De Rosamor au drame de Tanger: Ces affaires qui endeuillent et alertent le Maroc

L'affaire de Tanger rappelle de nombreuses tragédies similaires ayant horrifié le Maroc ces dernières années. Entre incendies et accidents mortels, bousculades et responsabilités non déterminées... Retour sur ces incidents évitables.

De Rosamor au drame de Tanger: Ces affaires qui endeuillent et alertent le Maroc

Le 9 février 2021 à 18h16

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

L'affaire de Tanger rappelle de nombreuses tragédies similaires ayant horrifié le Maroc ces dernières années. Entre incendies et accidents mortels, bousculades et responsabilités non déterminées... Retour sur ces incidents évitables.

Le drame de Tanger, qui a fait 29 morts suite à l’infiltration d’eaux pluviales ayant piégé plusieurs personnes dans un atelier clandestin de textile sis au sous-sol d’une villa, a non seulement indigné l’opinion publique mais aussi rappelé d’autres tragédies similaires ayant endeuillé le Maroc. Ce drame tire également la sonnette d’alarme quant au danger des unités de production, qu’elles soient informelles ou non, où les conditions de sécurité sont négligées voire inexistantes. 

Pour l’instant, les circonstances de ce drame n’ont pas encore été établies et les responsabilités pas encore déterminées. Une enquête a été ouverte afin d’élucider les tenants et aboutissants de cette affaire.

Le drame de Tanger a fait réagir la Confédération démocratique du travail qui, à travers un communiqué daté du 9 février, indique que cette tragédie « ne constitue pas un cas exceptionnel ou isolé », puisqu’elle a été « précédée par d’autres drames » dont l’affaire Rosamor en 2008, ou encore la tragédie d’Essaouira en 2017 ainsi que « d’autres drames dans lesquels les personnes pauvres ou au chômage sont exploitées par des employeurs qui les font travailler dans des conditions pénibles ». 

Dans le même communiqué, la CDT fait porter la responsabilité de cette tragédie à « l’Etat, au gouvernement, aux employeurs et aux autorités publiques » pour avoir « fermé les yeux sur les violations du droit du travail » et, entre autres, « pour ne pas avoir assuré les conditions de travail décent ni protégé la santé et la sécurité des employés ». 

Santé et sécurité au travail : encore une sonnette d’alarme 

La problématique relative à la santé et la sécurité au travail est, malgré les drames répétitifs qui en rappellent l’importance, toujours en suspens. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a livré son avis sur le sujet quelques jours avant le drame de Tanger. 

En effet, le 4 février dernier, lors d’une visioconférence, le CESE a présenté ses constats alarmants sur la gestion de la santé et la sécurité au travail et fait part de certaines recommandations pour remédier à la situation du Maroc, l’un des derniers de la classe en la matière dans la région puisqu’il enregistre 2.000 décès par an dus à des accidents de travail

Dans son rapport, le CESE fait lui aussi référence à l’affaire de l’usine Rosamor de 2008. Il s’agit d’une affaire qui a secoué le Maroc à l’époque puisque 150 personnes ont été piégées dans cette usine de fabrication de matelas, dans le quartier Lissasfa de Casablanca, alors qu’un incendie meurtrier s’y était déclaré. Celui-ci a donné la mort à 56 personnes et causé des blessures à 12 autres victimes. 

A l’issue d’une bataille judiciaire, le propriétaire de l’usine a été condamné à une peine de 4 ans de prison ferme assortie d’une amende de 1.000 DH. Même somme pour son fils, gérant de l’usine, qui a écopé de 2 ans de prison ferme. 

Les plaignants (ayants droits et ouvriers blessés) ont quant à eux été indemnisés. La cour d’appel de Casablanca a rendu son verdict en 2019, soit 11 ans plus tard, confirmant la décision du TPI qui fixe à chaque survivant une indemnisation de 80.000 DH et décide la levée de 140.000 DH d’indemnisations pour les ayants droit des victimes décédées.

Dans l’affaire Rosamor, il ne s’agit pas d’une usine de production clandestine, comme c’est le cas à Tanger. Mais les deux affaires, dans lesquelles des ouvriers ont trouvé la mort et d’autres ont été blessés, mettent en jeu plusieurs responsabilités et rappellent que de nombreuses défaillances pointées du doigt depuis quelques années sont toujours présentes. 

En effet, comme l’a souligné le CESE dans son avis sur la santé et la sécurité au travail, le projet de loi-cadre, censé réglementer ce domaine, est attendu depuis 10 ans.

L’Institut national des conditions de la vie au travail (INCVT), créé en 2010 à la suite du drame de Rosamor, dans le but de promouvoir la santé et la sécurité au travail, de sensibiliser, former et effectuer des études dans ce sens, est considéré aujourd’hui comme une institution fantôme qui « n’a pas été en mesure d’exercer ses attributions faute de moyens humains, logistiques et financiers », comme l’indique le CESE. 

Usine Macao : un Rosamor bis ? 

En août 2020, un drame similaire a été évité de justesse à Casablanca, précisément dans le quartier résidentiel Beau séjour, où l’unité de confiserie « Macao » a pris feu ne faisant que des dégâts matériels, notamment au niveau des habitations voisines.  

Sur les réseaux sociaux, les habitants du quartier ont réclamé la délocalisation de cette usine qui n’en est pas à son premier incendie. Et ont également remis en question l’existence de mesures de sécurité au sein de cet établissement puisque, selon un témoignage recueilli par Medias24, « aucune alarme n’a été déclenchée » lors de l’incendie de 2020. 

Selon la même source, des réclamations ont été faites pendant plusieurs années mais elles n’ont pas reçu de suites. 

Bousculade, accident… d’autres faits marquants 

Loin des unités de production mais tout aussi marquants, des drames à répétition dont les responsables n’ont pas été clairement identifiés ont secoué le Maroc au fil des ans. 

Il s’agit notamment de la tragédie d’Essaouira en novembre 2017, qui a causé 15 morts et 5 blessés, suite à une bousculade lors de la distribution de dons alimentaires. 

Cette opération a été organisée par l’association « Aghissi » de mémorisation du Coran et des œuvres sociales », au domicile de son président Abdelkebir El Hadidi, à Sidi Boulaalam, dans la région d’Essaouira. 

Ce dernier assure avoir obtenu les autorisations nécessaires, sachant qu’il n’en est pas à la première opération du genre puisque celle de 2017 était la 5e. Cela dit, des sources non officielles dénoncent « des débordements chaque année » et une « distribution désorganisée et contraire à la dignité humaine ». Certains déclarent même qu’une précédente opération de distribution alimentaire, organisée par la même association, a coûté la vie à une femme. 

L’une des premières décisions annoncées par le ministère de l’Intérieur dans le cadre de cette affaire est celle d’encadrer les opérations de collecte et de distribution.

Qu’est ce qui a causé la mort de ces personnes ? S’agit-il de la mauvaise organisation de l’opération ? De l’absence d’encadrement ? Ces questions restent en suspens, tout comme celles relatives à l’accident tragique de Tan Tan qui a eu lieu deux ans plus tôt. 

En avril 2015, plus de 30 personnes dont plusieurs enfants ont trouvé la mort suite à un accident de circulation provoqué par une collision frontale entre un camion et un autocar de la CTM. 

Quelques jours après l’accident, le ministère de la Justice a révélé les conclusions de l’enquête ouverte par le parquet, mettant hors de cause le camion mais sans indiquer, de manière claire, les responsabilités. Est-ce la conduite, la vitesse, le véhicule ou la chaussée qui expliquent la perte de contrôle de l’autocar ? Ces questions s’ajoutent aux précédentes et restent sans réponse.  

Lire aussi: Des infractions administratives et urbanistiques à l’origine du drame de Tanger

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