Mendicité infantile: une campagne de com’ fait polémique, l’association Jood assume

Une campagne de sensibilisation contre la mendicité infantile a été jugée par des internautes comme "choquante" et "maladroite". L'association Jood qui l'a initiée assume et explique qu'elle n’a d’autre objectif que d’informer les citoyens des conséquences de leurs dons, estimant qu’ils ne font qu’alimenter l’exploitation des enfants en leur donnant de l’argent.

Mendicité infantile: une campagne de com’ fait polémique, l’association Jood assume

Le 18 mars 2021 à 14h32

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Une campagne de sensibilisation contre la mendicité infantile a été jugée par des internautes comme "choquante" et "maladroite". L'association Jood qui l'a initiée assume et explique qu'elle n’a d’autre objectif que d’informer les citoyens des conséquences de leurs dons, estimant qu’ils ne font qu’alimenter l’exploitation des enfants en leur donnant de l’argent.

La campagne de sensibilisation lancée le 10 mars par l’association Jood, qui vient en aide aux sans-abri, suscite des remous sur les réseaux sociaux. Destinée à lutter contre la mendicité des enfants, elle s’articule autour d’un message clé : « Pour son bien, ne lui donnes rien« , accompagné du hashtag #Sa_place_est_en_classe.

Par ce message, l’association veut dissuader les citoyens de donner de l’argent aux enfants qui mendient dans la rue, estimant que ce geste contribue à leur exploitation. La campagne comprend également la diffusion d’un court-métrage de 12 minutes, intitulé « Chouk Lem7anna« , qui met en lumière le recours aux enfants par des réseaux actifs dans le trafic et l’exploitation. 

« Nous sommes convaincus que le seul moyen d’arrêter l’exploitation des enfants pour des fins de mendicité et leur laisser une chance de partir à l’école dépend de la société civile… donc de nous tous. SVP ne donnez plus d’argent aux enfants mendiants ni aux adultes qui exhibent des enfants pour vous émouvoir et vous inciter à donner », indique l’association sur sa page Facebook.


Choquer, oui, mais « pour sensibiliser« 

Ceci dit, tous les internautes ne l’ont pas entendu de la cette oreille. « Bonjour le Maroc« , a ironiquement tweeté l’un d’eux, accompagnant son tweet de l’affiche de la campagne de sensibilisation. « Maladresse !!!« , a ajouté un autre. « Hé @JOOD_ONG, votre affiche de la mendicité est choquante et surtout mal faite« , écrit un troisième. « Le message est maladroit oui mais il ne faut pas dénigrer l’excellent travail de l’association Jood qui vient en aide aux SDF au quotidien. Les volontaires leur assurent des repas et se débrouillent même dans certains cas pour leur fournir un abri et préparer leur réinsertion », tempère une autre internaute.

Une campagne « choquante » et « maladroite » ? Contactée par Médias24, Hind Laïdi, présidente et fondatrice de l’association Jood, assume le caractère « choquant » de la campagne : « Le seul moyen de faire prendre conscience aux gens de cette réalité, c’est de les choquer. Sans cela, cette campagne n’aurait pas eu un tel impact. »

Quant à la « maladresse » dénoncée par ces internautes, elle répond : « Il y a un lien sur cette affiche (campagne.jood.ma, ndlr) ; je trouve dommage que ces internautes ne cliquent pas dessus pour comprendre cette campagne, ses raisons et ses objectifs. Les chiffres que j’annonce dans la vidéo, qui sont ceux du Haut-Commissariat au Plan (HCP), de la DGSN, de l’Unicef et du ministère de la Solidarité, traduisent une réalité extrêmement grave : ces enfants sont exploités dans le cadre d’une mendicité professionnelle. Le pourcentage de personnes qui font de la mendicité un métier est énorme. Déjà en 2007, il y a donc quatorze ans, le HCP avait déclaré qu’un Marocain sur 150 mendiait et que le Maroc comptait 196.000 sans-abri, dont 62% étaient des mendiants professionnels.« 

« Certains enfants sont loués 150 dirhams la journée. Les parents, lorsqu’ils les louent, se garantissent une recette d’au moins 4.500 dirhams par mois, et le fait de mendier eux-mêmes avec leurs enfants leur rapporte a minima 350 dirhams par jour. On peut vite grimper à 12.000 dirhams par mois. Comment encourager ces personnes à travailler ? A plusieurs reprises, j’ai proposé des boulots à des personnes qui mendient, mais elles les refusent. Et c’est logique : est-ce que vous accepteriez le SMIG si vous pouviez vous permettre de gagner beaucoup plus ? Ceux qui jugent cette campagne maladroite n’ont probablement pas pris la peine de cliquer sur le lien pour lire les chiffres communiqués par les différentes institutions et organismes marocains et internationaux« , se défend Hind Laïdi.

Ne pas donner d’argent, oui, mais de quoi vivraient ces enfants et leurs parents sans aucun moyen de subsistance ? Lassociation, qui distribue notamment des paniers repas et des couvertures, pourrait-elle les aider à se réinsérer professionnellement, pour les parents, et scolairement, pour les enfants ? « Il faut bien comprendre que le fait de se retrouver sans-abri est la conséquence de problèmes qui surviennent en amont. L’une des raisons majeures, c’est l’exploitation de la mendicité, parfois dès la naissance des enfants. Quand on leur propose un emploi ou une place à l’école pour leurs enfants, les parents refusent. C’est systématique : ceux qui mendient ne veulent que de l’argent« , assure Hind Laïdi.

C’est lors des rondes que l’association effectue la nuit auprès des sans-abri que cette responsable associative dit s’en être rendu compte : « Il faut sortir la nuit pour voir quels sont ceux qui passent réellement la nuit dehors : ils ne sont pas aussi nombreux que ceux que nous voyons en journée. Ceux que nous voyons le jour, ils sortent, font leurs heures de travail dans la rue et rentrent chez eux. Que peut-on attendre de ces enfants qui ne vont pas à l’école et à qui on a seulement appris à tendre la main ? Il faut que les gens aient conscience que tant qu’ils donneront de l’argent à des adultes qui exhibent ces enfants pour attiser leur pitié, ils ne les aideront pas. Les gens, en tant que citoyens, peuvent réellement contribuer à changer la donne : s’ils cessent de donner, ces enfants ne sortiront plus mendier.« 

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