Interconnexion électrique Maroc-UK : les éclairages de Simon Morrish, fondateur et PDG de Xlinks

Xlinks est la société britannique qui porte le projet d'interconnexion électrique sous-marine entre le sud du Maroc et le Royaume-Uni. Dans cette interview accordée à Médias24, le dirigeantde Xlinks revient sur la genèse du projet, son état d'avancement ainsi que la levée de fonds pour mobiliser les 22 milliards de dollars nécessaires à sa réalisation.

Interconnexion électrique Maroc-UK : les éclairages de Simon Morrish, fondateur et PDG de Xlinks

Le 28 septembre 2021 à 21h30

Modifié 29 septembre 2021 à 8h40

Xlinks est la société britannique qui porte le projet d'interconnexion électrique sous-marine entre le sud du Maroc et le Royaume-Uni. Dans cette interview accordée à Médias24, le dirigeantde Xlinks revient sur la genèse du projet, son état d'avancement ainsi que la levée de fonds pour mobiliser les 22 milliards de dollars nécessaires à sa réalisation.

C’est un projet dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est audacieux. Il est même pharaonique de par le montant d’investissement que nécessite sa réalisation : 21,9 milliards de dollars, l’équivalent de 197 milliards de DH.

L’objectif de Xlinks, une société basée à Londres, est de relier directement un site de production d’énergie renouvelable au sud du Maroc au réseau électrique britannique, via 4 câbles sous-marins de 3.800 km de long chacun.

Le montant d’investissement en jeu, les défis techniques et technologiques à relever peuvent faire douter de sa faisabilité.

Néanmoins, le conseil d’administration de cette entreprise, ainsi que son équipe dirigeante, rassemblant plusieurs compétences, dont certaines marocaines, attestent en faveur du sérieux du projet.

Comme nous l’expliquions dans un précédent article,  Sir Dave Lewis, l’ancien PDG de Tesco, grande multinationale britannique opérant dans la grande distribution, qu’il a quittée en 2020 est le président exécutif de Xlinks.

Paddy Padmanathan, le PDG de ACWA Power, important acteur dans le secteur des énergies renouvelables, notamment au Maroc, est le vice-président de Xlinks.

Simon Morrish, le fondateur et PDG de Xlinks a accepté de répondre aux questions de Médias24 sur ce projet et notamment de nous éclairer sur l’état d’avancement du projet ainsi que ses prochaines étapes.

Médias24. Comment est venue l’idée de l’interconnexion entre le Maroc et UK ? Quelle est la genèse du projet ?

Simon Morrish. L’idée n’est pas nouvelle. Sa concrétisation, en ce timing, est due au contexte économique lié à la baisse importante du prix du solaire photovoltaïque et au recours croissant aux câbles HVDC pour transporter l’électricité sur de longues distances.

Lorsque j’ai réalisé que le prix du PV avait considérablement baissé, je me suis demandé quel était le moyen le plus efficace de le faire parvenir au Royaume-Uni et j’ai réalisé que des câbles HVDC de plus de 3.000 km avaient déjà été construits en Chine.

Le Maroc s’est ensuite, naturellement, imposé pour la mise en œuvre d’un tel projet pour plusieurs raisons. Le Royaume est un leader mondial et un précurseur, dans le développement de projets à grande échelle et a créé, depuis de nombreuses années, un environnement attrayant pour les investissements dans les énergies renouvelables.

L’industrie marocaine est également très compétitive et possède l’expertise requise pour de tels projets. De plus, le profil de production solaire au Maroc correspond plus étroitement aux besoins en électricité au Royaume-Uni.

A partir de ce moment, il suffisait d’examiner les différents aspects économiques, liés au projet pour s’assurer que le modèle global pouvait être équilibré et il s’avère que c’est le cas.

– Le projet est à quel stade d’avancement actuellement ?

-Après avoir finalisé toutes les évaluations initiales pour l’ensemble des composantes du projet, dont les résultats ont été très satisfaisants, nous avons démarré les études et conceptions détaillées pour la production et le transport d’électricité.

Nous travaillons également  en parallèle, sur les processus liés à l’obtention des autorisations requises pour la production, le tracé du câble offshore et la distribution.

Nous nous consacrons également à identifier des domaines d’actions pour la maximisation de la valeur et des bénéfices pour les régions où le projet sera mis en œuvre.

Nous souhaitons contribuer activement à la création d’opportunités pour les populations locales, tant au Maroc qu’au Royaume-Uni.

Nous visons un bouclage financier et le démarrage de la construction d’ici fin 2023.

– Quelles sont les prochaines étapes?

-Nous allons bientôt commencer la sélection des différents partenaires et fournisseurs. Au cours de ce processus, nous allons nous concentrer sur l’augmentation de la valeur ajoutée locale et du taux d’intégration locale, en impliquant autant d’entreprises marocaines que possible et en incitant les fournisseurs internationaux à investir et à s’approvisionner localement.

Notre objectif est de faire partie de l’écosystème local des énergies renouvelables, déjà, performant et d’apporter des opportunités supplémentaires et durables.

Les premiers retours sont très encourageants. Nous visons un bouclage financier et le démarrage de la construction d’ici fin 2023.

– Le montant d’investissement est estimé à près de 22 milliards de dollars. Avez-vous entamé la levée de fonds ? Comment se déroulera cette phase ? Les pays/gouvernements seront-ils appelés à contribuer dans le financement du projet ?

-Les fonds nécessaires au financement de la phase de développement sont entièrement sécurisés. Le financement de la construction nécessitera plusieurs étapes de discussion, avec les investisseurs et sera mené en parallèle des autres volets du projet.

Le marché a montré beaucoup d’intérêt pour le projet et nous avons déjà reçu des manifestations d’intérêt de plusieurs institutions financières, pour des contributions en dette et en fonds propres (banques commerciales, financement export, fonds de pension…) supérieures au montant total requis.

Il convient de mentionner que le projet n’aura besoin d’aucune subvention du gouvernement et c’est un autre avantage incontestable dont il dispose.

– Vous évoquez sur le site de Xlinks, un accord avec National Grid. De quoi s’agit-il exactement ? D’autres accords ou autorisations au niveau du Royaume-Uni sont-ils attendus ?

-Nous avons sécurisé deux connexions au réseau à Alverdiscott dans le Devon pour 1,8 GW chacune. C’est la seule autorisation dont nous avons besoin maintenant du gouvernement britannique pour le projet.

Nous sommes également en négociations avec le gouvernement britannique, pour nous accorder un contrat pour différence (CfD) afin de sécuriser un prix de référence de 48 £/MWh.

Il s’agit d’un mécanisme dont bénéficient d’autres projets renouvelables et nucléaires. Toute la législation nécessaire est en place pour cela et nous avançons sur ce volet, en parallèle des autres axes de travail.

– Pouvez-vous nous expliquer les choix technologiques pris au niveau de la production de l’énergie renouvelable, avec un système de stockage et du transport par câble HVDC ?

-Un des moyens d’assurer un approvisionnement électrique continu et fiable, à partir d’énergies renouvelables, est de combiner plusieurs technologies qui pourraient produire de l’électricité, à différents moments de la journée (nuit et jour), c’est pourquoi nous combinons le solaire et l’éolien pour ce projet.

Le stockage avec batterie permettra d’optimiser et d’équilibrer les intermittences résultant des deux technologies. Avec cette combinaison, nous atteignons une disponibilité de 85 % qui est comparable, voire supérieure, aux technologies conventionnelles non renouvelables.

Le HVDC est, quant à lui, la solution la plus appropriée pour le transport d’électricité sur de longues distances, car il permet de minimiser les pertes et permet donc de transférer de l’électricité fiable au Royaume Uni, à un coût optimal.

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