Location de voitures : La crise permettra d’assainir le secteur (Mounir Chami)

Un an après le début de la pandémie au Maroc, le secteur de la location de voiture sans chauffeur, qui dépend fortement des touristes étrangers, a perdu 70% de son chiffre d’affaires habituel. Pour Mounir Chami qui préside l'Organisation marocaine du transport routier, la faillite de 2.000 entreprises aura le mérite d’éliminer celles qui travaillent dans l’informel sans payer d’impôts et de sauvegarder les mieux structurées.

Location de voitures : La crise permettra d’assainir le secteur (Mounir Chami)

Le 6 avril 2021 à 18h17

Modifié 11 avril 2021 à 2h51

Un an après le début de la pandémie au Maroc, le secteur de la location de voiture sans chauffeur, qui dépend fortement des touristes étrangers, a perdu 70% de son chiffre d’affaires habituel. Pour Mounir Chami qui préside l'Organisation marocaine du transport routier, la faillite de 2.000 entreprises aura le mérite d’éliminer celles qui travaillent dans l’informel sans payer d’impôts et de sauvegarder les mieux structurées.

A l’instar des transporteurs touristiques, depuis mars 2020 les membres de l’organisation marocaine du transport routier (OMTR) qui regroupe tous les secteurs et notamment  la location de véhicules sans chauffeurs connaissent une crise inédite en raison de l’arrêt des arrivées de touristes étrangers qui assuraient l’essentiel de leur chiffre d’affaires.

70% du chiffre d’affaires s’est envolé avec la fermeture des frontières

Médias24 a sollicité son président qui paradoxalement se félicite d’une crise qui permettra d’éliminer nombre de sociétés informelles sur les 10.500 du secteur, au parc de 500.000 véhicules.

« Sachant que notre chiffre d’affaires dépend à 70% des arrivées de touristes étrangers et de MRE, je vous laisse imaginer l’impact de la fermeture des frontières et le volume de nos pertes.

2.000 sociétés sur 10.500 ont déjà déposé le bilan

« Aujourd’hui, une bonne partie de nos entreprises sont en train de vendre leur parc automobile, soit par défaut de clients, soit parce qu’elles sont incapables de payer leurs traites de crédit.

« Certaines vendent 50% de leur parc pour in fine se contenter du minimum légal de cinq véhicules, mais la plupart des petits loueurs ont déjà mis la clé sous la porte.

« En effet, l’impact de la fermeture des frontières a été bien plus important pour les petites entreprises où on parle déjà de 2.000 dépôts de bilan et ce n’est qu’un début.

Les franchisés internationaux résistent mieux à la crise

« Ce n’est pas le cas des grandes sociétés franchisées à l’international comme Avis, Europcar et Hertz qui travaillaient à 90 % avec des tour-opérateurs et des grandes agences de voyage en ligne.

« En effet, même si les plus petites de ces sociétés disposent d’un parc d’au moins 300 véhicules, elles ont été beaucoup moins touchées, sachant qu’elles étaient bien structurées.

2.000 salariés déclarés à la CNSS sur un minimum de 21.000 employés

« Le vrai problème de notre secteur qui est devenu vraiment flagrant avec la crise sanitaire est que les petites sociétés qui sont majoritaires sont la plupart du temps très mal structurées.

« Ainsi, avant le début de la crise, à peine 2.000 employés étaient déclarés à la CNSS pour 10.500 entreprises alors qu’ils devraient être au moins 21.000 soit deux salariés par société.

« En effet, le cahier des charges émis par le ministère du Transport et de l’Equipement oblige les sociétés à déclarer 2 employés par entreprise, à savoir un gérant et un mécanicien.

Un manque de contrôle des autorités publiques de tutelle

« Sachant que la majorité ne respecte pas du tout les obligations légales, il y a lieu de se demander où sont les mécanismes de contrôle dépendant de la CNSS et de notre ministère de tutelle.

« De plus, hormis celles très nombreuses qui ne déclarent pas leur personnel, une partie ne dispose même pas de bureau alors que là encore c’est une clause obligatoire du cahier des charges.

« C’est d’autant plus problématique que ces petites et moyennes entreprises représentent au moins 100.000 véhicules dédiés à la location sans chauffeur sur un total de 500.000.

« Faute de déclaration au fisc, le vrai chiffre d’affaires du secteur est inconnu »

« Le manque de structuration empêche de connaître le chiffre d’affaires annuel de notre secteur, car une bonne partie des entreprises omettent de déclarer leurs vraies recettes aux services fiscaux.

« Là encore, il y a un vrai problème de contrôle de l’État, alors qu’il s’agit de plusieurs milliards de dirhams qui échappent à toute imposition.

« Aujourd’hui, la vraie priorité est donc de se réunir avec les services de l’État pour trouver une solution et pour allouer des aides aux seules sociétés honnêtes qui jouent vraiment le jeu.

Des loueurs exclus de l’allocation CNSS et des reports de crédits

« Pour exemple, certains loueurs demandent toujours le report gratuit de leurs échéances de crédit mais après les 3 mois de confinement, les majorations et pénalités ne cessent de s’accumuler.

« De plus, le personnel des sociétés de location de véhicule sans chauffeur n’a pas droit à la fameuse allocation mensuelle de la CNSS (2.000 DH) alors que les transporteurs touristiques en bénéficient.

Des lignes de crédit distribuées à tort et à travers par les banques avant la crise

« La raison invoquée par le comité de veille économique pour nous exclure est que notre secteur n’aurait pas été impacté à l’image des chauffeurs touristiques », dénonce notre interlocuteur qui n’épargne cependant pas certains de ses confrères qui ont abusé des crédits sans aucune garantie bancaire.

« Avant la crise, de nombreux loueurs ont obtenu des crédits bancaires pour acquérir des véhicules alors qu’ils ne disposaient d’aucune véritable garantie solide et encore moins de la somme des 500.000 dirhams qui devaient obligatoirement être déposés comme caution sur un compte bancaire.

Une crise salvatrice pour assainir un secteur miné par l’informel

« Si les frontières ne rouvrent pas d’ici la fin de l’année courante, il y aura beaucoup de faillites mais pour être honnête, cette crise peut-être salvatrice car elle a montré que notre secteur n’était pas structuré avec des mécanismes de contrôle et était plus porté sur l’informel.

« Quitte à ne pas faire plaisir à certains confrères, ceux qui ont des problèmes structurels (non-déclaration de leurs employés à la CNSS et de leurs recettes aux impôts) doivent quitter la profession, car ils font du mal à notre secteur avec un effet boule de neige qui nous retombe dessus.

« Pour conclure, cette crise est une vraie chance pour faire le ménage car l’OMTR n’a pas pour vocation de défendre ceux qui ne respectent pas la loi et ne contribuent pas à l’économie nationale même s’il s’agit de la grande majorité des 10.500 entreprises le secteur », conclut Chami qui parle d’une nécessaire révolution pour assainir un secteur qui finira par rebondir après la crise actuelle. 

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