Errachidia : Le creusement de puits entre Goulmima et Tadighoust fait polémique

Le creusement de puits et la construction de bassins de stockage d’eau entre les oasis de Tadighoust et de Goulmima, situées à une soixantaine de kilomètres d’Errachidia, font polémique. La population de la région dénonce l’exploitation de terres collectives sans le consentement des ayants droit, et un risque d’assèchement des sources en aval.

Errachidia : Le creusement de puits entre Goulmima et Tadighoust fait polémique

Le 13 avril 2021 à 17h17

Modifié 14 avril 2021 à 9h53

Le creusement de puits et la construction de bassins de stockage d’eau entre les oasis de Tadighoust et de Goulmima, situées à une soixantaine de kilomètres d’Errachidia, font polémique. La population de la région dénonce l’exploitation de terres collectives sans le consentement des ayants droit, et un risque d’assèchement des sources en aval.

Les habitants des ksour de Tadighoust et Goulmima ont été surpris, samedi 10 avril, par des travaux de creusement de puits et de construction de bassins de stockage d’eau, entrepris par un investisseur agricole dans la plaine d’Amagha qui se trouve entre les deux oasis. Ces travaux ont suscité leur colère, au vu des risques qu’ils représentent sur la région.

Pour comprendre les raisons de cette colère, Médias 24 a contacté Moha Oustouh, ingénieur agronome natif de la région, ainsi que l’Agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Ghris, qui nous ont expliqué ce qui suit.

« Amagha, une zone rouge depuis le protectorat »

Les trois oueds de Guir, Ziz et Ghriss, qui alimentent notamment la région de Draâ-Tafilalet, « prennent leurs sources à partir du bassin versant sud du Haut-Atlas oriental », nous explique notre interlocuteur. Celui concerné par ladite polémique « est l’oued Ghriss qui se trouve à une soixantaine de kilomètres, à l’ouest de la ville d’Errachidia, et qui arrose les oasis de Goulmima et de Tadighoust », séparées d’une vingtaine de km.

« De nombreuses familles vivent dans environ 30 ksour le long de la vallée de cet oued. Il s’agit d’un milieu très désertique où aucune agriculture n’est possible sans eau. Ces populations vivent à partir de petites parcelles d’oasis où elles cultivent des palmiers dattiers, des arbres fruitiers, du blé, de l’orge et de la luzerne. Chaque famille dispose également d’une vache et de quelque brebis ».

« L’oasis de Tadighoust s’étend sur environ 2.000 ha, tandis que celle de Goulmima s’étend sur 4.000 à 4.5000 ha. Les ksour qui s’y trouvent abritent entre 30.000 et 40.000 personnes qui réclament, depuis de nombreuses années, la construction d’un barrage sur l’Oued Ghriss, d’une part pour irriguer leurs oasis mais aussi pour ajouter d’autres périmètres, vu que la région dispose de grands espaces agricoles qui n’attendent que de l’eau, pour pouvoir produire de la richesse. Le barrage, qui est programmé pour 2024, devrait mobiliser environ 120 millions de m3« .

Samedi dernier,  » alors que ces populations attendent de pied ferme la mise en place dudit barrage, elles ont été surprises par le creusement de puits et la construction de bassins de stockage d’eau entre Tadighoust et Goulmima », par un investisseur agricole dont notre interlocuteur ignore l’identité.

« Cette personne affirme avoir une autorisation d’exploitation de 900 ha, dans une plaine désertique appelée Amagha qui se trouve entre les deux oasis, alors qu’elle est classée zone rouge depuis le protectorat, époque à laquelle les premières études hydrogéologiques avaient été effectuées et où aucun forage n’était toléré. Il est, donc, interdit d’y creuser des puits ».

« Exploitation de terres collectives sans le consentement des ayants droit »

D’après notre source, ces travaux posent deux principaux problèmes, un premier d’ordre juridique et un autre environnemental.

« Cet investisseur effectue des travaux sur des terres collectives appartenant aux tribus des deux oasis », qui sont au nombre de 18.

« Ces terres ne doivent être données qu’aux ayants droit, alors qu’il n’en fait pas partie selon mes informations. Lesdites tribus qui attendaient la distribution de ces terres par l’Etat, ont donc été surprises par leur exploitation par un grand investisseur », sans le consentement de tous les ayants droit.

« Chacune des tribus dispose d’un représentant. Et pour exploiter l’une de ces terres collectives, ces représentants doivent d’abord donner leur aval dans un PV. Selon mes informations, certains ont accepté de signer le document, tandis que d’autres ont refusé ».

« Assèchement des sources »

L’autre menace que fait peser ce projet sur la région est « un risque d’assèchement des sources en aval, à partir desquelles sont arrosées les palmeraies ».

D’après M. Oustouh, « trois sources importantes se trouvent en aval du terrain où sont effectués les travaux de creusement. Il s’agit des sources de Tifounassine, Tamda N’Messouad et de Boukhazem ».

« Ce sont des sources vivantes qui gardent un débit constant qui avoisine les mille litres par seconde, même en temps de sécheresse. Le sondage et le pompage de l’eau des puits vont assécher ces sources, ce qui inquiète les populations et la société civile ».

Par ailleurs, « pour effectuer de tels travaux, des études préalables approfondies doivent être menées pour s’assurer que le projet en question ne va pas porter atteinte aux usagers, aux ayants droit et aux populations des oasis ».

M. Oustouh inpute la responsabilité à l’Agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Ghris (ABHGZG), « chargée de la gestion des eaux souterraines de la région mais aussi de donner des autorisations écrites pour le démarrage de tels travaux ».

« Toute autorisation délivrée est précédée par des études »

Contactée par nos soins, l’ABHGZG nous a confié que les autorisations de creusement de puits et de construction de bassins de stockage d’eau ne sont délivrées qu’après de nombreuses étapes.

« Nous avons d’abord une étude technique, avec une carte de la région qui montre où se trouvent les zones rouges, et les zones où les creusements sont possibles ». Il s’agit de la première étape de vérification.

Le porteur de projet doit ensuite « mettre à notre disposition de nombreux documents, notamment les plans, que l’Agence étudie ».

« Ensuite, un membre de la police de l’eau s’assure, sur le terrain, que le périmètre en question ne se trouve pas dans les zones rouges ».

« Une fois toutes ces étapes complétées, le dossier du porteur de projet est ensuite transféré à la Bachaouia qui effectue, ce qu’on appelle une enquête publique dont l’objectif est de revérifier, encore une fois, que le périmètre du projet ne se trouve pas dans une zone rouge. C’est une commission de la Bachaouia qui donne l’accord final pour le démarrage des travaux« .

La délivrance d’une autorisation de creusement de puits ou de construction de bassins se fait donc après plusieurs études et vérifications, le but étant de s’assurer que le projet ne portera pas atteinte à la population de la région.

Médias 24 va continuer à suivre ce sujet. D’autres détails nous seront révélés ce vendredi 16 avril.

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