parcours exceptionnel de cet ancien esclave fera pour la 1ère fois l’objet d’une rétrospective à l’ambassade américaine du Maroc à l’occasion de la célébration des 200 ans d’amitié entre les deux pays qui se déroulera durant l’année 2021.

Une célébration rendue possible grâce aux fonds du Musée national arabo-américain (Dearborn, Michigan) qui continue d’honorer son apport aux USA contrairement à son pays d’origine où il est quasi inconnu et étrangement exclu des manuels d’enseignement pour les nouvelles générations.

Une omission incompréhensible quand on sait qu’il fut un des premiers hommes du 16ème siècle à avoir exploré l’Amérique du Nord quelques décennies après sa découverte par Christophe Colomb.

L’ancien esclave d’Azzemour embauché pour envahir la Floride

Bien avant ce voyage à destination de ce que les explorateurs appelaient le « Nouveau-Monde », Zemmouri est né au tout début du 16ème siècle, vers 1503 dans la ville côtière d’Azemmour au Maroc qui était à l’époque sous domination des Portugais.

Fait prisonnier en 1513, le jeune homme fut d’abord vendu en 1520 aux occupants puis arrivé en Espagne en 1527, il sera revendu comme serviteur à un noble espagnol du nom d’Andrés Dorantes de Carranza avec lequel ensuite il entreprendra une expédition maritime pour occuper la Floride.

Sur les traces de Christophe Colomb, sous les ordres d’un autre célèbre conquistador

Après 20 ans passés à essayer de soumettre le Mexique, le commandant Dorantes à la tête d’une compagnie maritime avait été désigné pour combattre sous les ordres de Pánfilo de Narváez, qui venait lui-même d’être nommé pour conquérir et devenir le gouverneur espagnol de la Floride.

Partie d’Espagne en janvier 1528 avec 600 personnes, l’expédition affrontera plusieurs ouragans qui détruisirent d’abord un navire et obligea les 5 autres endommagés à faire escale à Cuba avant de jeter l’ancre fin avril sur la côte ouest de la Floride, plus exactement au niveau de Tampa Bay.

Seul parmi les 4 survivants d’un corps expéditionnaire de 600 personnes

Après cinq mois très difficiles où plus de 500 personnes de son équipage moururent noyées, de faim, de soif et de maladies, Dorantes quitta en septembre cette région inhospitalière pour aller au Mexique.

Une fois arrivés, les membres de son expédition furent capturés par une tribu locale puis obligés de travailler dans des conditions terribles qui décima la plupart du corps expéditionnaire.

Affamés ou tués par les aborigènes, seuls quatre survivants à savoir Andrés Dorantes, Mostapha Zemmouri, Alonzo del Castillo Maldonado et enfin Alvar Nunez Cabeza de Vaca réussirent à s’échapper de leur enfer après six ans de détention soit jusqu’en septembre 1535.

Les quatre rescapés passèrent plusieurs années avec les Indiens avant de réussir à rejoindre leurs compatriotes dans la région de Sinaloa en Nouvelle-Espagne en traversant le désert de Sonora.

Un rescapé polyglotte devenu grand guérisseur

Grâce à son grand savoir des herbes et des remèdes, Zemmouri parvint avec ses compagnons à soulager les maux de tête d’une tribu indienne ce qui lui valut une réputation de grand guérisseur qui leur permit de rejoindre la ville mexicaine de Culiacan alors contrôlée par les Espagnols.

Maîtrisant 6 langues dont plusieurs amérindiennes, il fut désigné en 1539 par le vice-roi de Mexico, guide et interprète du prêtre franciscain Fray Marcos de Niza qui devait découvrir la mythique Cíbola, l’une des sept cités de l’or, située dans l’Etat du Texas actuel, au cœur des légendes sur l’Eldorado.

Un chercheur d’or décédé de mort violente

Là-aussi, il fut le seul survivant de son contingent touché par une maladie et précéda le célèbre conquistador espagnol Francisco Vásquez de Coronado dans sa recherche des fabuleuses mines d’or du Nouveau Mexique et de l’Arizona à l’origine plus tard de la ruée vers l’or.

Il existe plusieurs versions sur l’origine de sa mort, mais la plupart s’accorde à dire qu’il aurait été empoisonné à l’âge de 36 ans par les indiens Zuni proches de la cité aurifère Cibola, après qu’il avait tué impunément une femme que ses proches n’avaient pas pu venger à cause de sa réputation de grand guérisseur.

Une autre version fait état d’un décès occasionné par les flèches des Cibolans après qu’il avait tenté de s’évader tandis qu’une dernière évoque une exécution sommaire après que ses bourreaux avaient découvert qu’il portait sur lui une gourde garnie de plumes de chouette, oiseau symbole de mort. 

Un Maroc qui n’enseigne pas l’histoire de ce précurseur des relations avec les USA

Si personne ne sait où il est enterré, l’histoire retiendra son parcours exceptionnel de 1er Marocain à s’être rendu en Amérique du Nord grâce notamment aux écrits de son compagnon d’évasion Cabeza de Vaca puis de Hamza Ben Driss Otmani, auteur du roman « Le fils du soleil » inspiré de sa légende.

Au final, la célébration des 200 années d’amitié USA-Maroc aura au moins le mérite de ressusciter la mémoire de ce Marocain aux nombreux alias (Estevan, Estebanico, Esteban, Stéphane le Noir, Stéphane le Maure, Petit Stéphane …) dont nos livres d’histoire devraient peut-être rappeler la mémoire. 

Notons que cet article est également l’occasion de remercier l’ambassade américaine pour nous avoir fourni la documentation nécessaire à sa rédaction …

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