Dounia Boumehdi: Le capital-risque, maillon faible de la chaîne de financement des startups

ENTRETIEN. S’il existe aujourd’hui une poignée de fonds d’amorçage, Dounia Boumehdi, DG de MITC Capital, société de gestion de MNF, et présidente du capital amorçage au sein de l’AMIC, recommande d’étoffer la chaîne de financement de l’amorçage pour répondre aux besoins de croissance des startups.

Dounia Boumehdi: Le capital-risque, maillon faible de la chaîne de financement des startups

Le 23 juin 2021 à 17h00

Modifié 23 juin 2021 à 17h33

ENTRETIEN. S’il existe aujourd’hui une poignée de fonds d’amorçage, Dounia Boumehdi, DG de MITC Capital, société de gestion de MNF, et présidente du capital amorçage au sein de l’AMIC, recommande d’étoffer la chaîne de financement de l’amorçage pour répondre aux besoins de croissance des startups.

«Nous avons besoin de plus de sociétés de gestion et de plus de fonds d’investissement pour servir l’amorçage des entreprises», recommande Dounia Boumehdi, directrice générale de MITC Capital, société de gestion de MNF, dans un entretien avec Médias 24, portant sa deuxième casquette de présidente du capital amorçage au sein de l’Association marocaine des investisseurs en capital.

Elle affiche son attente pour le Fonds Mohammed VI, qui crée un contexte propice à l’émergence de nouvelle sociétés de gestion pour servir davantage le maillon du capital-risque, et accompagner beaucoup d’entrepreneurs.

Elle nous raconte: «Au moment de l’exit d’une société dans laquelle MNF a investi, on a approché l’ensemble des fonds de capital développement pour rejoindre le tour de table suite à la période de désinvestissement. Un bridge qui n’a pas pu être réalisé car, selon leurs critères, la société est très jeune et les fonds de développement n’injectent que des tickets d’investissement de plus 50 millions de DH. Ce qui n’était pas conforme aux attentes que l’on cherchait pour le second tour de table», témoigne Dounia Boumehdi. «La conséquence de cet état de fait est qu’on a cédé l’entreprise à un family office alors qu’il devait y avoir un fonds qui aurait pu prendre le relais», ajout-elle.

L’amorçage, le maillon faible du financement

«La carte des fonds d’investissement et leurs typologies au Maroc témoigne d’une orientation qui allait principalement vers des fonds de capital développement, injectant des tickets de plus de 40 ou 50 millions de DH», affirme notre interlocutrice, qui estime que l’amorçage a toujours été le maillon faible du financement. «A partir de 2012, après la fin des opérations du fonds Dayam, nous étions le seul fonds d’investissement qui opérait sur la phase de l’amorçage. Nous ne pouvions pas servir tout le monde, ce qui a créait des malaises au niveau de l’écosystème entrepreneurial», se rappelle-t-elle.

Depuis le lancement opérationnel du programme Innov Invest en 2018, ils sont trois fonds à opérer sur le segment de l’amorçage: MNF II, Azur Innovation et SEAF Morocco. En plus du regain de vitalité de l’écosystème, le constat est «l’existence d’une profondeur du marché qui fait que beaucoup plus d’entrepreneurs peuvent être accompagnés en investissement» car ils ont appris au fil du temps à se frotter aux investisseurs et donc à présenter des perspectives et des visions clairement identifiées, alignées à celles des fonds d’investissement.
Il faudrait accompagner cette dynamique, en amenant des sociétés de gestion à se positionner sur des tickets «pouvant aller de 10 à 40 millions de DH, pour faire le bridge avec d’autres fonds de capital développement et créer une chaîne de financement vertueuse qui fonctionne de façon optimale».

Mieux comprendre l’environnement du capital-risque

Après avoir investi la totalité de son premier fonds MNF I de capital-risque lancé en 2010 et doté d’une enveloppe de 100 millions de DH, un nouveau fonds MNF II a été mis en place en octobre 2018 avec une taille cible de 200 millions de DH en 2018.

Ce second fonds a été initié dans le cadre de l’initiative Innov Invest portée par la Caisse centrale de Garantie (CCG), avec la reconduction des actionnaires historiques BCP, AWB, BMCE et MITC, et l’arrivée d’un nouvel actionnaire qui est la CCG. «Cette initiative menée avec brio par la CCG a été une bouffée d’oxygène pour l’industrie de Private Equity et plus particulièrement pour le capital amorçage risque qui a longtemps été le ‘parent pauvre’ de la chaîne de financement», estime Dounia Boumehdi.

Ces deux épisodes lui ont permis de constater une évolution nette dans l’écosystème entrepreneurial où les fondateurs sont devenus plus matures et mieux préparés aux opérations de levées de fonds par rapport à l’année 2010.

Ce constat est dû en partie au travail d’accompagnement mené par les structures d’accompagnement qui sont aujourd’hui au nombre de seize dans le cadre du programme Innov Invest.

«Ces dernières via leur programme d’incubation et/ou d’accélération font un premier travail avec les startups en phase d’idéation ou en phase de finalisation de leur POC», détaille notre interlocutrice. Et de poursuivre: «Au début de nos opérations, nous étions face à des entrepreneurs qui avaient des idées certes intéressantes, mais ne savaient pas comment les faire aboutir et les vendre sur le marché et ne possédaient donc pas des capacités financières, commerciales, stratégiques nécessaires pour mener à bien leurs projets».

Aujourd’hui, les fondateurs comprennent mieux l’environnement du capital-risque et de l’entrepreneuriat et disposent de leviers plus intéressants de proposition de valeur. Leur profil s’est également amélioré».

Les tickets d’investissement proposés vont de 1 à 10 millions de DH en fonction de la phase de développement de la société cible. «Nous investissons dans le Seed avec des montants de 1 à 4 millions de DH quand l’entreprise dispose d’un POC qui a prouvé l’existence d’un marché et qui a besoin d’un accélérateur financier pour conquérir sa clientèle. Pour la tranche supérieure qui va de 4 à 10 millions de DH, notre intérêt est porté sur des sociétés beaucoup plus matures qui ont 3 à 4 ans d’activité et qui veulent être financées sur des projets de développement technologique ou régional», détaille-t-elle.

La tech, secteur résilient

Le fonds capitalise sur une expertise développée au fil des années dans le secteur de la tech, un secteur résilient qui a le moins souffert pendant la crise sanitaire. Le secteur a connu, au contraire, un réel essor au regard du changement des habitudes des consommateurs, devenus plus connectés.

Cela se confirme par un double investissement en juillet 2020 de quatre millions chacun, « l’un dans la fintech OnePay, une société marocaine qui se positionne comme un distributeur de moyens de paiements et agrégateur de paiement et de services à valeurs ajoutées en transactions électroniques et l’autre l’edtech, KoolSkools, une plateforme éducative collaborative qui répond aux problématiques pédagogiques, grâce à la digitalisation des différents processus: cours et exercices interactifs, banque de contenus, cours live, suivi de l’acquisition de compétences, processus de remédiation etc. ».

Le ticket le plus important a été injecté dans ATLAN Space d’un montant de 10 millions de DH en novembre 2020. «La société développe de l’intelligence artificielle pour guider les avions sans pilotes dans leurs missions de collecte de données et de surveillance sur de larges zones géographiques. Cette technologie permet aux gouvernements et aux institutions de combattre les crimes environnementaux et de porter assistances aux populations vulnérables», explique notre interlocutrice, qui confirme que le fonds est actuellement en phase de closing de deux nouveaux investissements qui seront bientôt annoncés.

«Les technologies de l’information deviennent incontournables notamment pour tout ce qui a trait à l’intelligence artificielle, l’une des évolutions les plus transformatrices de notre époque», note Dounia Boumehdi.

Elle estime que ces avancées technologiques ouvrent de vastes perspectives en termes d’innovation technologique et d’automatisation des services dans un grand nombre de secteurs d’activités, suivant leur maturité. «En misant sur le développement de la R&D et le renforcement de la contribution des TIC dans le développement de son économie, le Maroc gagnera indéniablement en compétitivité et améliorera son positionnement sur l’échiquier mondial de l’innovation».

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