Égalité des genres au travail: Un bilan peu glorieux au Maroc (experts)

Désuètes, patriarcales et en déphasage avec la réalité, certaines dispositions du code du travail sont à amender non seulement pour participer à l’autonomisation des femmes mais aussi à assurer une meilleure performance économique. Des experts, invités par la CGEM, font état d'un bilan "peu glorieux" et proposent des solutions à mettre en place.

Égalité des genres au travail: Un bilan peu glorieux au Maroc (experts)

Le 5 juillet 2021 à 11h08

Modifié 5 juillet 2021 à 11h53

Désuètes, patriarcales et en déphasage avec la réalité, certaines dispositions du code du travail sont à amender non seulement pour participer à l’autonomisation des femmes mais aussi à assurer une meilleure performance économique. Des experts, invités par la CGEM, font état d'un bilan "peu glorieux" et proposent des solutions à mettre en place.

“Le taux d’emploi au Maroc est de 62,7% pour les hommes contre 6,7% pour les femmes”. Il s’agit de l’un des nombreux chiffres effarants cités par les participants au webinaire organisé, ce mercredi 30 juin, par la CGEM intitulé « accès des femmes au marché de l’emploi: un cadre juridique pour un environnement de travail plus inclusif ».

Les chiffres cités lors de cet événement reflètent une situation que Laila Slassi, membre du bureau de la commission entreprise responsable et citoyenne de la CGEM, décrit comme “un bilan peu glorieux”. Ils montrent qu’il “reste encore beaucoup à faire” pour améliorer l’accès au marché de l’emploi pour la femme marocaine qui subit « la conception patriarcale » de la société, transposée dans la législation.

Désuètes, réductrices des femmes et en déphasage avec la réalité, certaines dispositions du code du travail sont à amender non seulement pour participer à l’autonomisation des femmes mais aussi à assurer une meilleure performance économique.

En effet, Laila Slassi cite une étude réalisée par McKinsey en 2016, selon laquelle les inégalités entre hommes et femmes au Maroc “représentent un manque à gagner de 30 milliards de dollars de PIB”.

“Ce n’est pas seulement un problème juridique”, souligne Laila Slassi, ni “un combat féministe”. Selon elle, l’égalité des genres est un “combat économique”.

“La non participation des femmes à l’économie a un coût terrible et le fait de renforcer leur participation sera le seul, l’unique et important levier de croissance pour les prochaines années”, poursuit-elle.

Région MENA: Les femmes jouissent de la moitié des droits reconnus aux hommes

Pour ce faire, il convient de lever des restrictions imposées aux femmes. Certaines sont d’ordre social, d’autres sont juridiques et ont été passées au crible par la banque mondiale qui, dans son rapport WBL (Women, Business and the Law).

Ce rapport, qui est une publication annuelle, comme le rappelle Souad Adnane, consultante genre et secteur privé à la Banque Mondiale, “couvre 190 pays et identifie les lois et les réglementations affectant la participation économique des femmes”.

L’édition de 2021 révèle qu’en moyenne, les femmes ne bénéficient que des trois quarts des droits juridiques reconnus aux hommes en matière d’emploi. Dans la région MENA, la situation est encore plus critique puisque “la performance de la région est en dessous de la moyenne mondiale, avec un score de 51,5/100”. Autrement dit, les femmes de la région ne jouissent que de la moitié des droits juridiques reconnus aux hommes.

Selon Souad Adnane, l’indice des restrictions juridiques au Maroc souligné par le rapport WBL se compose de 8 indicateurs qui touchent aux différents aspects de la vie professionnelle d’une femme.

Le Maroc a un score parfait dans trois indicateurs sur huit. Il s’agit de l’indicateur de la mobilité, qui examine les entraves à la liberté de circulation des femmes. Celui du travail, qui analyse le choix et la vision des femmes de rejoindre le marché du travail, et l’indicateur de l’entrepreneuriat qui touche les entraves à la création d’une entreprise par les femmes.

“Pour le reste, on peut noter des opportunités d’amélioration au niveau de la législation du travail, dans laquelle il convient de lever les restrictions imposées aux femmes” pour exercer des métiers jugés “dangereux”, explique l’experte en égalité des genres.

En effet, comme le rappelle Souad Adnane, le code du travail comporte toujours des dispositions qui interdisent le travail des femmes dans le domaine minier. Pourtant, l’Organisation internationale du travail a invité les Etats membres à “dénoncer la convention qui encourage l’interdiction du travail des femmes dans les mines”.

Cette interdiction est prévue par les articles 179 et 181 du code du travail que Rachid Aourraz, membre fondateur du centre arabe pour la recherche, propose de corriger.

Pour ce faire, Rachid Aourraz annonce qu’un débat a été lancé avec les parlementaires, des chercheurs et la société civile marocaine. “La proposition de modifier ces deux articles a été présentée aux groupes parlementaires dans le but de lancer un processus législatif au niveau du parlement marocain”, indique-t-il.

Selon lui, les groupes parlementaires et le centre arabe pour la recherche vont s’unir, pendant les deux prochaines semaines, pour “lancer cette initiative et essayer de modifier ces deux articles”, car “il est temps que le Maroc fasse une réforme de son code du travail dans sa globalité et des articles 179 et 181 en particulier”.

Du congé de paternité prolongé à la féminisation des sociétés: Recommandations d’experts 

Opérer ces amendements constitue la première recommandation du centre arabe pour la recherche afin d’atteindre l’objectif de l’équité. Dans ce sens il appelle à l’engagement des acteurs, décideurs, du secteur privé et de la société civile pour réaliser ce changement juridique.

Quant aux recommandations formulées par la commission entreprise responsable et citoyenne de la CGEM, Laila Slassi cite l’inclusion de la dimension de genre dans les politiques de soutien à l’emploi.

“Si nous n’arrivons pas à adresser cette question de manière fine aujourd’hui, c’est parce que nous ne disposons que de peu de chiffres. Il faut faire en sorte que les politiques publiques de soutien à l’emploi prennent en compte une dimension de genre, tel que c’est le cas pour la société civile”.

La seconde recommandation de la commission est la mise en place du congé de paternité. Ce qui constituerait “un grand pas” selon Laila Slassi et ce, pour deux raisons.

“La première est que les congés de maternité sont l’une des principales causes de décrochage des femmes dans la mise en oeuvre de leurs carrières. Le fait d’inclure les pères permet non seulement de les soulager mais aussi de faire comprendre qu’il s’agit d’une responsabilité partagée”, poursuit-elle.

Dans le même sillage, une autre proposition “reprise dans le rapport de la CSMD” porte sur la mise en place de structures de garde des enfants dans les entreprises.
“Le fait de permettre aux parents de garder leurs enfants sur le lieu du travail permettrait d’avoir moins de décrochage. Les femmes se poseront moins la question sur la nécessité d’arbitrer entre une carrière et rester à la maison pour s’occuper des enfants”, explique Laila Slassi.

Enfin, elle rappelle que “l’entreprise, dans ses codes, ses horaires, sa hiérarchie et son organisation a été pensée par des hommes, pour des hommes. Les femmes doivent faire un travail d’équilibriste pour s’adapter. Il faut donc repenser l’entreprise, promouvoir l’entrepreneuriat féminin et promouvoir le financement des entreprises portées par des femmes, mais aussi leur faciliter l’accès aux crédits”.

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