Elections 2021: La suppression du quota des jeunes divise la sphère politique

Entre les partisans de ce mécanisme et ceux qui en approuvent la suppression, chacun y va de son argumentaire. Voici les avis d'experts et politiciens sondés par Médias24 au sujet de ce dispositif qui risque bientôt de disparaître. 

Elections 2021: La suppression du quota des jeunes divise la sphère politique

Le 18 février 2021 à 15h58

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Entre les partisans de ce mécanisme et ceux qui en approuvent la suppression, chacun y va de son argumentaire. Voici les avis d'experts et politiciens sondés par Médias24 au sujet de ce dispositif qui risque bientôt de disparaître. 

La liste nationale des jeunes est un mécanisme que certains considèrent comme une “rente politique”, tandis que d’autres y voient un acquis ou un moyen de garantir un nouveau souffle politique. 

La suppression de ce mécanisme, proposée par le ministère de l’Intérieur via un projet de loi organique, divise la sphère politique. En attendant que les parlementaires en examinent le contenu dans les semaines à venir, dans le cadre d’une session extraordinaire, Médias24 a sondé experts et politiciens dont les avis diffèrent.

Entre les partisans de ce mécanisme et ceux qui en approuvent la suppression, chacun y va de son argumentaire. Faut-il écarter, maintenir ou modifier la liste nationale des jeunes ? Quelles alternatives en cas de suppression de ce dispositif qui assure la représentativité de la jeunesse marocaine au sein de l’institution parlementaire ? Voici les réponses de Jawad Echchafadi, président de l’Observatoire marocain de la participation politique, Ibtissame Azzaoui, députée du PAM et Adil Benhamza, porte-parole du parti de l’Isqtilal. 

« Ce n’est pas la liste qui est contestée, mais son utilisation » 

Nos trois interlocuteurs rappellent que la liste nationale des jeunes est un “mécanisme qui n’est utilisé nulle part ailleurs dans le monde”, contrairement à la liste féminine qui, elle, répond à une tendance universelle.

Cela dit, la liste nationale des jeunes en tant que “quota utilisé sur une période transitoire” ne pose aucun problème. Elle a pour intérêt de garantir une représentativité de la jeunesse marocaine au sein de l’hémicycle et constitue une occasion pour celle-ci d’émerger et de manifester ses compétences. 

Or, “l’absence de critères pour mettre en avant les jeunes méritants” contribue à “ancrer le stéréotype sur la politique au Maroc”, comme le précise M. Echchafadi qui estime que “ce n’est pas l’objet de ce mécanisme qui pose problème, mais plutôt la manière dont il a été utilisé ». 

Ibtissame Azzaoui et Adil Benhamza partagent le même avis. Selon eux, le fait que certains leaders de partis politiques aient utilisé la liste nationale des jeunes pour y inscrire leurs enfants ou leurs proches, sans respect de la méritocratie, constitue le réel problème qui est aujourd’hui contesté.

Pour Jawad Echchafadi, la suppression de ce mécanisme constitue une « gifle » et une occasion pour les jeunes afin qu’ils puissent militer au sein de leurs partis politiques. “C’est le réel champ de bataille et ils doivent s’y battre pour trouver leur place et intégrer les instances décisionnelles des partis politiques, au lieu de compter sur le ministère de l’Intérieur pour leur donner deux ou trois sièges. A travers ce projet de loi, le message de l’Etat est clair”. 

M. Echchafadi ne nie pas que se frayer une place dans la sphère politique pour un jeune est d’une extrême difficulté, voire une mission impossible comme l’indique Ibtissame Azzaoui. 

Selon la députée, elle-même élue dans la liste nationale lors des élections législatives de 2016, “les jeunes n’obtiendront que difficilement, voire jamais dans certains cas, la confiance de leurs partis politiques pour les présenter comme candidats en tête de liste. Les partis politiques sont contraints d’avoir des résultats et des sièges, c’est pourquoi ils n’encourageront pas les jeunes comme il se doit”.

Ainsi, pour éviter de les voir évincés et garantir leur représentativité, Adil Benhamza se positionne en faveur de la liste nationale des jeunes « en attendant de soigner les réels dysfonctionnements de la vie politique qui ne peuvent être résolus par ce mécanisme transitoire ». Idem pour Ibtissame Azzaoui qui estime qu’en l’absence d’alternative, “il faut maintenir ce mécanisme« .

La députée propose, par ailleurs, quelques options dont celle de « trouver un consensus à inscrire au niveau du projet de loi électorale que nous seront amenés à discuter probablement la semaine prochaine, selon lequel il faudrait dédier exclusivement aux jeunes des circonscriptions électorales« . 

Une éventualité également suggérée par M. Echchafadi qui souligne qu’une telle décision devrait émaner des partis politiques afin de donner l’exemple, surtout que « personne ne peut leur interdire ça ». 

Aussi, la députée propose une seconde mesure. Celle-ci porte sur les subventions octroyées aux partis politiques par l’Etat. Selon Ibtissame Azzaoui, « il faut songer à ce que le pourcentage des subventions dépende du nombre de jeunes présentés au niveau des listes électorales. Une telle mesure va encourager les jeunes à se lancer dans l’arène, car l’un de leurs plus grands défis est l’aspect financier ». 

Une sphère politique divisée

De leur côté, les jeunes et leurs organisations de jeunesse appellent à garder ce dispositif. Pour eux, son retrait ne constitue pas un avantage ni une occasion de s’affirmer comme l’explique M. Echchafadi. Selon lui, « les jeunes font front uni pour manifester contre sa suppression. Ils organisent des tournées auprès des secrétaires généraux des partis politiques et demandent aux groupes parlementaires de présenter des amendements au projet de loi ». 

Pour l’instant, il est impossible de savoir si la suppression de la liste nationale des jeunes sera approuvée par le parlement car jusqu’à présent, les partis politiques n’ont pas tous fait part de leur position, « sauf le PAM », précise M. Echchafadi. Et plus récemment le PI. 

En effet, le secrétaire général du PAM, Abdellatif Ouahbi avait proposé, en septembre 2020, la suppression de la liste nationale des jeunes de manière à octroyer leurs 30 sièges aux femmes qui en auront ainsi 90. S’agit-il d’une simple histoire de calcul et de sièges ? 

« La logique derrière la décision d’écarter la liste nationale des jeunes est basée sur un simple calcul. Si seulement cela était justifié par la réussite ou l’échec de cette expérience transitoire, il aurait alors été possible de comprendre la décision d’y mettre fin », déclare le porte-parole de l’Istiqlal. 

Le secrétaire général du PI, Nizar Baraka, s’est justement positionné en faveur du maintien de ce dispositif. Dans un récent communiqué, le parti « affirme sa position ferme » et « souligne la nécessité d’assurer la représentation (des jeunes, ndlr) au Parlement et de renforcer leur présence dans les conseils élus ».

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