Les soldes d’hiver toujours marquées par une demande atone
Les enseignes grand public se heurtent toujours à une baisse du pouvoir d’achat de leurs clients, tandis que les enseignes premium enregistrent des chiffres sensiblement similaires à ceux de l’année dernière sur le front des ventes. La clientèle marocaine autrefois habituée à faire ses achats à l’étranger s’est rabattue sur le Maroc.
Un mois après le début des soldes d’hiver, la lenteur et le peu de dynamisme qui en ont marqué l’ouverture se poursuivent. Concrètement, les professionnels du secteur du prêt-à-porter évaluent entre 20 et 30% la baisse des ventes par rapport à la même période l’an dernier. "C’est une baisse drastique. En retail, une baisse supérieure à 10%, c’est énorme. Sur une année normale, la fourchette des flux est de plus ou moins 10%, jamais plus", s’inquiétait, début février auprès de Médias24, Karim Tazi, ex-président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith), président de la commission Environnement des affaires à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et président-fondateur de l’enseigne de prêt-à-porter Marwa.
Les enseignes premium tirent leur épingle du jeu
Des chiffres peu encourageants que cet acteur du secteur impute à la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, en particulier ceux issus des classes populaires. "Ils ont particulièrement souffert de la crise économique. Cela se ressent dans le mass market, c’est-à-dire les enseignes grand public à petits prix, presque similaires à ceux des souks", explique-t-il ce vendredi auprès de Médias24.
Concernant les enseignes premium, qui réunissent les marques haut de gamme, "les chiffres sont sensiblement équivalents à ceux de l’année dernière". Et pour cause, la clientèle marocaine qui avait l’habitude d’aller faire ses achats à l’étranger, notamment en France et en Espagne, et qui ne le peut plus en raison des restrictions de déplacement, s’est rabattue sur le Maroc. "Il y a effectivement une baisse du pouvoir d’achat, mais il y a aussi moins de séjours à l’étranger, donc ça compense. Ces clients ont moins acheté mais, faute de pouvoir voyager, ils ont été plus nombreux que d’habitude à acheter au Maroc."
En termes d’impact sur les ventes, Karim Tazi constate également des disparités régionales, dont il nous avait déjà fait part début février : "Les touristes étrangers sont les clients de nos clients : c’est grâce au tourisme que nos clients marocains génèrent des revenus et viennent acheter", nous avait-il dit. Ainsi, Marrakech et Agadir sont selon lui beaucoup plus impactées que Casablanca et Rabat. "Tanger, qui a souffert à la fois sur le front du tourisme et de l’industrie, se situe entre Casablanca/Rabat et Marrakech/Agadir", dit-il aujourd’hui.
Les enseignes contraintes de réduire davantage leurs prix
Ceci dit, toutes les enseignes, quel que soit leur positionnement, constatent une forte baisse au niveau des marges. "La réduction des prix a globalement été plus importante pour toutes les enseignes. Pourquoi ? Parce que lorsque les soldes sont retardées de plusieurs semaines comme c’est le cas cette année, la période de liquidation des stocks est plus courte. Les enseignes doivent donc réduire davantage les prix de leurs produits dans le but d’en accélérer l’écoulement et, in fine, de ne pas se retrouver avec des stocks invendus. Quand les ventes ne sont pas très importantes, les enseignes sont contraintes de réduire encore plus leurs prix ; disons qu’elles doivent transformer en cash leurs stocks. La période des soldes n’est pas rentable, mais elle est indispensable pour écouler les stocks : mieux vaut vendre avec quelques pertes que de ne pas vendre du tout", explique encore Karim Tazi.
Le démarrage des soldes a certes été retardé, mais la période de liquidation est-elle réellement limitée dans la mesure où aucune date de fin des soldes n’a été officiellement annoncée ? "Oui : les enseignes peuvent prolonger autant qu’elles veulent les délais, la saisonnalité, elle, a ses limites. Autrement dit, à partir de mars, difficile de vendre des manteaux ou des pullovers ; les consommateurs se projettent dans le printemps et n’achètent plus de vêtements chauds, peu importe si les soldes se poursuivent", explique encore Karim Tazi.
Malgré cette conjoncture sociale morose qui incite peu à l’achat de vêtements d’extérieur (mais plutôt à l’achat de vêtements cocooning et d’intérieur), Karim Tazi estime qu’il est encore trop tôt pour évaluer avec précision l’impact de la crise sanitaire et économique sur les ventes et les marges. "Il faudra faire la synthèse des mois de décembre et janvier, qui ont été très mauvais en raison du report des soldes d’hiver, ainsi que février et mars, pour mesurer concrètement les effets" de cette double crise, conclut-il.
À découvrir
à lire aussi

Article : Déchets : le grand chantier que le Maroc ne peut plus repousser (interview)
Alors que le Maroc a largement rattrapé son retard dans la collecte urbaine, la valorisation des déchets demeure l’un des angles morts de sa transition économique. À la tête de la COVAD, Mounir El Bari défend le passage d’une logique de gestion à une logique de filières, dans un contexte où les exigences européennes, la rareté des ressources et la préparation de 2030 font de l’économie circulaire un enjeu de souveraineté autant que de compétitivité.

Article : Moroccan Iron Steel obtient un plan de continuation sur dix ans
Placée en redressement judiciaire depuis mai 2025, Moroccan Iron Steel voit son plan de continuation homologué par le tribunal de commerce de Casablanca. Le sidérurgiste devra désormais respecter un échéancier judiciaire de règlement de son passif pour éviter la liquidation, avec des créanciers bancaires en embuscade.

Article : Salafin : Sanlam Maroc passe sous le seuil de 5% et réduit sa participation à 0,85%
Sanlam Maroc a déclaré à l’AMMC avoir cédé 130.000 actions Salafin sur le marché central le 19 mai 2026. Cette opération ramène sa participation à 0,85% du capital, contre plus de 5% auparavant.

Article : CHU, médecine de famille… ce que prévoit le nouveau GST de Laâyoune-Sakia El Hamra
Le gouvernement poursuit le déploiement des Groupements sanitaires territoriaux avec le lancement du GST de Laâyoune-Sakia El Hamra, quatrième structure du genre au niveau national. Cette réforme s’appuie notamment sur le futur CHU de Laâyoune, un établissement de 500 lits appelé à renforcer l’offre de soins et la formation médicale dans les provinces du Sud. Détails.

Article : Rabat Capitale mondiale du livre 2026 : Barid Al-Maghrib dévoile un timbre commémoratif
Présentée au Musée Barid Al-Maghrib en présence de Mohamed Mehdi Bensaid et de représentants de l’UNESCO, l’émission spéciale associe monuments de la capitale, livres et globe terrestre pour illustrer son rayonnement culturel.

Article : Le Maroc en tête du nouvel indice d’industrialisation de l’Afrique de la BAD
Selon le rapport 2025 présenté à Brazzaville, le Royaume devance désormais l’Afrique du Sud, porté par la montée en gamme de son appareil productif, la diversification de ses exportations et une politique industrielle jugée vigoureuse.


