Marché du travail : Le Maroc rate une importante opportunité démographique (banque mondiale)

Le rapport sur le suivi de la situation économique au Maroc a été présenté ce mardi 29 juin par le nouveau économiste principal de la banque mondiale pour le Maroc, Javier Diaz Cassou. Il consacre un focus sur le marché du travail et les défis à relever pour le Royaume.

Marché du travail : Le Maroc rate une importante opportunité démographique (banque mondiale)

Le 29 juin 2021 à 18h06

Modifié 29 juin 2021 à 19h06

Le rapport sur le suivi de la situation économique au Maroc a été présenté ce mardi 29 juin par le nouveau économiste principal de la banque mondiale pour le Maroc, Javier Diaz Cassou. Il consacre un focus sur le marché du travail et les défis à relever pour le Royaume.

Cette nouvelle publication qui analyse l’évolution économique du royaume au regard des récentes évolutions,  fait un focus sur le COVID-19, les inégalités et l’emploi au Maroc.

« Nous avons voulu parler d’un aspect de la crise moins commenté et moins analysé, les effets distributifs de la pandémie. Cette crise a, mondialement, eu des effets mal distribués.  les conséquences économiques de la crise sont inégalement réparties », explique Javier Diaz Cassou.

Les aides ont permis de réduire les effets sur la pauvreté

« La crise a des effets sur l’augmentation des inégalités du moment où les inégalités étaient très prononcées dans le monde. Au Maroc, le confinement a eu un impact sévère sur le marché du travail marocain », poursuit-il.

« Le Maroc est un cas différent de la plupart des pays de son entourage, car le gouvernement a pris des mesures importantes pour amortir la chute des revenus des ménages. La stratégie du transfert des aides directes a eu un grand succès », estime-t-il.

« Nous avons assez de preuves pour voir que ces transferts ont contribué à réduire les effets sur la pauvreté et sur les inégalités que la crise aurait engendré ».

Sans les programmes de transferts monétaires d’urgence, le taux de pauvreté (seuil de pauvreté national) aurait augmenté de 1,7 % en 2019 à 11,7 % pendant la période de confinement, tandis que la vulnérabilité aurait augmenté de 7,3 % à 16,7 %, et l’indice de Gini de 38,5 à 44,4.

Cependant, à la suite de ces programmes, les taux de pauvreté et de vulnérabilité n’ont que légèrement augmenté (respectivement de 2,5 et 8,9 %), tandis que l’indice de Gini a à peine bougé.

« Mais il faut aussi reconnaitre, qu’il s’agit de mesures temporaires. Le Maroc doit donc penser à des mesures structurelles pour s’assurer que les bénéfices de la reprises seraient bien distribué dans l’économie marocaine », préconise-t-il.

Malgré les réformes annoncées au Maroc allant dans le sens de la réduction des inégalités, la banque mondiale estime qu’il y a d’important défis dans le marché du travail marocain.

Un marché qui ne créé pas assez d’emploi

« La caractéristique principale du marché du travail marocain, c’est que la création d’emplois reste clairement insuffisante », avance l’économiste principal de la banque mondiale pour le Maroc.

Dans le rapport, les équipes de la banque mondiale expliquent qu’alors que la population en âge de travailler s’est accrue en moyenne d’environ 372.000 individus par an entre 2001 et 2019, l’économie n’a pu créer en moyenne que 112.000 emplois supplémentaires par an.

Le déficit annuel moyen est de 262.000 emplois. Cet écart s’est aggravé, passant de 227.000 entre 2001 et 2009 à 300.000 entre 2010 et 2019.

Pour la banque mondiale, l’évolution du taux de chômage, (de 8 à 12 % depuis la crise financière) est en partie le résultat d’un taux d’activités relativement faible, puisque 54 % de la population en âge de travailler était classée comme inactive en 2019, soit avant la pandémie.

Divers facteurs expliquent l’incapacité du marché du travail à absorber la population en âge de travailler, et le défi de l’emploi peut être envisagé sous deux angles différents : l’un lié à la pénurie d’emplois nécessaires pour satisfaire l’offre de main-d’œuvre, et l’autre concernant la mauvaise qualité des emplois créés.

Les éléments qui contribuent à ces défis sont la forte croissance démographique, la faible intensité d’emplois créés par l’activité économique, la lenteur de l’amélioration de l’efficacité de l’utilisation des facteurs de production et la lenteur du changement structurel de l’économie.

L’arrêt sur image de la situation professionnelle de la population en 2019 résume l’enjeu auquel doit faire face le Maroc.

De plus de 26 millions de personnes en âge de travailler, seulement 2,4 millions sont des salariés dans le formel dont 1,5 million dans le secteur privé.

« Le Maroc ne profite pas de cette fenêtre d’opportunité démographique actuelle. Cette force démographique ne contribue pas à la croissance », conclut Javier Diaz Cassou.

 

Les défis à relever

Le Maroc doit donc obligatoirement relever un ensemble de défis pour que le marché du travail contribue au développement et à la croissance économique. Quatre défis ont été spécifiquement mentionnés par la Banque mondiale :

– Accélérer la transformation structurelle pour créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité dans des secteurs à plus forte productivité ;

– Encourager la formalisation et améliorer la qualité des emplois ;

– Augmenter la participation des femmes à la population active (PFPA) et faciliter l’accès des femmes à de meilleurs emplois ;

– Soutenir les jeunes dans leur transition de l’éducation au marché du travail et réduire le grand nombre de jeunes en chômage.

« Le nouveau modèle de développement qui vient d’être publié, présente des éléments fondamentaux qui pourraient mener à une croissance économique plus favorable à l’emploi. »

« Ce modèle de développement centré sur l’emploi comprendrait probablement un regain d’intérêt pour le développement humain et le renforcement des compétences pertinentes de la jeune population, une augmentation significative de la participation des femmes au marché du travail, une dynamisation du secteur privé, en stimulant la concurrence et la compétitivité, un effort concerté pour utiliser les technologies financières et numériques afin d’atteindre un plus grand nombre de ménages et d’entreprises, ainsi qu’une révision des institutions du marché du travail existantes pour faciliter l’intégration et les transitions professionnelles », commente la Banque mondiale qui annonce qu’un travail plus ciblé est en cours, en collaboration avec des think-tanks marocains et le HCP.

La situation économique du Maroc vue par la Banque mondiale (nouveau rapport)

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