A Dakhla, militants écologistes et opérateurs touristiques s’inquiètent de la pollution de la lagune

La lagune de Dakhla fait l’objet d’un déversement de déchets par certains établissements hôteliers, sans compter les promoteurs immobiliers qui éventrent les falaises pour y construire des structures touristiques totalement inadaptées à l’écosystème.

Les falaises surplombant la baie de Dakhla ressemblent désormais à des carrières de sable.

A Dakhla, militants écologistes et opérateurs touristiques s’inquiètent de la pollution de la lagune

Le 19 juin 2021 à 9h27

Modifié 19 juin 2021 à 18h35

La lagune de Dakhla fait l’objet d’un déversement de déchets par certains établissements hôteliers, sans compter les promoteurs immobiliers qui éventrent les falaises pour y construire des structures touristiques totalement inadaptées à l’écosystème.

Dakhla est-elle en train de perdre de sa superbe ? C’est ce qui inquiète plusieurs opérateurs touristiques et militants écologistes contactés par Médias24. « L’avenir de cette baie est catastrophique », fustige Mohamed Chérif, membre du Conseil régional du tourisme de Dakhla, président de l’association Nass, active notamment dans la protection de l’environnement, et éleveur d’huîtres.

« Ce qui se passe à Dakhla est fou », abonde un opérateur touristique sous couvert d’anonymat.

Tous deux déplorent effectivement le fait que la lagune de Dakhla soit en train de devenir « une poubelle » dans laquelle, aussi bien les établissements hôteliers que les pêcheurs, déversent leurs déchets. « Parmi les complexes touristiques installés le long de la lagune, quatre ou cinq sont dotés de stations de traitement des déchets et d’un système de recyclage des eaux. Quant aux autres… Ils continuent de déverser leurs déchets dans la lagune. Des prélèvements sont effectués tous les jours au sein de la lagune. Pour l’instant, ils ne semblent pas démontrer une pollution à proprement parler, d’autant que le confinement et le ralentissement de l’activité économique ont heureusement permis une régénération de la faune et de la flore », témoigne une seconde opératrice touristique, également sous couvert d’anonymat.

Des oiseaux migrateurs qui fuient la baie

Une régénération, oui, mais jusqu’à quand ? « La lagune est une zone de reproduction ; une sorte de nursery pour les poissons. Or la présence des pêcheurs perturbe complètement cet écosystème. Il y a un laisser-aller total de la part des autorités locales, qui laissent les pêcheurs installer leurs filets de poissons partout », s’inquiète le premier opérateur touristique joint par Médias24.

L’installation des filets piège également les tortues, dont certaines sont régulièrement retrouvées mortes sur la plage. « Beaucoup d’oiseaux migrateurs ne transitent même plus par cette région, car ils fuient les mouvements générés par l’activité humaine », déplore Mohamed Chérif. Il constate également la présence, au sein du littoral, de « boîtes de sardines consommées par les pêcheurs, qui les jettent par-dessus leurs barques, une fois le contenu consommé ». « Certains pêchent même le poulpe avec des chambres à air, de façon totalement illégale », indique-t-il encore.

Mohamed Chérif estime par ailleurs que « la commune ne joue pas son rôle dans le ramassage des déchets. Ils sont déversés dans le littoral plutôt que d’être transportés dans la décharge située à 40 km de Dakhla ». Nous n’avons pas pu joindre les autorités locales, contactées à plusieurs reprises.

Des falaises éventrées à coups de pelleteuses

Il n’y pas que le milieu aquatique qui souffre. Les falaises qui surplombent la lagune en prennent également un coup.

« Des promoteurs sont en train de défoncer les falaises à coups de grosses pelleteuses Caterpillar. Au lieu que ce soient les projets qui s’adaptent à l’écosystème, c’est le contraire : c’est l’environnement qui est contraint de s’adapter à ces projets immobiliers. Les promoteurs contraignent en effet la nature à s’intégrer à leurs constructions en béton armé, qui n’ont rien à voir avec des structures légères et démontables, posées sur des éléments naturels sans toucher à la matière. Il n’y a même pas d’espace entre les constructions ; elles sont montées les unes sur les autres. En creusant dans la montagne, les pelleteuses créent des plateaux pour pouvoir poser leurs structures. On dirait littéralement des carrières de sable. Ils sont en train de reproduire ce qui s’est passé sur la Costa del Sol en Espagne : construire sur une plage avec du béton. Visiblement, les erreurs des uns ne servent pas aux autres », ajoute cet opérateur.

« Le pire, c’est que ça ne marchera même pas ! L’avenir du tourisme, c’est l’écotourisme. La clientèle est très sensible au volet écologique. Le béton n’a plus d’avenir dans le tourisme », dit-il encore.

Ces constructions posent également un autre problème : elles désorientent le vent. « Les falaises jouent un rôle dans la préservation de l’équilibre écologique de la baie, notamment en équilibrant le vent qui y pénètre. Or lorsque le vent est déséquilibré, la baie peut risquer d’être ensablée », indique encore Mohamed Chérif.

La surpopulation galopante de la ville de Dakhla, dont la baie est classée zone Ramsar, est en partie, et indirectement, à l’origine de la dégradation des falaises. Les promoteurs viennent en effet y chercher du sable et des gravettes, petites pierres utilisées dans le béton armé, « pour satisfaire les besoins de la ville en habitats, dont beaucoup sont occupés par les pêcheurs saisonniers », indique Mourad Lamine, secrétaire général de l’association Nature initiative, qui constate lui aussi que « beaucoup des projets touristiques ne respectent pas le règlement concernant la protection de l’environnement et le rejet des eaux usées dans la baie ».

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