Éducation : près de 200.000 élèves ont basculé vers le public depuis 2019

C’est le chiffre affiché par le ministère de l’Éducation nationale dans son bilan 2017-2021. Une évolution due à la crise du Covid, mais pas seulement, puisque la tendance de l’accélération des effectifs dans le public, par rapport au privé a démarré dès la rentrée 2017-2018.

Éducation : près de 200.000 élèves ont basculé vers le public depuis 2019

Le 28 septembre 2021 à 17h45

Modifié 28 septembre 2021 à 20h28

C’est le chiffre affiché par le ministère de l’Éducation nationale dans son bilan 2017-2021. Une évolution due à la crise du Covid, mais pas seulement, puisque la tendance de l’accélération des effectifs dans le public, par rapport au privé a démarré dès la rentrée 2017-2018.

L’accélération du nombre des effectifs des élèves dans le public est la tendance la plus saillante qui se dégage du bilan du ministère de l’Éducation nationale, sur les cinq dernières années.

Si la part du privé dans les effectifs globaux des élèves est restée stagnante autour d’une offre de 13%-14% lors de la dernière rentrée scolaire, soit son même niveau de 2017-2018, les effectifs dans l’école public ont connu un grand bond. Que ce soit dans le primaire, le secondaire collégial ou le secondaire qualifiant (Lycée).

L’école publique compte aujourd’hui un effectif de près de 6,5 millions d’élèves, soit 600.000 de plus qu’en 2017 (+8,5%). Au-delà de l’effet de basculement des deux dernières années, lié à la crise du Covid-19, cette tendance a commencé dès 2017 selon les chiffres du ministère.

Au primaire, les effectifs sont ainsi passés de 3,5 à 3,8 millions d’élèves entre 2016-2017 et la rentrée 2020-2021, soit une évolution de 8,5% (+300.000 élèves). Même tendance au collège où les effectifs sont passés de 1,5 à 1,6 million (+100.000 élèves), progressant de 6,6% sur les cinq dernières années. Au lycée, la tendance est encore plus marquée, avec une évolution de 15,3%, les effectifs ayant dépassé le million contre 919.472 élèves il y a cinq ans.

A noter ici que le gros des effectifs de l’école publique est dans le primaire, avec une part de 59%.

Le public de plus en plus attractif

Des chiffres qui montrent un plus grand attrait de l’école publique, surtout dans le primaire et ce, malgré l’augmentation de l’offre privée marquée par la progression du nombre d’établissements scolaires, qui sont passés de 2 929 à 3.636 écoles durant la même période. Une augmentation de l’offre qui contraste avec la part des élèves du primaire dans le privé, qui a baissé de 16,7 à 16,2% du total des effectifs nationaux.

Ces réalisations du système public s’expliquent par deux éléments : le premier est quantitatif, le second est qualitatif.

Sur le plan quantitatif, le bilan du ministère démontre l’important travail fourni pour ériger de nouvelles structures et en réhabiliter d’autres, notamment dans le rural.

Ainsi, 639 nouveaux établissements ont été construits sur les cinq dernières années, 8.148 établissements ont été réhabilités, et 10.385 classes préfabriquées remplacées en dur (à raison de 150.000 dirhams de coût par classe).

Un effort mené malgré les petites marges budgétaires dont dispose le département de l’éducation nationale, comme le relevait le ministre Saïd Amzazi, le 5 décembre 2020, à l’occasion d’une conférence autour du financement du système éducatif organisée par la Trésorerie générale du Royaume :

« 89% du budget alloué par l’État sont consacrés à la masse salariale, ce qui ne laisse au ministère que 11 % de ce qu’il reçoit pour gérer tout ce qui est chantier pédagogique, accès à la scolarisation (construction, réhabilitation), équipement, digitalisation, formation des enseignants et une partie de l’appui social destiné aux enfants issus de familles à revenus modestes. La réalité du terrain est donc là : le ministère ne dispose que de très peu de disponibilités et de flexibilité financières pour réformer et innover », notait Saïd Amzazi, qui avait remplacé, en janvier 2018, Mohamed Hassad à la tête de ce département stratégique.

Les langues étrangères, le nouvel atout de l’école publique

Cette attractivité du système public est due également aux évolutions qualitatives du système éducatif. Les langues étrangères, indicateur clé de l’attractivité de l’école, sont un des déterminants de cette nouvelle donne.

En matière de langues étrangères, il a été procédé à la généralisation de l’enseignement de la langue française dès la 1re année du primaire, avec un renforcement progressif de l’enveloppe horaire consacrée à la langue française en 2e année.

Partant en 2016 d’un total de 1,5 heure hebdomadaires consacrée au français, on atteint, en 2020-2021, 9,5 heures hebdomadaires pour ces classes.

Autre donnée notable : l’alternance linguistique préconisée par la loi cadre 51-17, promulguée en août 2019, est devenue désormais effective, notamment pour les mathématiques et les activités scientifiques en 5e et 6e années du primaire.

Même démarche au collège où, en plus du renforcement du français et de l’alternance linguistique, il a été procédé à l’intégration de l’enseignement de la langue anglaise à hauteur de 60% en 3e année. L’objectif visé est sa généralisation à tous les niveaux du collège d’ici 2023/2024.

Un effort qui s’est accompagné par le recrutement de 1.000 enseignants d’anglais.

Au collège comme au lycée, l’expérience des filières internationales a connu également un succès indéniable, avec une augmentation des effectifs de plus de 1.200% !

En 2016-2017, le nombre d’élèves inscrits dans cette filière au collège était d’à peine 84.937. Il est passé, lors de cette dernière rentrée, à plus de 1,1 million d’élèves, suivant en cela l’augmentation du nombre d’établissements hébergeant cette filière ; ce dernier est passé de 660 à 3.690 durant la même période.

Idem au lycée : les effectifs des filières internationales sont passés de 54.647 à 467.002 élèves, répartis sur 1.870 établissements, contre à peine 601 établissements en 2016-2017.

Le résultat de cette amélioration ne s’est pas fait attendre. Au baccalauréat 2021, le taux de réussite pour les filières internationales a atteint 89,5% (contre un taux national de 81,8%).

Plus parlant encore : les dix premières moyennes à l’échelle nationale en session normale sont celles de bacheliers inscrits en filières internationales, option française, selon les données du ministère.

Pas surprenant que dès l’éclatement de la crise du Covid-19, plusieurs familles marocaines décident de basculer vers le public. En 2019-2020, on en comptait 52.000 élèves. Avec une accélération lors de cette dernière rentrée avec la migration de 140.000 élèves…

Préscolaire : une révolution en marche

Ces efforts quantitatifs et qualitatifs fournis dans le primaire et le secondaire ont été également déployés, et de manière encore plus marquée, dans le préscolaire, identifié comme la clé du succès dans le parcours scolaire.

En 2017, ce cycle, qui cible des enfants de 4 à 5 ans, comptait quelque 699.265 élèves, soit un taux de scolarisation de 45,3%. Le nombre d’éducateurs et d’éducatrices dans ce cycle était de 36.903 personnes, répartis dans 37 298 classes, avec une prédominance du préscolaire traditionnelle qui représentait 63% du système.

Ceci pour l’état des lieux de 2017, avant le lancement en juillet 2018 par le Roi du « Programme national de généralisation et de développement du préscolaire ».

Un programme qui a donné un coup d’accélérateur à ce cycle et a chamboulé sa structure, comme le montrent les chiffres fournis par le ministère de l’Éducation nationale.

De 2018 à aujourd’hui, 13.594 nouvelles classes ont été érigées un peu partout dans le Royaume, avec la formation d’une moyenne de 15.000 éducateurs et éducatrices par an.

Résultat des courses : le préscolaire, qui était dominé en 2017 par le traditionnel (63%) et le privé (24%), contre seulement une part de 13% pour le public, a vu sa structure complètement renversée. La part du public atteint désormais 33%, contre 20% pour le privé, 10% pour de nouvelles institutions partenaires de l’État (INDH, collectivités territoriales, associations de la société civile…), et 37% seulement pour le traditionnel qui a fondu comme neige au soleil, en attendant sa réhabilitation complète, comme affiché dans les objectifs de la stratégie royale.

Une stratégie à horizon 2027 qui se donne pour objectif : la généralisation de la scolarisation des 4-5 ans, l’intégration du préscolaire dans l’enseignement obligatoire, l’amélioration de sa qualité, une discrimination positive au profit des milieux rural et péri-urbain, la réhabilitation progressive du circuit traditionnel et l’intégration de la tranche d’âge des 3 ans après la généralisation des 4-5 ans.

Le gouvernement, qui affichait un objectif de taux de scolarisation de 67% en 2021-2022, l’a même dépassé, affichant, dès la rentrée 2020-2021, un taux de 72,5%.

Accélération des programmes sociaux

Cette réussite sur tous les plans n’aurait pas été possible sans le soutien social aux familles vulnérables, notamment en milieu rural. Et les indicateurs du ministère montrent qu’un grand effort a été mené sur ce plan justement.

Exemple du programme Tayssir, qui a vu le nombre de ses bénéficiaires exploser de 252,5% entre 2017 et 2021. Leur nombre étant passé de 701.589 à 2,46 millions de bénéficiaires. Le tout avec une discrimination positive pour le milieu rural, puisque 90,7% de ces bénéficiaires en sont issus.

Autre exemple : le programme ‘‘1 Million de Cartables’’ dont le nombre de bénéficiaires a évolué de près de 10%, bénéficiant désormais à 4,47 millions d’élèves, dont plus de 62% dans le milieu rural.

D’autres exemples sont révélateurs de cette intégration rapide des élèves dans le système, comme l’offre de transport scolaire, en particulier dans le milieu rural, qui constitue un outil indéniable de lutte contre l’abandon scolaire.

« Plusieurs actions ont été mises en place par le ministère, afin de permettre l’élargissement du réseau de transport scolaire en fonction des besoins exprimés par les directions provinciales : promotion des partenariats contractuels avec les conseils territoriaux pour l’acquisition des moyens de transport scolaire, encouragement des associations actives dans le domaine pour l’implication effective dans la gestion de ce service sur le plan local… », explique le département de Saïd Amzazi.

Résultat : le nombre de bénéficiaires du transport scolaire a augmenté de 142,6% entre 2017 et aujourd’hui, pour un total de 357.554 élèves, dont 86,6% issus du milieu rural.

Idem pour les internats, un des maillons forts de captation des élèves, notamment les filles, dans le système scolaire. Le bilan du ministère affiche une augmentation des bénéficiaires de 28% en cinq ans (pour un total de 178 380 élèves), dont 64,4% en milieu rural. La part des filles bénéficiant d’une résidence en internat étant passée également de 47% à 53%.

Idem pour les cantines scolaires qui bénéficient actuellement à 1,2 million d’élèves, soit 200 000 de plus qu’en 2017. Plus de 94% des bénéficiaires sont encore une fois issus du milieu rural, avec une discrimination positive pour les filles, dont la part est passée de 48,5% à 51,7%.

Ce bilan constitue une base solide pour la réalisation des objectifs du nouveau modèle de développement qui, tout en s’appuyant sur la Loi-cadre tracée pour les dix années à venir, prône également une nouvelle approche faisant de l’éducation le fer de lance du développement du pays. Une approche que le prochain gouvernement mettra fort probablement dans ses plaquettes pour réussir ce nouveau chantier stratégique et décisif pour le pays.

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