Saadia Slaoui Bennani, PDG de Valyans : Notre ambition est de devenir le champion africain du conseil

INTERVIEW. Le cabinet de conseil vient d’annoncer cette semaine deux opérations sur le capital : l’entrée du groupe de Othman Benjelloun dans son tour de table et la réalisation d’un MBO qui a permis à des cadres dirigeants de Valyans d’entrer dans le capital. La PDG du cabinet nous explique les objectifs stratégiques de ces deux opérations.

Saâdia Bennani, PDG de Valyans

Saadia Slaoui Bennani, PDG de Valyans : Notre ambition est de devenir le champion africain du conseil

Le 14 juin 2021 à 12h51

Modifié 14 juin 2021 à 13h29

INTERVIEW. Le cabinet de conseil vient d’annoncer cette semaine deux opérations sur le capital : l’entrée du groupe de Othman Benjelloun dans son tour de table et la réalisation d’un MBO qui a permis à des cadres dirigeants de Valyans d’entrer dans le capital. La PDG du cabinet nous explique les objectifs stratégiques de ces deux opérations.

Considéré comme l’un des plus grands cabinets de conseil au Maroc, Valyans veut désormais passer à la vitesse supérieure et ambitionne de devenir le numéro 1 du secteur en Afrique. Une grande ambition qui avait besoin de moyens financiers conséquents, comme nous l’explique dans cette interview Saadia Slaoui Bennani, PDG du cabinet.

C’est dans cette optique que le cabinet a ouvert son capital à un institutionnel de poids : O Capital Group, holding de tête de l’empire de Othman Benjelloun. Une opération qui s’est faite, selon Mme Bennani, par augmentation de capital, et qui donne à Valyans les moyens de réaliser ses ambitions.

on ne pouvait pas rêver meilleur partenaire qu’O capital Group.

Préalablement à cela, Valyans a procédé à une belle opération de Management Buy Out (MBO), permettant ainsi à quatre de ses cadres dirigeants de devenir actionnaires du cabinet.²

Pour éviter aux nouveaux associés de s’endetter pour racheter les titres qui leur ont été cédés par les actionnaires historiques, un montage plutôt inhabituel a été concocté à cette occasion. Objectif : remercier, fidéliser et mobiliser les managers du cabinet, pour aller ensuite, en équipe soudée, à la conquête du continent. Un dessein que Saadia Slaoui Bennani est bien décidée à atteindre. Parole à l’intéressée.

Médias24: Le groupe O Capital de Othman Benjelloun vient d’entrer dans le capital de Valyans. Racontez-nous la genèse de cette opération…

Saâdia Slaoui Bennani: Tout a commencé par une ambition très forte que porte Valyans. Notre ambition, c’est de devenir le champion africain du conseil. Nous avons des objectifs en termes de géographie, de secteurs d’intervention, de métiers. Nous aspirons à devenir très grands.

-Il y avait donc un besoin en ressources financières pour réaliser cette ambition…

-Exactement. Or, pour passer à la vitesse supérieure, il nous fallait des moyens à la hauteur de nos ambitions. Naturellement s’est posée la question d’une ouverture du capital avec l’entrée d’un nouveau partenaire. Et on ne pouvait pas rêver meilleur partenaire qu’O capital Group.

-Ainsi, l’initiative de chercher des partenaires est venue de vous. Avez-vous reçu d’autres offres en dehors de celle d’O Capital ?

-Nous avons en effet reçu des offres de groupes internationaux pour entrer dans notre capital. Mais nous tenons à notre appartenance 100% marocaine. La marocanité n’est pas qu’un discours chez nous. C’est une identité dont nous sommes très fiers.

C’est pourquoi nous nous sommes dit que si quelqu’un entre dans notre capital, cela doit être une institution marocaine. Et parmi les institutions marocaines, O Capital est une formidable success story qui peut beaucoup nous apporter

Othman Benjelloun est un visionnaire. Lorsqu’il croit en vous, ça vous donne des ailes

-Qu’est-ce que cela fait d’avoir Othman Benjelloun dans le tour de table ?

-Othman Benjelloun est un visionnaire. Quand une personnalité comme lui croit en vous, et croit en votre capacité à devenir le champion africain du conseil, littéralement, ça vous donne des ailes.

C’est ainsi que cela s’est passé : une forte volonté de grandir, de faire les choses en grand, couplée au désir d’être financé par une institution marocaine.

Sans compter le fait que O Capital a aussi une vocation africaine. Une vision du développement pour et par l’Afrique que nous partageons totalement. C’était donc un partenaire idéal.

-Concrètement, comment cela s’est-il fait ? Par une augmentation de capital ?

-En effet, car l’objectif était qu’O Capital nous accompagne dans le déploiement de notre stratégie de développement. C’est pourquoi leur entrée s’est faite naturellement par une augmentation de capital.

-O Capital dispose de plusieurs filiales au Maroc mais aussi dans le continent. Est-ce que ce partenariat capitalistique va être aussi un partenariat opérationnel ? Serez-vous désormais le conseiller attitré du groupe et de toutes ses filiales ?

-On ne sera pas le conseiller attitré du groupe de Othman Benjelloun. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, comme je vous le disais, c’est une opération de capital développement. O Capital est là pour nous accompagner à atteindre nos objectifs stratégiques.

Ensuite, les filiales de O capital sont autonomes et choisissent leurs partenaires selon leurs propres critères. On ne va pas leur imposer Valyans. Sachant par ailleurs que nous avons le plaisir d’accompagner plusieurs d’entre elles depuis plusieurs années.

Maintenant, c’est une évidence, à chaque fois que cela sera possible, on fera jouer des synergies avec le groupe, et notamment celles qui sont relatives à notre expansion africaine. Le groupe Benjelloun est présent dans une vingtaine de pays en Afrique, à travers BOA. C’est une formidable opportunité pour nous dans notre expansion africaine. Les synergies, on les voit beaucoup sur ce registre.

-Avec cette recapitalisation, comment envisagez- vous ce développement ? Cela va être une croissance externe où bien vous allez vous installer dans différents pays du continent, ou une croissance interne en agrandissant les équipes et les moyens du cabinet à Casablanca ?

-La croissance interne est clairement identifiée. Nous sommes déjà en train de la mener. Nous sommes actuellement en recrutement massif. La croissance externe est tout à fait possible également. Nous sommes ouverts à toutes les opportunités.

-Comptez-vous racheter par exemple des cabinets déjà existants en Afrique ?

-Nous sommes ouverts à cette opportunité. Si nous arrivons à développer fortement nos marchés et qu’un cabinet existe sur place, performant, reconnu, qui a une expertise à apporter, pourquoi ne pas procéder à une croissance externe ?

-A quoi sert votre bureau parisien ? Est-ce qu’il s’inscrit dans cette stratégie africaine ou vise-t-il d’autres cibles ?

-Ce bureau ouvert récemment à Paris a un double objectif. Le premier, c’est que nous sommes convaincus que les cabinets marocains ont beaucoup de belles choses à faire et à raconter en Europe. Il ne faut avoir aucun complexe : on peut être parfaitement compétitif. Nous avons déjà mené des projets pour des clients européens, et cela s’est extrêmement bien passé.

Deuxième raison : ce bureau parisien est un formidable tremplin pour développer notre business en Afrique. De nombreuses entreprises européennes veulent s’installer sur le continent et ne savent pas par où commencer. Ouvrir un bureau à Paris nous permet de nous positionner pour l’accompagnement de ces structures. Cela nous permet également d’être davantage dans les radars des bailleurs de fonds européens pour la réalisation de projets en Afrique.

-Préalablement à l’entrée d’O Capital, vous avez réalisé un management buy out (MBO) qui a permis à vos cadres dirigeants d’entrer dans le capital du cabinet. Cela s’est-il fait aussi par augmentation de capital ?

-Les partners sont entrés par une opération de cession réalisée par les associés historiques du cabinet.

-L’opération a-t-elle été financée par de la dette comme dans la majorité des MBO ?

-C’est effectivement un montage assez récurrent. Mais il y en a d’autres également. Les partners de Valyans sont là pour la plupart depuis plus de 10 ans. C’est dire combien la relation que nous avons construite ensemble est solide. Dans ce cadre, nous avons imaginé un montage particulier, leur permettant de financer ces rachats d’actions sans recourir à l’endettement.

-Parlez-nous de ce montage…

-C’est un montage spécifique à chacun d’entre eux, en fonction de leurs contraintes et qui leur a permis de ne pas avoir recours à l’endettement. Cela s’est fait dans des conditions équitables pour tous, mais a pris des formes différentes en fonction des uns et des autres.

-Qui sont aujourd’hui les associés de Valyans ?

-Ce sont les quatre partners de Valyans, moi-même, en tant qu’actionnaire de référence et PDG, et O Capital Groupe.

Ces partners de Valyans sont l’âme du cabinet. C’est une fierté de les avoir autour de la table. Ils sont quatre :

De gauche à droite : Kenza Dadi, Salim Sekkat, Saadia Slaoui Bennani, Naoual Aissaoui, Nawal Khayatei.

Nawal Khayatei, senior partner du cabinet, qui est là depuis le premier jour. Elle est tout particulièrement en charge des projets de transformation.

Nawal Aissaoui : elle est là aussi depuis plus de 10 ans et est en charge de notre bureau de Rabat. Elle pilote une grande partie des opérations menées avec le public.

Salim Sekkat : c’est monsieur finances, en charge des activités corporate-finance du cabinet.

Kenza Dadi: elle nous a rejoint après une longue expérience dans une grande multinationale, et est en charge entre autres des missions à connotation Marketing. Avec son regard neuf, elle contribue également à la transformation du cabinet.

C’est un management très féminin, comme vous le remarquez.

-Mohcine Jazouli a cédé ses parts quand il a été appelé au gouvernement. Est-ce que son retour est envisagé lorsque ses missions gouvernementales seront terminées ?

-C’est une question qu’il faut lui poser directement. M. Jazouli, depuis sa nomination par Sa Majesté en tant que ministre délégué aux Affaires étrangères, a démissionné de tous ses mandats et n’est plus actionnaire de la structure. La question de son retour, on pourra se la reposer quand sa mission au service de notre pays s’achèvera.

-Vous êtes un cabinet de conseil qui accompagne les entreprises dans leurs stratégies de développement ou de transformation. Avec ces deux opérations, surtout le MBO, vous leur donnez un exemple de comment faire pour grandir et fidéliser ses équipes. Conseillez-vous ce genre d’opérations aux entreprises marocaines, qui sont pour la plupart des structures familiales ?

-Le type d’opération que nous avons fait est effectivement intéressant. Nos entreprises sont pour la plupart des entreprises familiales. Faire des MBO, cela permet de faire entrer de nouvelles compétences dans les entreprises, de fidéliser les talents, de professionnaliser et pourquoi pas, de fabriquer des entreprises leaders, voire des champions. C’est un véritable levier de développement qu’il faut déployer.

Maintenant, il me semble qu’il y a un préalable à cela, particulièrement dans notre pays. Peut-être que c’est une perception, mais j’ai le sentiment qu’on ne valorise pas la marque marocaine. En Turquie, on va tout faire pour consommer turc, pour soutenir les entreprises turques, pour les faire monter en compétence… Ce n’est pas vraiment le cas chez nous. Au contraire, au Maroc, être étranger c’est un gage de qualité.

Si on veut des champions nationaux, il faut d’abord qu’on leur donne des opportunités sur leur territoire.

-Mais ce qui pose problème dans les MBO, c’est souvent le frein du financement, les managers des entreprises n’ayant généralement pas les moyens de racheter des actions, sauf en recourant à de la dette. Ce qui n’est pas une sinécure…

-Quand on fait un MBO, l’ambition pour les actionnaires de référence n’est pas de gagner de l’argent. Le but n’est pas de faire de la plus-value, mais de remercier d’abord une équipe, d’avoir de la gratitude vis-à-vis de son équipe qui a contribué à créer de la valeur. L’objectif premier est de la motiver et la mobiliser. C’est pourquoi la manière de valoriser les actions à céder est importante.

Si vous les valorisez comme dans une transaction financière classique, c’est clair que cela pourra difficilement se faire. C’est pour cela qu’il faut identifier des montages, des solutions adaptées à chacun, qui permettent à tout le monde de se retrouver, y compris un crédit acheteur.

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