Transport maritime: Après la crise actuelle, il sera vital de ressusciter le pavillon marocain

Pendant la crise actuelle, l’absence d’un pavillon maritime marocain se fait cruellement sentir. Dans l'aérien, le transporteur national a été réactif et a appliqué les instructions de l'Etat. Dans le maritime, le ministère de tutelle continue à se débattre, car il a très peu de leviers pour agir.

Transport maritime: Après la crise actuelle, il sera vital de ressusciter le pavillon marocain

Le 11 juillet 2021 à 17h44

Modifié 12 juillet 2021 à 10h20

Pendant la crise actuelle, l’absence d’un pavillon maritime marocain se fait cruellement sentir. Dans l'aérien, le transporteur national a été réactif et a appliqué les instructions de l'Etat. Dans le maritime, le ministère de tutelle continue à se débattre, car il a très peu de leviers pour agir.

« L’ignorance des choses de la mer et l’absence totale de culture maritime ». C’est avec ces mots que Najib Cherfaoui, expert en transport maritime joint par nos soins, résume la cause de l’effondrement de la flotte nationale, autrefois « glorieuse ».

En effet, avec 73 unités actives en 1989, le nombre de navires marocains a chuté, pour atteindre un total de 15 navires en 2021, tous types confondus (navires de transport de passagers et de marchandises). Il s’agit du niveau le plus bas jamais enregistré depuis 1960.

Sur ces 15 navires, on compte seulement six unités de transport de passagers, appartenant aux compagnies FRS (1), Inter Shipping (3), Africa Morocco Link (1) et Detroit World Logistic Maritime (1), d’une capacité totale de 5.397 passagers, et 1.448 voitures.

Tous ces bateaux opèrent sur le Détroit de Gibraltar, et ne couvrent que 10% des besoins. «Le Maroc ne dispose d’aucun navire pouvant desservir les lignes Maroc-France et Maroc-Italie, dont on a le plus besoin aujourd’hui », nous confie notre interlocuteur. Sur ces lignes, le trafic dépend donc entièrement des armateurs étrangers. 

« Les symptômes d’une maladie qui date de plusieurs années »

Dès lors, on comprend aisément que « la crise actuelle de retour des MRE n’est que l’un des symptômes d’une problématique qui dure depuis plusieurs années: l’Etat s’est dessaisi de l’ensemble de sa flotte de commerce ».

En 2005, « le Maroc avait entre les mains la flotte qui lui fait cruellement défaut aujourd’hui. Malheureusement, en 2006, en optant pour l »Open Sea’, le ministère du Transport a libéralisé le secteur maritime par une simple circulaire ministérielle« .

« La tutelle a ainsi tranché pour la liquidation de l’armement national Comanav, opérateur historique dont les origines remontent pourtant à 1918. »

« En 2008, survient la crise financière. À la suite de l’éclatement de la bulle boursière, il y a eu la fameuse flambée des cours du pétrole qui ont franchi le seuil fatidique des 100 dollars le baril. Il s’en est suivi une cherté du carburant qui a plongé le secteur maritime mondial dans une récession sans précédent ».

« Pourtant, en 2011, le Royaume disposait d’une flotte prestigieuse de 17 navires à passagers ». En 2013, le pavillon marocain coule dans l’indifférence générale, « le ministère de tutelle ayant observé et assisté au naufrage sans rien tenter pour sauver le secteur », se souvient M. Cherfaoui. « Heureusement que l’État a eu l’idée lumineuse de soutenir le département aérien, malgré ‘l’Open Sky' ».

Faire renaître le pavillon marocain : « Le Maroc est capable de réussir ce pari »

« La crise actuelle du transport maritime dédié au retour des MRE révèle la nécessité de disposer d’une flotte stratégique, au nom des principes de sécurité, d’indépendance et de souveraineté ».

« Le Maroc est capable de réussir ce pari car il a réussi par le passé » souligne notre expert, qui estime que « pour avoir une certaine autonomie effective, le pays doit mettre en place six navires sur les destinations France et Italie, répartis comme suit :

  • 2 navires sur la ligne Tanger-France;
  • 2 navires sur la ligne Tanger-Italie;
  • 1 navire sur la ligne Nador-Italie;
  • 1 navire sur la ligne Nador –France ».

«A partir de là, le pays pourrait avoir recours à l’affrètement pour compléter l’offre de base».

Plus encore, « ces navires ne coûteront rien au Maroc. Nous avons la chance d’avoir un marché historique. Tous les MRE rentrent traditionnellement au pays, principalement de la France, d’Italie, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Scandinavie et péninsule ibérique ».

Le mécanisme d’acquisition est simple: « l’argent sera emprunté auprès des banques, avec la garantie de l’État, et le remboursement se fera sur environ 5 ans. Malheureusement, effrayées par la dépression boursière de 2008, les banques refusent cet exercice. Elles choisissent de ne courir aucun risque ».

D’ailleurs, les ministres se succèdent dans le secteur, et aucune initiative n’a été entretenue dans ce sens. Malgré nos tentatives de l’interpeller sur le sujet, Abdelkader Amara, ministre actuel du Transport, est resté injoignable.

« La prochaine émergence ne devrait pas intervenir avant au moins 2040 »

Najib Cherfaoui garde toutefois espoir. « En interrogeant l’histoire de chacun de nos navires à moteur, nous découvrons des évènements de mer à la fois fascinants et mouvementés. Mais il y a plus important, ce passé nous révèle les invariants de la flotte dans le temps ».

Il a ainsi remarqué qu' »en 135 années, de 1886 à 2021, le système maritime du pays se distingue par trois cycles, dont chacun se compose de trois phases : ascension, grandeur, décadence. Chaque déclin fait apparaître une remarquable capacité à se réparer. Après chaque épreuve, le système retrouve ce qui a été écrasé, répare ce qui a été détruit et remonte à la surface. La renaissance est un caractère permanent ».

« Entre le choc et le rétablissement, il y a en moyenne une durée de quinze ans. C’est l’invariant de notre système maritime. Un intervalle de trente ans sépare deux âges d’or successifs. En conséquence, suite au traumatisme de 2006, dont le creux se situe en 2021, la prochaine émergence ne devrait pas intervenir avant au moins 2040. Cependant, il existe l’alternative de la ramener à l’horizon 2030″, conclut-il.

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