Dans le milieu universitaire marocain, une fin d’année plutôt mitigée

Entre les doyens et présidents d’université d'un côté et les enseignants de l'autre, le constat n’est pas tout à fait le même, en cette fin d’année universitaire. Les premiers, malgré quelques lacunes, tirent un satisfecit général, tandis que les seconds sont beaucoup plus sceptiques, notamment sur le suivi des étudiants.

Dans le milieu universitaire marocain, une fin d’année plutôt mitigée

Le 30 avril 2021 à 16h12

Modifié 30 avril 2021 à 16h31

Entre les doyens et présidents d’université d'un côté et les enseignants de l'autre, le constat n’est pas tout à fait le même, en cette fin d’année universitaire. Les premiers, malgré quelques lacunes, tirent un satisfecit général, tandis que les seconds sont beaucoup plus sceptiques, notamment sur le suivi des étudiants.

Joint par Médias24, Ahmed Belkadi, doyen de la faculté des sciences humaines à l’université Ibn Zohr, précise que la session des cours d’autonome a été organisée en distanciel, à l’exception de quelques petites filières. « Nous avons mobilisé les moyens techniques et informatiques pour faire bénéficier la quasi-totalité des étudiants des cours à distance », nous dit-il.

Selon lui, les efforts mobilisés par l’université ont permis un faible taux d’absentéisme lors des examens de la session d’automne : « Nous avons constaté une forte présence des étudiants pendant la période des examens. L’avantage de l’enseignement à distance, c’est que les étudiants n’ont pas besoin de se déplacer jusqu’à Agadir. Beaucoup viennent de loin, notamment des autres villes de la région Souss-Massa, mais aussi de Draa Tafilalet, Dakhla, Laayoune, Guelmim, et n’ont pas les moyens de louer une chambre sur place. Le distanciel a donc permis aux étudiants de mieux suivre les cours et de participer massivement aux examens. »

La prochaine session d’examens, en présentiel, aura lieu en juin prochain. En attendant, une partie des filières ont terminé les cours en présentiel la semaine dernière et vont terminer l’année en distanciel, tandis que les étudiants d’autres filières qui étaient jusqu’à présent en distanciel vont faire leur retour en présentiel pour les dernières semaines qui les séparent des examens. « Chaque filière a donc bénéficié de la moitié de la session en présentiel et de l’autre moitié en distanciel. Nous avons opté pour cette organisation, afin qu’il n’y ait pas trop d’étudiants à l’université et que les cours puissent se dérouler dans de bonnes conditions sanitaires », précise Ahmed Belkadi.

La pédagogie a été revue dans le cadre de l’enseignement à distance

De son côté, Azzedine El Midaoui, président de l’université Ibn Tofail de Kénitra, se dit plutôt satisfait de l’année universitaire 2020-2021, « même si tout n’a pas été parfait, bien entendu ». Concernant les établissements accessibles seulement sur concours (les accès régulés), notamment les écoles d’ingénieurs et de commerce, Azzedine El Midaoui précise que l’enseignement s’est déroulé en présentiel à hauteur de 75%, « conformément aux conditions de distanciation régies par le ministère de la Santé ».

En revanche, pour les établissements à accès ouverts, à savoir les universités, difficile d’assurer les cours en présentiel. « L’enseignement dans ces établissements a été majoritairement à distance avec des contraintes, financières notamment. Une grande partie des étudiants n’ont pas les moyens d’avoir une bonne connexion ou des outils technologiques qui leur permettent de suivre les cours à distance de façon optimale. Au Maroc, l’enseignement à distance n’est pas quelque chose qui a été suffisamment rôdé sur plusieurs années. Malgré tout, les choses ne se sont pas passées dans de mauvaises conditions : les enseignants ont opté pour d’autres ressources électroniques, des groupes Facebook et WhatsApp qui favorisent l’entraide entre étudiants. Toutes les nouvelles technologies de communication ont été exploitées pour pouvoir apporter aux étudiants un maximum d’informations. Les résultats sont, disons, satisfaisants. »

Même satisfecit pour les examens : « Nous avons été agréablement surpris de constater une présence importante des étudiants lors des examens. En première année, le taux d’absentéisme est habituellement très élevé ; il l’a beaucoup moins été cette année. »

Azzedine El Midaoui précise par ailleurs que la pédagogie a été revue dans le cadre de l’enseignement à distance. « Le présentiel impose une forte cadence. A distance, le rythme est plus souple. Cette année, la pédagogie a été retravaillée de façon à donner aux étudiants une quantité de cours raisonnable plutôt que de les gaver sur le plan quantitatif. Cela les a sans doute encouragés à ne pas abandonner les cours. Le programme a également pu être étudié dans sa globalité, que ce soit dans les établissements en accès régulé ou ouvert. Concernant les accès régulés, nous avons exploité de nouveaux locaux pour pouvoir accueillir tout le monde et étudier l’ensemble du programme », estime-t-il.

En revanche, il préfère ne pas s’avancer sur le niveau des élèves : « Sincèrement, nous n’avons pas pu évaluer le niveau des élèves. Je suppose qu’il y a une baisse, mais tout cela est rattrapable si on démarre la rentrée prochaine dans des conditions normales. »

Un autre son de cloche du côté des professeurs

Joint par Médias24, Khalid Mouna, professeur d’anthropologie à la faculté des lettres et des sciences humaines de l’université Moulay Ismail de Meknès, expose quant à lui un tout autre son de cloche. « Le taux de présence des étudiants en distanciel est quasiment le même que celui en présentiel, à hauteur de 30%. La plupart de mes étudiants n’ont pas les moyens financiers de suivre un cours en ligne, en l’occurrence sur Zoom. Beaucoup ne peuvent pas suivre tous les cours car le téléchargement consomme trop de débit. Ils sont donc contraints de sélectionner les cours qu’ils vont télécharger. Voilà ce que je fais : j’enregistre mon cours d’une heure et je le transmets à une étudiante qui le découpe en 15 minutes pour que les étudiants puissent le télécharger. »

Concernant l’absentéisme aux examens, Khalid Mouna l’estime entre 30 et 40%. « Cette année, sur mes 160 étudiants qui devaient passer l’examen, une soixantaine seulement sont venus. Mes collègues constatent la même chose : les salles d’examen étaient quasiment vides. Beaucoup d’étudiants ne peuvent pas se déplacer car ils ne trouvent pas où se loger une fois sur place. »

Un point positif toutefois : le programme sera achevé à temps. « La tenue des examens a été reportée à juillet (contre juin habituellement), justement afin que le programme puisse être vu dans sa totalité, car nous avons pris beaucoup de retard. »

Enfin, Abderrahim Bourkia, professeur de sociologie à l’université Mundiapolis à Casablanca, ne se dit pas en retard sur l’avancement du programme et assure qu’il sera terminé à temps. En revanche, même si tous ses étudiants assistent au cours en présentiel, ceux de première année peinent énormément à être assidus. « Ils n’ont pas encore acquis cette culture universitaire, et le contexte sanitaire ne les a pas aidés. »

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