Maroc-Algérie : Le numéro 696 de la revue El Djeich consacre la moitié de sa pagination à attaquer le Royaume

La revue militaire El Djeich dont le général Chanegriha est le superviseur général, consacre une bonne partie de son nouveau numéro à des attaques contre le Maroc, qui montrent une haine inextinguible du régime de la junte militaire à l’égard du Royaume.

Maroc-Algérie : Le numéro 696 de la revue El Djeich consacre la moitié de sa pagination à attaquer le Royaume

Le 14 juillet 2021 à 19h40

Modifié 16 juillet 2021 à 16h22

La revue militaire El Djeich dont le général Chanegriha est le superviseur général, consacre une bonne partie de son nouveau numéro à des attaques contre le Maroc, qui montrent une haine inextinguible du régime de la junte militaire à l’égard du Royaume.

Imaginez que la revue des armées françaises parsème ses pages d’attaques contre l’Allemagne ou l’Italie, en tant que nations, pays et dirigeants, leur reprochant par exemple d’avoir une histoire et une psychologie de traîtres. Cela serait inconcevable… et prêterait à l’étonnement et au sourire compatissant.

C’est ce qui s’est pourtant passé avec la revue de l’armée algérienne, El Djeich (littéralement: L’Armée).

34, c’est le nombre de fois où le Maroc est cité ou plutôt copieusement insulté par les rédacteurs du mensuel militaire El Djeich de juillet qui ne compte pourtant qu’une pagination de 68 pages, soit pour simplifier une attaque toutes les deux pages dans une revue où la moitié du contenu est consacrée à invectiver le voisin de l’Algérie.

La revue est « supervisée » par le général de corps d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’armée.

Une guerre par revue militaire interposée qui n’a rien à envier à la violence d’un conflit armé

Des attaques unilatérales avec une incroyable animosité des militaires algériens qui donnent l’impression que les deux pays sont en guerre et s’affrontent sur un vrai champ de bataille alors qu’ils partagent toujours des relations diplomatiques avec des ambassadeurs en poste dans chacune des deux capitales.

En effet, pour fêter dignement le 59ème anniversaire de l’indépendance algérienne, l’éditorial non signé du 696ème numéro de la revue El Djeich commence par accuser, sans citer personne, « certains agitateurs et revanchards de s’attaquer à toutes les réalisations qui ont été faites à ce jour par la nouvelle Algérie”.

“La France, la plus détestable des puissances coloniales qui a souillé notre sol”

L’escalade à l’égard des ennemis de la nation se poursuit dans les vœux du Chef d’Etat-major, Saïd Chanegriha, qui rappelle à la France actuelle, qui ne manquera pas d’apprécier les termes utilisés et la rancune anti-française du général à son égard, que « le peuple algérien a étonné le monde entier avec sa victoire contre la plus grande puissance coloniale, sinon la plus détestable pour purifier sa terre de sa souillure”.

59 ans après l’indépendance, Chanegriha, un brin paranoïaque, appelle donc “les fils de l’armée nationale populaire à ne permettre à aucun félon, quel qu’il en soit, de souiller la sacralité de cette terre bénie”.

Allons enfants de la patrie, le jour du combat est arrivé

Pour cela, il demande à ses troupes « de faire preuve plus que jamais de davantage de vigilance, de veille, de discipline (…) avec à leur tête une bonne formation et une bonne préparation au combat” soit en d’autres termes se préparer à une guerre contre un ennemi qualifié d’éternel par ses collaborateurs, qui dans les pages suivantes, rendront le Maroc responsable de tous les maux de “l’Algérie nouvelle”.

« Le Maroc, un annexionniste qui ne doit plus être soutenu par le Conseil de sécurité »

Après 3 chapitres consacrés aux remises de grades, à l’inauguration d’une fresque à la mémoire des exilés durant la colonisation et un défilé « des forces de l’ANP qui serviront le moment venu à défaire les ennemis de la nation », la revue est revenue sur la visite du général Saïd Chanegriha en Russie et son discours qui avait qualifié « le conflit du Sahara occidental de dernière colonie d’Afrique qui met en danger toute la région ».

A partir de là, commence un feu nourri d’accusations contre le Maroc qui serait tour à tour taxé « de féroce colonisateur et d’annexionniste qui fait fi des droits de l’homme des sahraouis » que les membres du Conseil de sécurité qui le soutiennent comme la France et les USA doivent revenir à la réalité.

« USA et France, prenez garde à notre parapluie russe, la riposte sera féroce »

Dans un article menaçant intitulé « La riposte sera féroce et résolue » qui rappelle la proximité et le soutien militaire de la Russie, les rédacteurs citent les propos récents du Chef d’Etat-major tenus lors d’une visite à Ouargla qui déclarait que l’ANP ne se soumettra à quiconque, quelle que soit sa puissance (USA, France ?).

Dans un accent révolutionnaire, Chanegriha a mis en garde « toutes ces parties et toute personne poussées par son esprit maladif et sa soif du pouvoir, contre l’atteinte à la réputation, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Algérie.

« Qu’ils sachent tous que la riposte sera féroce et résolue et que l’Algérie, forte de sa vaillante armée et son peuple révolutionnaire et combattant à travers le temps, ancrée grâce à sa glorieuse Histoire, est plus noble pour qu’elle soit ébranlée par des aliénés et des téméraires ».

Une campagne incendiaire contre l’ANP « orchestrée par le Makhzen »

Vient alors un article dénonçant « une manipulation du journal Jeune Afrique, financé par le Makhzen », qui aurait affirmé que le général s’était rendu secrètement dans la capitale française pour discuter de la question du Sahel avec une volonté d’intervenir sur place au Mali pour remplacer les forces françaises »

“Dans un état de panique et de détresse extrêmes qui ne peut s’expliquer que par la stratégie judicieuse adoptée par notre armée (…), l’Algérie a surpris les ennemis de notre nation et notamment certains pays.

“L’Algérie n’est pas intéressée par les réserves d’or du Mali”

“Ces attaques frontales et l’invention de problèmes créés de toutes pièces sans aucune once de vérité, sont en fait qu’extrapolations et rumeurs empruntant à la propagande goebbelsienne, dans une vaine tentative de sauvegarder ce qui leur reste de dignité ainsi que leur crédibilité auprès de leurs partisans”.

« Certains tentent de nous expliquer que l’intérêt porté par notre armée au Mali a pour motivation le facteur économique et en particulier ses réserves d’or mais ces ignorants doivent savoir que les réserves d’or de l’Algérie ont été estimées, selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de l’or, à 173,6 tonnes. Ce qui nous classe au troisième rang dans le monde arabe en matière de réserves d’or. »

Des accusations farfelues qui remontant à … 2.125 ans

Après avoir rappelé les propos du président Tebboune sur la poursuite d’une animosité anti-algérienne par le biais de 3 lobbies composés d’anciens colons qui ont transmis leur rancœur à leurs enfants, d’héritiers de l’OAS et des compatriotes qui ont trahi au profit d’ennemis du pays, la rédaction y ajoute “un Etat voisin qui voue une haine ancestrale et un ressentiment non dissimulé envers notre pays. »

Ainsi si jusque-là, les attaques de la junte pouvaient s’expliquer par son obsession à vouloir retrouver leur place perdue de leadership régional, la suite des accusations tourne carrément au loufoque avec des accusations de trahison totalement infondées dont la première remonterait à exactement 2125 ans.

“La monarchie marocaine a fait assassiner notre ancêtre tunisien Jugurtha”

A la question de savoir qui aurait trahi le Roi de Numidie Jugurtha en 104 av. J.-C. pour le remettre aux romains qui l’exécuteront à Rome, le rédacteur de l’article rappelle que c’est son beau-père Bocchus qui régnait sur la Maurétanie césarienne à savoir l’ancêtre du Maroc d’aujourd’hui qui l’aurait livré à ses bourreaux.

S’il est vrai qu’un conflit familial pour des considérations de prise de pouvoir a conduit à cette trahison, il faut préciser que la Numidie de Jugurtha se trouvait en territoire tunisien spolié par la suite par l’occupant français pour l’incorporer à l’Algérie qui faut-il le rappeler a été vraiment créée en 1830.

De plus, la reconnaissance de la junte militaire algérienne du règne de Bocchus comme étant l’ancêtre de la monarchie marocaine est un joli pied de nez et lapsus aux ennemis actuels du Royaume qui essayent de faire croire à qui veut les entendre et de se convaincre que le Maroc a été créé par le maréchal Lyautey en 1912.

Un sultan qui a sacrifié son armée pour l’Algérie accusé a posteriori de l’avoir trahie

Dans la même veine, “le sultan marocain Moulay Abdel Rahmane serait accusé de s’être retourné  contre l’Emir Abdelkader en décembre 1847 et de s’être allié à l’ennemi français pour l’encercler .”

Une mauvaise foi totale quand on sait que l’Emir se considérait comme un sujet du sultan du fait qu’il était son représentant dans la province limitrophe de l’Oranais, laquelle province relevait à l’époque de l’autorité du Maroc.

Tous les manuels d’histoire savent pertinemment que le sultan Moulay Abdel Rahmane a toujours refusé de soutenir l’occupation française au nom du concept du Jihad traditionnel et qu’il n’avait d’ailleurs pas hésité en novembre 1839 à déclarer la guerre à la France pour l’empêcher de coloniser l’Algérie.

Un soutien qui coûtera chère à son armée complètement défaite à la bataille d’Isly (1844) par les troupes françaises du maréchal Bugeaud alors que dans le même temps, la flotte française bombardait les ports marocains de Mogador et Tanger.

Ne pouvant plus être défendu par le sultan et craignant que la France ne continue à bombarder les villes de son protecteur, l’Emir Abdelkader finira par se rendre en 1947 et de son plein gré au ministre de la guerre Louis Juchault de Lamoricière et futur premier gouverneur d’Algérie.

Des dirigeants kidnappés touchés par le syndrome de Stockholm

Poursuivant dans sa triste litanie du “qui, qui et qui nous a trahi ”, les “journalistes” de la revue El Djeich ont accusé le prince héritier Feu Hassan II d’avoir trahi les cinq dirigeants du FLN qui auraient été interceptés grâce à son aide par l’armée française en octobre 1956 lors d’un voyage en avion entre le Maroc et la Tunisie.

Un mensonge éhonté démenti à maintes reprises par les intéressés eux-mêmes à savoir par Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf mais sachant que deux d’entre eux furent assassinés par la junte (Boudiaf et Khider) et que deux autres passèrent leur vie en exil, leur parole n’a sans doute aucune valeur historique pour leurs bourreaux toujours au pouvoir.

De plus, faut-il rappeler que cette arrestation fut à l’origine d’un grave incident diplomatique entre le Maroc tout juste indépendant et la France et que le sultan Mohammed V avait même proposé d’échanger son propre fils, le défunt Hassan II, contre la liberté des 5 captifs?

Une haine dont l’unique moteur est la défaite de la guerre des sables

Pour les connaisseurs du régime militaire, la dernière accusation est sans aucun doute celle qui explique vraiment l’animosité ou plus exactement la haine du pouvoir actuel à l’égard de la monarchie marocaine.

En effet, les généraux actuels qui étaient de jeunes officiers en octobre 1963 n’ont toujours pas digérés la cuisante défaite de leur armée lors de la fameuse guerre des sables qui avait vu s’affronter le Maroc et l’Algérie après plusieurs incidents frontaliers déclenchés par l’ANP autour des villes de Tindouf et Béchar.

Là-encore, “l’Emir des croyants, Feu Hassan II est accusé d’avoir voulu occuper des villes d’un pays qui venait à peine d’accéder à son indépendance et qui n’avait pas eu le temps de panser ses blessures”.

“La couronne marocaine a été sauvée par l’abstention de l’ANP en 1971 et 1972”

Se disant magnanime, El Djeich affirme que par deux fois, “l’ANP aurait pu intervenir au Maroc ou, au moins pour soutenir les militaires qui ont failli balayer la couronne marocaine et renverser leur roi lors des tentatives de coups d’Etat de Skhirat, en 1971, et celui du général Oufkir, une année plus tard.

“Mais notre armée, héritière de l’Armée de libération nationale, qui n’a pas été nourrie au sein de la trahison et de la fourberie a mis un point d’honneur à ne pas se mêler des affaires des autres”.

L’Algérie, 28ème membre de l’Union européenne ?

Faisant preuve d’une solidarité maghrébine exceptionnelle que doivent nous envier les 27 membres de l’Union Européenne, les rédacteurs concluent leurs attaques en apportant un satisfecit à “la diplomatie espagnole qui a donné une véritable leçon au Maroc en hospitalisant sur son sol le chef du polisario”.

“En réaction, le Makhzen a voulu jouer la carte des migrants comme moyen de pression pour la forcer à adopter certaines positions contraires aux règles internationales sur la question du Sahara occidental (…) mais l’Union européenne a rappelé à l’ordre ce colonisateur qui faisait du chantage à un de ses membres”.

Le récent remaniement du gouvernement espagnol qui a chassé la ministre des affaires étrangères, responsable de la crise avec le Maroc et les déclarations amicales de son successeur qui a limogé le chef de cabinet de Arancha Gonzalès Laya a montré que le voisin ibérique n’était pas prêt à sacrifier ses relations avec son voisin pour continuer à plaire au régime algérien et à son obligé du polisario.

Le changement de position américaine sur la marocanité du Sahara, un pari finalement perdu

Très optimiste, El Djeich avance que la décision prise par Donald Trump serait bientôt remise en cause sachant que “l’ensemble des analyses indiquent que la nouvelle administration américaine, conduite par le président Joe Biden, est sur la voie d’annuler définitivement la prétendue reconnaissance de Trump”.

Une prédiction qui s’est, encore une fois avérée fausse après avoir été démentie par le porte-parole du département d’Etat, Ned Price, qui a récemment confirmé que la position des Etats-Unis était inchangée et que son pays continuerait par conséquent à reconnaître la marocanité du Sahara.

Une incroyable ingratitude des dirigeants actuels qui ne finira qu’après leur disparition

Au final, ces attaques crescendo d’une revue censée ne pas faire de politique ne font que confirmer la place centrale des militaires dans l’appareil d’Etat algérien et qu’il n’y aura pas de détente entre les deux voisins, tant que les généraux rancuniers qui ont très mal vécu la défaite de la guerre des sables de 1963 seront toujours au pouvoir…

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