Entretien. Zakaria Garti : la partie se jouera entre le PJD et le RNI

Président du Mouvement Maan et fervent défenseur du processus électoral, Zakaria Garti nous livre sa lecture des élections législatives 2021.

Entretien. Zakaria Garti : la partie se jouera entre le PJD et le RNI

Le 2 septembre 2021 à 20h03

Modifié 3 septembre 2021 à 9h06

Président du Mouvement Maan et fervent défenseur du processus électoral, Zakaria Garti nous livre sa lecture des élections législatives 2021.

Médias24: A six jours des élections, comment évaluez-vous cette campagne électorale ?

Zakaria Garti : Cette campagne électorale comporte deux aspects : l’aspect digital et l’aspect « terrain ».

D’une part, la campagne digitale de cette année-là est plus importante que celles des élections précédentes, et ce, pour deux raisons. D’un côté, les partis ont pris conscience de l’importance du digital, et d’un autre, les mesures de restriction imposées par la pandémie les ont obligés à trouver d’autres canaux de communication.

D’une autre part, les partis politiques descendent toujours sur le terrain à la rencontre des citoyens, malgré les mesures restrictives qui les ont obligés à réduire le nombre de personnes mobilisées. Notons toutefois quelques couacs qu’il est important de relever. Tout d’abord, les actes de violence observés lors d’un affrontement entre les partisans du RNI et ceux du PAM dans la région Casablanca-Settat. Des actes pitoyables qui ne font honneur ni au processus électoral, ni à l’image du pays. Ensuite, les accusations qu’ont portées certains partis envers le RNI, lui reprochant un usage démesuré de l’argent.

-Justement, l’inégalité des moyens financiers déployés lors de cette campagne électorale, notamment sur les réseaux sociaux, ne biaise-t-elle pas le jeu démocratique ?

-Disons-le honnêtement, l’inégalité des moyens financiers décriée par les acteurs politiques n’est pas flagrante entre l’ensemble des partis, mais elle l’est entre un parti en particulier et le reste de l’échiquier politique, en l’occurrence le RNI. En effet, les partis de la majorité actuelle ainsi que de l’opposition se disent désavantagés face à la manne financière dont dispose le parti de la colombe. En tant qu’observateur de la scène politique, je constate moi-même que le RNI mène une campagne extrêmement agressive, qui nécessite des moyens financiers énormes.

Rappelons que la loi encadre le financement des campagnes électorales. Ainsi, les dépenses de campagne par candidat sont plafonnées à 500.000 dirhams pour les législatives, à 150.000 dirhams pour les régionales et à 60.000 dirhams pour les communales. Des dirigeants de partis ont eu l’impression que les moyens financiers déployés par le RNI sont supérieurs à ces plafonds.

-Parlons du taux de participation, pensez-vous qu’il sera boosté par l’organisation simultanée des trois élections ?

-Indéniablement. Les élections communales ont toujours enregistré des taux de participation supérieurs à ceux des législatives, et l’organisation simultanée des trois rendez-vous électoraux va aider le taux de participation aux législatives à gratter quelques points de pourcentage par rapport à son score naturel.

Un coup de pouce dont les législatives ont certainement besoin étant donné le désamour d’une grande partie des marocains pour la chose politique qui ne cesse de s’accentuer depuis des années. Personnellement, je m’attends à un taux de participation historiquement bas.

-Selon vous, comment convaincre les abstentionnistes qui n’ont pas confiance en la classe politique ?

-C’est devenu presque une mission impossible, et je le répète depuis une dizaine d’années. Il faut savoir que ce ne sont ni les programmes, ni les candidats qui déterminent la décision des citoyens de se diriger aux urnes. Les gens votent lorsque le contexte politique est favorable à l’exercice de la chose politique.

Aujourd’hui, le contexte n’est malheureusement pas propice à l’action politique. Tout d’abord, la pandémie a renforcé le rôle de l’État centralisé au niveau mondial, au détriment des élus locaux et de la démocratie élective.

Ensuite, le contexte politique marocain actuel décourage davantage les citoyens. Nous avons un gouvernement composé de partis qui se livrent une bataille médiatique, notamment le PJD et le RNI. Une situation qui affaiblit l’exécutif et décrédibilise la chose publique aux yeux de la population. Cette situation sera accentuée par le nouveau quotient électoral qui ne permettra pas de dégager une majorité forte. Nous nous retrouverons alors devant un gouvernement faible et une opposition émiettée.

Ajoutons à cela la crise de la démocratie, qui est également une crise mondiale. Les gens font de moins en moins confiance aux instances et aux institutions démocratiques, et le Maroc ne fait pas exception à ce phénomène global.

Nous essayons continuellement d’inciter les gens à voter, mais notre voix est de moins en moins audible. Notre message suscite même des fois de la dérision, voire de la pitié de la part des citoyens.

Nous estimons que le RNI et le PJD obtiendront chacun entre 800.000 et 1,1 million de voix, avec un faible écart

-Les résultats des élections professionnelles peuvent-ils nous éclairer sur l’issue du scrutin du 8 septembre ? Peut-on s’attendre à un raz-de-marée RNI ?

-Il faut dissocier les élections professionnelles des élections législatives. Rappelons que le PJD, arrivé premier aux législatives de 2016, avait obtenu un score très modeste aux élections des chambres professionnelles.

Concernant le prochain scrutin, la partie se jouera entre le PJD et le RNI. Nous estimons qu’ils obtiendront entre 800.000 et 1,1 million de voix, avec un écart réduit.

-Quelles sont les chances du PJD de décrocher la primature pour la troisième fois de suite ?

-Bien qu’il soit affaibli aujourd’hui par rapport à 2016 lorsqu’il a raflé plus de 1,6 millions de voix, nous estimons qu’entre 50 et 60% de ces votes sont incompressibles, car portés par les adhérents et les inconditionnels du PJD appartenant à la mouvance islamique. En plus, les déçus du parti de la lampe ne vont certainement pas voter RNI, et se dirigeront plutôt vers l’Istiqlal ou vers un parti de gauche.

Le PJD garde donc ses chances pour arriver en tête du podium, mais arrivera-t-il pour autant à former un gouvernement ? Rappelons que même au sommet de sa gloire, et de celle de son secrétaire général de l’époque, Abdelilah Benkirane, le parti a peiné à former un gouvernement. Il est possible que le PJD ne dirige pas le gouvernement même s’il remporte les élections.

-Le MP et l’UC sont devenus presque inaudibles. Comment expliquer ce recul ?

-Le Mouvement Populaire et l’Union Constitutionnelle n’ont jamais été des partis qui raflent les sièges dans les grandes villes. Ils ont des fiefs électoraux oû ils réussissent à se maintenir, et n’ambitionnent pas d’arriver en tête de scrutin.

-A la lecture des programmes, nous constatons que plusieurs partis traditionnellement libéraux se sont approprié des thèmes chers à la gauche, tels que le renforcement du rôle de l’État ou la couverture sociale généralisée. Comment expliquer ce virage ?

-Aujourd’hui, dans un monde en pleine crise sanitaire, il est de plus en plus difficile de se réclamer du libéralisme. Il s’agit d’une tendance mondiale qui a replacé l’État au cœur de la vie publique, et qu’on observe même aux États-Unis, pourtant temple du libéralisme.

En outre, les programmes de généralisation de l’AMO et des allocations sociales s’inscrivent dans le cadre de la stratégie dessinée par le roi. Dans ce contexte-là, être ultralibéral revient à se positionner aux antipodes des orientations royales.

-Pourquoi la gauche marocaine n’arrive-t-elle pas à s’unir ?

-Personnellement, je suis désespéré de la gauche marocaine. Les égos et les conflits internes l’ont tuée depuis longtemps. De plus, son héritage est porté, en partie, par des personnes qui ne sont pasà gauche et son discours adopté par les partis libéraux.

-Que peut changer l’arrivée possible des milieux d’affaires à la tête du gouvernement ?

-Elle ne va rien changer, le milieu des affaires est déjà aux commandes, avec Aziz Akhannouch au ministère de l’agriculture depuis 14 ans et Moulay Hafid Elalamy au ministère de l’industrie depuis 6 ans. Et il est peu probable qu’ils travaillent sous la direction de Saad Eddine Elotmani.

Cependant, l’arrivée d’un homme d’affaires à la tête du gouvernement le placerait en première ligne face à l’opinion publique. Aujourd’hui, aucun homme d’affaires n’a la carrure nécessaire pour tenir ce rôle.

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