Le paiement mobile parviendra-t-il un jour à remplacer le cash au Maroc ?

Le cash gagne encore du terrain dans l'économie marocaine, ce qui va à contre-courant avec la tendance mondiale. Les différents acteurs dont Bank Al-Maghrib et le ministère du Commerce tentent d'y remédier en faisant la promotion du paiement mobile. 

Le paiement mobile parviendra-t-il un jour à remplacer le cash au Maroc ?

Le 24 février 2021 à 18h01

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Le cash gagne encore du terrain dans l'économie marocaine, ce qui va à contre-courant avec la tendance mondiale. Les différents acteurs dont Bank Al-Maghrib et le ministère du Commerce tentent d'y remédier en faisant la promotion du paiement mobile. 

Alors que la dématérialisation des paiements gagne du terrain partout dans le monde, au Maroc le cash en circulation a atteint un pic en 2020.

L’argent en circulation en dehors du système bancaire est de 300 milliards de DH à fin décembre 2020, soit 50 milliards de plus qu’en 2019 (+20%), alors que d’habitude la circulation fiduciaire augmente chaque année entre 10 et 20 milliards.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Outre les facteurs structurels (informel, monde rural, petits commerces…), le vent de panique qui a suivi l’annonce du confinement, la distribution de plus de 16 milliards de DH d’aides monétaires à 6 millions de ménages de l’informel dont l’écrasante majorité n’est pas bancarisée.

La forte circulation du cash au Maroc est une véritable problématique qui traduit une autre réalité, celle de la faible dématérialisation des paiements.

Dans l’indice 2020 du commerce électronique entre entreprises et consommateurs établi par la Cnuced, le Maroc se place au 95e rang sur 152 pays. 

« L’activité totale du paiement électronique s’élève à plus de 148 MMDH au premier semestre 2020. Ce montant comprend les retraits d’espèces sur les guichets automatiques, les opérations de paiement avec les commerçants et les e-commerçants, le paiement aux GAB, ainsi que les opérations d’avances de fonds par cartes bancaires étrangères », explique Mohammed Sbihi, le président de l’association Tijara 2020 lors d’un webinaire organisé le mardi 23 février par Tijara 2020 et Portnet sur le thème du « Cashless ».

Le commerce traditionnel tient au cash

Selon Mohammed Sbihi, « le volume de ces transactions électroniques ne devrait en aucun cas occulter le volume qui s’opère via le cash générant naturellement des inconvénients multidimensionnels sur la structuration du commerce et sa modernisation et surtout pour la lutte contre l’informel », avance-t-il. 

La réduction du cash en circulation se heurte à ce jour à plusieurs obstacles dont le principal reste le rejet de ces nouveaux modes de paiement par les commerçants. 

« Le petit commerce ou le commerce de proximité exprime de la réticence à adopter ces modes de paiement électronique par peur de traçabilité et de fiscalité », explique Rachid Sarrakh, chef de division du commerce de proximité au ministère de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie numérique. 

Le deuxième frein évoqué par M. Sarrakh concerne « le faible équipement en termes de terminaux de paiement électronique (TPE) ».

Ce qui accentue ces deux facteurs c’est que le secteur du commerce traditionnel accapare 85% du chiffre global du secteur du commerce (1,6 million d’emplois et 9% du PIB). 

Les commerçants ne sont pas les seuls à faire de la résistance au paiement électronique. Certains consommateurs sont tout aussi réticents.

« Les consommateurs se méfient de ces nouveaux modes de paiement notamment les paiement en ligne vis-à-vis desquels il y a un manque de confiance. Il y a tout un travail qui est mené par les différents acteurs public/privé pour éduquer le consommateur marocain et le sensibiliser aux bénéfices de ce mode de paiement », ajoute le chef de division du commerce de proximité au ministère de l’Industrie et du Commerce. 

La crise sanitaire a changé les mœurs 

La résistance des commerçants et d’une certaine frange de la population a été mise à rude épreuve à cause de la pandémie. Le confinement et les mesures de protection ont poussé commerçants et consommateurs à voir en le paiement à distance une alternative.

« Il est vrai que le cash reste dominant, mais nous avons commencé à constater une augmentation des paiements en ligne lors de ces derniers mois grâce à la pandémie. Et ce sont des choses sur lesquelles on peut bâtir ensemble. Cette crise a contribué au changement d’habitude chez les consommateurs et à une prise de conscience chez les acteurs du secteur du commerce », avance Rachid Sarrakh qui assure que le ministère du Commerce travaille actuellement sur un plan de relance du secteur du commerce 2021-2023.

Parmi les axes de ce plan de relance figure un axe relatif à la modernisation inclusive du secteur du commerce à travers la digitalisation. Trois projets sont développés dans le cadre de cet axe :

– La mise en place du « Morrocan retail tech builder ». C’est un incubateur pour accompagner l’innovation et les startups dans le domaine du digital pour proposer des solutions simples pour les commerçants.

– La mise en place d’un pacte pour la digitalisation du commerce de proximité. Le ministère y travaille en partenariat avec Maroc PME et les chambres de commerce. 

– La généralisation du Mobile-paiement en partenariat avec Bank Al-Maghrib, les associations des commerçants et les chambres de commerce. Un projet pilote sur la digitalisation du programme Tayssir a été mené

De son côté, le président de Tijara2020 a lui aussi présenté deux projets menés dans le but d’encourager les commerçants à adopter les paiements électroniques. 

Il s’agit d’une convention entre Tijara2020 et le Centre Monétaire Interbancaire (CMI), qui porte sur l’accompagnement du secteur dans la dématérialisation du paiement, la formation des acteurs et la conduite du changement.

Le second projet consiste en la mise en place en partenariat avec le ministère de Commerce d’un forum de formation dans les régions pour sensibiliser et accompagner les commerces de proximité à aller vers la dématérialisation des transactions commerciales.

La fiscalité pour encourager le M-paiement

Les efforts de ces acteurs sont renforcés par ceux de la Banque centrale qui mène depuis quelques semaines une campagne de sensibilisation sur l’utilisation du Mobile paiement via les M-Wallet. 

Une des solutions qui permet au commerce de se moderniser et qui répond également à la problématique de forte circulation du cash à laquelle est confrontée la Banque centrale.

« Le M-wallet est adossé soit à un compte bancaire soit à compte de paiement. Donc même les personnes qui n’ont pas, ou ne souhaitent pas avoir un compte bancaire, peuvent ouvrir un compte de paiement auprès d’un établissement de paiement », rappelle Fadoua jouali, de Bank Al-Maghrib. 

Pour pousser à l’adoption de cette solution, Bank Al-Maghrib a travaillé sur deux types d’incitations d’ordre fiscal et commercial.

« On a travaillé tout au long de cette année pour pouvoir convaincre la DGI de donner un moratoire de 5 ans qui s’est traduit par une exonération du chiffre d’affaires réalisé via le paiement mobile », explique-t-elle. 

Sur le volet commercial, le M-wallet a la même caractéristique d’instantanéité du cash avec un avantage en plus. « Le commerçant de proximité peut se voir proposer une commission par l’établissement de paiement dans le cadre d’un système qui intègre les commerces de proximité en tant qu’agents détaillants. C’est-à-dire que le commerçant va représenter l’établissement de paiement et donc on peut lui donner une valeur ajoutée par rapport à cela », ajoute Fadoua jouali.

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