Mustapha Sehimi : Voici le scénario optimal pour la future coalition gouvernementale

Selon le politologue, le prochain gouvernement sera composé d’une petite vingtaine de ministères, centrée autour de pôles. L’alliance optimale qui le composera sera construite entre le RNI, l’Istiqlal, l’USFP et éventuellement le MP. Voici ses arguments.

Akhannouch a reçu les aprtis par importance numérique au Parlement. Ici, avec Abdellatif Ouahbi et Fatima Zahra Mansouri du PAM. Ph. MAP

Mustapha Sehimi : Voici le scénario optimal pour la future coalition gouvernementale

Le 14 septembre 2021 à 9h29

Modifié 14 septembre 2021 à 10h26

Selon le politologue, le prochain gouvernement sera composé d’une petite vingtaine de ministères, centrée autour de pôles. L’alliance optimale qui le composera sera construite entre le RNI, l’Istiqlal, l’USFP et éventuellement le MP. Voici ses arguments.

Mustapha Sehimi ne croit pas en une participation du PAM au gouvernement. Et croit que Aziz Akhannouch optera pour une alliance avec l’Istiqlal et l’USFP, en intégrant éventuellement le MP pour des raisons d’équilibre socioculturel. C’est selon lui le scénario le plus plausible et le plus optimal pour la formation d’un gouvernement homogène, serré, et efficace.

Le politologue pense également que les consultations ne prendront pas beaucoup de temps et que Aziz Akhanouch formera son cabinet avant la rentrée parlementaire du 8 octobre.

Pourquoi il est si sûr de la non-participation du PAM ? Pourquoi le MP serait selon lui essentiel pour l’équilibre de la majorité ? Comment se dérouleront les négociations entamées lundi 13 septembre ? Quelle sera l’architecture gouvernementale que proposera Aziz Akhanouch ? Arrivera-t-il à concilier les intérêts de son parti en termes de répartition des portefeuilles avec ceux des autres composantes du gouvernement ? Voici les pronostics de M. Sehimi.

 

Médias24. Akhannouch vient de démarrer ses consultations, ce lundi 13 septembre, pour la formation du gouvernement en recevant les secrétaires généraux du PAM, de l’Istiqlal, de l’USFP, le MP et l’UC. Cinq partis en une seule journée. Aziz Akhannouch semble vouloir aller vite dans ces négociations…

Mustapha Sehimi. Il a eu je pense une consigne royale pour aller vite. Et il est serré par l’agenda, le calendrier institutionnel.

-Il doit monter son gouvernement avant la rentrée parlementaire ?

-En effet. La rentrée, c’est le deuxième vendredi d’octobre, le 8 octobre. Et je pense qu’il a eu la consigne de former son gouvernement avant cette date. Il sera difficile d’ouvrir la législature avec de nouveaux parlementaires et un chef de gouvernement qui n’a pas encore fait son équipe.

-C’est déjà arrivé par le passé que le Roi ouvre la législature avec de nouveaux députés et un gouvernement sortant toujours aux affaires ?

-Non, ce n’est jamais arrivé. C’est arrivé en 2016, mais la situation était différente puisque les élections n’avaient eu lieu que le 7 octobre, une semaine avant l’ouverture de la législature.

-Il y a donc une pression « temps » sur Akhannouch dans ces négociations. Les partis peuvent-ils jouer sur ce facteur pour affaiblir sa position dans les négociations ?

-Ils ne peuvent pas jouer la montre, parce qu’on sait quels sont les partis qui vont entrer, les partis en ballottage… Donc, on va aller vite.

-Mais quand l’Istiqlal annonce qu’il tiendra son Conseil national le 25 septembre avant de décider, et que le PAM fait de même sans annoncer la moindre date, on voit bien que les deux partis essaient de jouer la montre…

-L’Istiqlal a fixé un délai, le 25 septembre. Donc, le 25 au soir, il va donner son accord. C’est un Conseil national pour la forme. Les Istiqlaliens sont désireux d’entrer au gouvernement, ils attendent ça depuis 8 ans. Il n’y aura donc pas de problème à ce niveau-là.

-Quel est le scénario d’alliance qui vous paraît le plus envisageable ?

-Il y en a plusieurs. A mon sens, le plus probable et le plus optimal en terme politique, c’est le RNI avec l’Istiqlal, l’USFP et un peu de strapontins pour le MP.

-Vous pensez sérieusement que le MP a des chances d’entrer au gouvernement ?

-Oui, pour des raisons d’équilibre territorial et socioculturel, au vu de l’ancrage du parti dans le monde rural et amazigh.

-Et le deuxième scénario ?

-Garder la première formule en y ajoutant l’UC. C’est possible, mais ça ne donnera pas de valeur ajoutée au gouvernement. La première variante reste la plus optimale. L’adjonction de l’UC me paraît aléatoire. On passerait d’un gouvernement de 4 partis à un exécutif fait de 5 partis. Or, l’expérience a montré qu’un gouvernement avec 5 composantes est compliqué à coordonner. Et puis il faut que Aziz Akhannouch donne un signal fort de recentrage. Les citoyens ont toujours critiqué le format des majorités à 5 partis ou plus. Même si en l’espèce, les problèmes de coordination du cabinet El Othmani ne se poseront pas.

-Surtout que les résultats des législatives permettent d’avoir un gouvernement serré, recentré autour de trois partis ou quatre au maximum…

-A trois (RNI-Istiqlal-USFP), le RNI arrivera en effet à une majorité de 215 sièges. C’est 17 sièges de plus que la majorité absolue de 198. Arithmétiquement, ça peut être trois partis. Mais politiquement, il y a la donnée MP qui n’est pas à négliger. Il est difficile de ne pas l’intégrer dans le gouvernement.

-Le MP est aussi stratégique pour le gouvernement à votre avis ?

-Oui. Pour que le monde amazigh ne se sente pas exclu.

-Jusque-là, vous n’envisagez pas dans vos scénarios une participation du PAM. Pourquoi ?

-C’est justement la troisième variante à laquelle je voulais arriver : une majorité RNI-PAM-Istiqlal-USFP. Il y certes des arguments pour l’entrée du PAM mais beaucoup d’arguments contre.

-Lesquels ?

-Premier argument : le PAM n’apporte rien et n’a pas de valeur ajoutée au sein du gouvernement. Ensuite, le PAM n’a pas beaucoup de crédibilité aux yeux de l’opinion publique, vu les conditions de sa création.

-Mais avec la nouvelle ligne de Abdellatif Ouahbi élu à la tête du parti en février 2020, cette image a été un peu corrigée, non ?

-Non, cette image persiste. Le PAM a toujours cette mauvaise image qui est installée dans la mémoire collective. Le PAM continue d’être pénalisé par les conditions de sa création, son parcours…

Et il y a aussi d’autres arguments pour sa non-participation. Le parti est pénalisé par le fait que ses rangs sont divisés. Il y a eu les problèmes avec les gens du Rif, de Marrakech… Il y a de fortes de divisions au sein du parti, il y a eu beaucoup de départs. Une vingtaine de députés du PAM ont rejoint le RNI. C’est un parti qui n’est plus considéré comme porteur.

Il y a aussi le fait que son positionnement est problématique. Le nouveau SG s’est empressé d’annoncer, après son élection, qu’il voulait des relations normales avec tous les partis, ce qui inclut le PJD, alors que le PAM a été mis sur pied contre le PJD. C’est son acte de naissance.

Abdellatif Ouahbi ne s’est pas arrêté là, puisqu’il s’est rapproché davantage avec le PJD avec lequel il a conclu un accord de participation. Ouahbi a donné des gages à El Othmani pour être avec lui au gouvernement. Lequel El Othmani a donné le même gage, assurant que s’il était appelé à former le gouvernement, il imposerait le PAM. Or, les choses ont viré autrement, avec la victoire du RNI. Et le PAM a des contentieux très vifs avec le RNI. Il a fait campagne contre le parti et a été très sévère avec son président Aziz Akhannouch. Et cela laisse, de toute évidence, des traces.

Dernier point qu’il faut signaler, c’est l’offre politique du PAM. Le marché de l’offre politique me paraît occupé : un parti conservateur réformiste, l’Istiqlal ; un parti progressiste, l’USFP ; et un parti social-démocrate, le RNI. Avec éventuellement un parti centriste, le MP. Il est difficile pour le PAM d’avoir une visibilité, une place, dans ce marché.

Autre point : faire rentrer le PAM qui a 86 députés poserait des problèmes de répartition des portefeuilles. Plus il y a de composantes dans la majorité et moins il y a de portefeuilles pour les autres. Je ne suis pas sûr que le RNI ait très envie de réduire l’importance des départements qu’il compte prendre en main. L’Istiqlal est très attaché aussi à avoir des départements importants. Donc, l’arithmétique pénalise le PAM, outre le contentieux avec Akhannouch.

-Le PAM n’a rien à apporter au gouvernement selon vous ?

-La vraie question, c’est quelle est la fonction actuelle du PAM. Quel programme spécifique il a ? L’offre partisane est chargée dans le marché, et est occupée principalement par le RNI et l’Istiqlal. Quel est la fonction d’un parti comme le PAM dans ce paysage ? La fonction qui lui a été assignée lors de sa création est devenue obsolète. Elle est assurée désormais par le RNI qui a réussi à marginaliser, à battre le PJD. Le PAM n’est plus ce qu’il est. J’ai des doutes sur son utilité au gouvernement dans le contexte actuel.

Il est dans l’opposition depuis deux législatures, il peut donc continuer dans l’opposition. Sauf que dans ces conditions, il lui sera difficile de tenir la route jusqu’en 2026. Les cadres, candidats et militants PAM sont entrés à ces élections dans une vocation de participation gouvernementale annoncée, et peut-être même programmée. Il est difficile de les convaincre d’attendre 2026.

-Dans l’opposition, le PAM risque-t-il de s’affaiblir ?

-Il faut beaucoup de ferveur militante à ses élus pour attendre 2026 et espérer être dans le gouvernement.

-Le scénario RNI-PAM-Istiqlal-USFP est donc inenvisageable pour vous ?

-Je ne retiens pas ce scénario. Je peux, cela dit, me tromper. Mais cette formule qui rejette dans l’opposition le MP et l’UC qui ont été solidaires du RNI et qui l’ont soutenu aura un coût politique. Akhannouch aura du mal à expliquer au MP et à l’UC qu’il prendra le PAM qui était dans l’opposition, qui l’a attaqué frontalement durant la campagne, et les exclure eux qui l’ont soutenu.

-Certains analystes et éditorialistes pensent que cette formule posera un risque pour la stabilité du gouvernement au cas où le PAM et l’Istiqlal font bloc contre Aziz Akhannouch au sein du gouvernement. Et que cela plaide pour la non-participation du PAM. Partagez-vous cette analyse ?

-Non. Je vois mal qu’une convergence entre le PAM et l’Istiqlal puisse avoir lieu. S’ils entrent tous les deux au gouvernement, ils se battront sur les départements clés. Et au-delà de cela, il n’y aura pas à mon avis de bloc Istiqlal-PAM contre le RNI. L’Istiqlal sera un partenaire loyal au RNI et ne se prêtera pas à ce jeu. L’Istiqlal ne veut pas affaiblir le RNI ni Akhannouch. Il veut être partie prenante d’une nouvelle politique au sein du gouvernement.

-Parlons du format du gouvernement. Pensez-vous que Aziz Akhannouch pourra former un gouvernement serré, avec le minimum de portefeuilles, ou va-t-il reproduire la même architecture des gouvernements d’avant qui connaissaient une inflation de départements ?

-Le gouvernement El Othmani sort avec 23 départements. Je pense qu’Akhannouch travaille sur un gouvernement plus réduit, plus ramassé, un gouvernement d’une petite vingtaine de départements. Un gouvernement en tout cas dont le nombre de portefeuilles ne sera pas supérieur à celui d’El Othamni. Le contraire serait un mauvais signe pour l’opinion publique.

Et dans ce format recentré, il ne faut pas oublier qu’il y a au moins 5 départements régaliens (Affaires Etrangères, Intérieur, Habous et Affaires Islamiques, Défense et le SGG), et qu’il ne restera que 15 départements à répartir entre les partis de l’alliance gouvernementale. C’est une donnée qui ne plaide pas pour l’élargissement de la majorité.

Dans ces 15 départements, le RNI en voudra au mois 5 ou 6, l’Istiqlal en voudra 4 ou 5. Un ou deux postes iront au MP, idem pour l’USFP. La contrainte d’un format réduit du gouvernement ne pousse pas à l’adjonction du PAM dans ce gouvernement.

Je pense que l’option privilégiée est celle d’un cabinet recentré autour d’une petite vingtaine de ministères

-Certains analystes et sources partisanes disent qu’un format réduit n’est pas forcément une bonne solution pour l’efficacité de l’action gouvernementale. Leur argument : mettre plusieurs départements entre les mains d’un seul ministre réduit son efficacité au vu des expériences passées. Qu’en pensez-vous ?

-A cet argument, je répondrai par des contre arguments. Le premier, c’est que Akhannouch ne voudra pas avoir un cabinet avec un nombre de ministres supérieur à celui d’El Othmani. El Othamni sort avec 23 départements, je doute que Akhannouch sortira demain avec 30 ou 35 ministères.

Deuxième contre argument : Akhannouch voudra montrer que quelque chose a changé dans la gouvernance, et donc dans le format du gouvernement. Je pense qu’il organisera son exécutif autour de pôles : un pôle social, un pôle économique…

Quant à la difficulté de gérer des pôles avec plusieurs départements, tout dépend des compétences et des profils qui seront choisis pour les diriger.

Ceux qui avancent ce genre d’analyses le font à dessein, parce qu’ils nourrissent l’espoir d’avoir le plus de postes possibles. Mais je ne pense pas qu’on va revenir à l’expérience du premier cabinet El Othmani où il y avait 39 ministres, avant que les secrétariats d’Etat, les ministères délégués soient supprimés dans la foulée du remaniement ministériel qui a eu lieu à mi-mandat. Ces postes ne servaient à rien.

Je pense que l’option privilégiée est celle d’un cabinet recentré autour d’une petite vingtaine de ministères, articulée autour de grands pôles.

-Le RNI a annoncé que les négociations se feront sur la base du programme de son parti. Ne considérez-vous pas que c’est une position qui peut compliquer les négociations, sachant que l’Istiqlal par exemple a aussi un programme bien fait et qu’il voudra lui aussi placer quelques orientations et promesses faites à ses électeurs ?

-Je pense que c’est une annonce tactique de Aziz Akhannouch, une base de négociation affichée par le Chef du gouvernement pour montrer dans quel sens il compte aller. Mais je ne pense pas qu’il y ait des incompatibilités majeures entre le programme du RNI, de l’Istiqlal, l’USFP ou encore le PAM ou le MP.

Il y a un tronc commun sur lequel ils vont converger : les réformes, la relance économique, la croissance, une politique de l’emploi, le social, la santé, l’éducation, l’habitat… Je ne pense pas qu’il y aura trop de difficultés à trouver des convergences pour construire la politique publique que mènera le prochain gouvernement.

Ce qui est sûr, c’est que le RNI voudra avoir la haute main sur le périmètre économique et financier.

-Dans la répartition des portefeuilles, il y a une donnée qui change cette année et qui risque de rendre également les négociations compliquées : l’importance stratégique que prennent désormais les départements de l’éducation et de la santé, devenus une priorité nationale et qui seront dotés de budgets plus conséquents. Ces départements, les partis les fuyaient avant comme la peste, ce qui ne sera pas le cas aujourd’hui. Le RNI affiche clairement son ambition de les gérer, l’Istiqlal voudra aussi avoir la main dessus, l’USFP également… Pensez-vous qu’il y aura une bataille acharnée autour de ces maroquins ?

-Le point focal des consultations sera la délimitation des périmètres respectifs du RNI et de l’Istiqlal. Il y a deux grands périmètres qui vont faire l’objet de discussions serrées : l’économique (Economie et Finances, Commerce et Industrie, Travaux publics…) et le social (Education, santé, habitat, emploi…).

Pour l’éducation, ça va relever d’une comptabilité particulière, parce que c’est un chantier royal, avec une vision déjà mise en place. Quel que soit le titulaire de ce ministère, il y a un cahier des charges qui a été défini jusqu’en 2030.

Ce qui est sûr, c’est que le RNI voudra avoir la haute main sur le périmètre économique et financier.

-Mais l’Istiqlal voudra aussi avoir des positions dans ce périmètre, et il a les compétences pour cela…

-Mais le RNI est avantagé par le fait que les grandes mesures de relance économique ont été le fait de ses ministres, Mohamed Benchaaboun qui a dirigé le CVE, et Moulay Hafid Elalamy à l’Industrie. Le RNI voudra une continuité dans la mise en œuvre de la stratégie de relance économique. Le RNI convoite aussi le périmètre social, l’éducation et la santé notamment.

La difficulté pour l’Istiqlal sera d’accepter que le périmètre économique et financier soit donné au RNI. Il faudra trouver une transaction pour que le RNI ait une partie du pôle économique et financier. Et on pourra, pour le social, inclure l’USFP qui a un référentiel socialiste, et partager les départements de ce pôle entre l’Istiqlal et le RNI. Il y aura un package qui sera arrêté…

Mais le RNI voudra avoir la haute main sur le périmètre économique quitte à confier une partie de ce périmètre, comme le département du Commerce et de l’Industrie, à l’Istiqlal. Et acceptera de partager le périmètre social entre les différentes composantes du gouvernement.

-Les négociations sur les maroquins seront donc rudes ?

-Oui, mais ça va aller vite. Le RNI et l’Istiqlal sont désireux d’arriver à un arrangement transactionnel qui leur permettra de donner la mesure de ce qu’ils ont proposé aux électeurs. Et je crois qu’il y aura une convergence sur le plan économique, financier et social entre ces deux grands partis de la future coalition gouvernementale.

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