Analyse. Les résultats des élections vus par David Goeury

Après la publication des résultats détaillés des élections du 8 septembre, le géographe nous livre une lecture à chaud des tendances saillantes, en attendant une étude plus approfondie des données. Celle-ci donnera une image globale des changements dans la carte politique et les dynamiques de vote. Interview.

Elections 2021 (AIC Press)

Analyse. Les résultats des élections vus par David Goeury

Le 30 septembre 2021 à 14h41

Modifié 30 septembre 2021 à 19h54

Après la publication des résultats détaillés des élections du 8 septembre, le géographe nous livre une lecture à chaud des tendances saillantes, en attendant une étude plus approfondie des données. Celle-ci donnera une image globale des changements dans la carte politique et les dynamiques de vote. Interview.

Vingt jours après la tenue des élections communales, régionales et législatives, les données et résultats détaillés de ce triple scrutin, organisé en une seule journée, sont désormais disponibles.

Une quantité de données que Médias24 met à la disposition de ses lecteurs dans ce moteur de recherche, et que nous avons essayé d’interpréter avec David Goeury, un des meilleurs spécialistes de l’analyse de la Data politique au Maroc (cliquer ci-dessous pour accéder au moteur de recherche).

Géographe, membre du think thank Tafra et chercheur au Laboratoire Médiations de Sorbonne Université, notre expert reconnaît qu’il est trop tôt pour extraire des analyses fouillées de ces données astronomiques, qui demandent du temps pour être étudiées et « moulinées » dans des modèles statistiques… Il nous livre toutefois une première lecture des grandes tendances qui se dégagent de ces données.

Médias24 : Les données du dernier scrutin sont aujourd’hui disponibles dans les détails. Quelles sont les tendances lourdes, les grandes saillies que ces données révèlent, tant au niveau local que national ?

David Goeury. L’étude des données demande du temps pour pouvoir dégager des conclusions globales, à travers un traitement qui permet de faire des régressions statistiques.

Mais quand on voit tous ces chiffres, la première chose qui saute aux yeux, c’est le très fort clivage entre le Maroc urbain des grandes métropoles et le Maroc rural.

Les taux de participation dans les grandes agglomérations sont très faibles. Il est inférieur à 30% dans 23 circonscriptions urbaines dont les arrondissements de Casablanca, de Fès, de Salé Médina mais aussi à Oujda.Ils ont même baissé dans certaines circonscriptions par rapport à 2016, sachant que les taux de participation dans les grandes agglomérations étaient déjà très faibles en 2015 et en 2016. Les voix exprimés pour des partis ont fortement baissés à titre d’exemple elles sont passées de 77.427 en 2016 à 61.207 en 2021, de 63.979 à 47.660 à Fès Nord ou encre de 48.135 à 30.900 à Aïn Chock et de 66.997 à 39.501 à Casablanca Anfa.

Forte abstention de l’électorat PJD qui n’est pas allé voter pour un autre parti

– Comment s’explique ce phénomène selon vous ?

-En fait, on a des citoyens urbains des grandes métropoles qui s’intéressent très peu aux élections locales. Les présidents de communes sont très critiqués, notamment dans des villes comme Casablanca ou Rabat. Il y aussi le faible taux d’inscription des électeurs urbains dans les listes électorales, qui exprime un désintérêt pour le vote. C’est une situation que l’on connait.

Ce qui a aggravé les choses cette année, quand nous analysons les données, c’est la forte abstention de l’électorat PJD qui a été derrière l’effondrement du parti dans les élections. Et cet électorat PJD n’est pas allé voter pour un autre parti.

– Certains prédisaient que le vote PJD allait être converti en vote pour l’Istiqlal qui incarne pratiquement les mêmes valeurs conservatrices que le parti islamiste. Cette conversion ne s’est donc pas faite…

-On a eu en fait deux situations. Au sein du PJD, il y a d’abord des électeurs qui ont voté PJD en 2015 et en 2016, et qui ont voté pour un autre parti en 2021, pas forcément pour l’Istiqlal. Mais ces personnes-là n’étaient pas le cœur militant du PJD, c’étaient plutôt des profils de citoyens urbains qui voulaient du changement et qui ont voté pour le PJD en 2016 car il incarnait le changement. Ces gens ont été très déçus par le PJD et ont voté surtout pour le RNI, parce qu’ils ont été convaincus par son programme, qui était chiffré et diffusé largement via les réseaux sociaux avant même le début de la campagne. Mais ce profil d’électeur est très minoritaire.

Ensuite, il y a eu des électeurs du PJD qui se sont carrément abstenus, ne se sont pas déplacés pour voter, ni pour le PJD ni pour un autre parti.

Les chiffres le montrent clairement : sur certaines circonscriptions urbaines, on compte en 2021 à peine plus de votants que le nombre de voix qu’avait récoltées PJD tout seul en 2015 et en 2016 comme à Hay Hassani où seulement 27.361 électeurs se sont exprimés pour un parti en 2021 alors que le PJD seul avait recueilli 23.104 électeurs en 2016.

– On dit que le MUR, matrice idéologique du PJD, a été derrière cette abstention, car il n’a pas appelé à voter PJD. Partagez-vous cette analyse ?

-J’ai eu en effet des échos par rapport à cela. Mais il n’y a pas seulement cet effet MUR.

Dans le cours de la campagne, quand le PJD a vu qu’il était en train de perdre en présence, en influence, les militants qui voyaient la défaite venir se sont retrouvés devant deux choix :  voter PJD pour limiter la casse et conserver un groupe parlementaire, ou laisser le parti s’effondrer.

L’arbitrage des militants PJD a été d’opter pour le deuxième choix pour une raison très simple et que les chiffres reflètent également. Ils sont partis du fait que si le PJD gardait une position au Parlement, avec un groupe parlementaire, il allait fort probablement être forcé d’intégrer la coalition gouvernementale. Ils ont eu peur de connaître la même destinée que l’USFP. Ils ont donc provoqué la débâcle parce qu’ils ont considéré qu’un effondrement servait mieux les intérêts du parti à long terme, qui serait à ce moment-là en situation d’opposition et de reconstruction.

Le résultat d’El Othmani dans sa circonscription à Rabat est un exemple qui illustre bien cette dynamique. El Othmani incarnait une situation de potentiel compromis. Or, en 2016, le PJD avait recueilli 29.910 voix sur 67.534 mais en 2021, il ne recueille que 4.028 sur 47.753. Le PJD perd plus de 25.000 voix alors que les suffrages ont baissé de près de 20.000. En faisant ce choix de ne pas voter PJD, les militants du parti ont mis fin à toute possibilité de compromis et ont poussé le parti vers l’opposition. Et c’est ce qui s’est passé après l’annonce des résultats, puisque personne n’a eu le début de l’idée d’essayer de négocier une position au gouvernement.

Cette situation que les chiffres montrent bien nous a été aussi confirmée par des figures militantes du PJD, dont certains ont des fonctions importantes au sein du parti, qui ne se sont pas déplacés pour voter.

C’est un premier élément qui explique cette forte abstention et le faible taux de participation dans les villes.

– Y a-t-il d’autres éléments qui expliquent cette très faible participation dans les villes ?

-Oui, c’est l’effet de la scission de la FGD qui a un électorat essentiellement urbain. Cette scission FGD-PSU, avec deux candidatures d’un même camp, a premièrement empêché la FGD et le PSU de faire campagne. Ils n’ont pas en effet pu faire la même campagne en amont comme en 2015, laquelle campagne avait préparé celle de 2016. Et ils ont ensuite complètement désorienté leur électorat urbain, surtout le nouvel électorat de gauche, qu’ils avaient réussi à séduire en 2015 et en 2016.

Les résultats le montrent très bien : en 2016, la FGD a été devant l’USFP dans toutes les agglomérations urbaines. Ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Ils ont subi un effondrement électroal, car ils n’ont pas pu mobiliser leur électorat urbain, ce qui explique aussi la faible participation enregistrée dans les villes. A titre d’exemple à Rabat Océan, en 2016, la FGD avait obtenu 8.387 voix contre 1.160 pour le PSU et 2.650 pour l’AFG en 2021. L’USFP qui n’avait reçu que 1.069 voix a en revanche progressé à 2.446. A Rabat Chellah, en 2016, la FGD devançait l’USPF avec 3.558 voix contre 1.699; en 2021 le rapport de force s’est inversé AFG a obtenu 1067 voix, le PSU 578, loin derrière l’USFP avec ces 5.934 voix.

Pour résumer, il y avait en 2016 deux partis qui avaient la même géographie électorale : le PJD et la FGD. Ces deux partis avaient un électorat massivement urbain, concentré dans les grandes agglomérations. Avec les mauvaises campagnes que les deux formations ont mené, l’essoufflement du PJD, son mauvais bilan local et la scission de la FGD, ont conduit à une forte abstention dans les villes. Ce qui a donné des situations assez surprenantes dans certaines circonscriptions où l’ensemble des partis ont à peine dépassé le score du PJD et de la FGD réunis en nombre de votes en 2016. A Casablanca Anfa, le nombre de vote valides en 2021 est de 39501 alors que PJD et FGD avaient mobilisé à eux seuls 38 713 électeurs en 2016 (31.026+7.697 ).

– Ce que vous dites montre que les autres partis n’ont pas su bénéficier de cet effondrement du PJD et de la FGD et récupérer leur électorat urbain…

-Le RNI a profité de cet effet, puisqu’il a progressé sur l’électorat urbain. Mais pas à la hauteur du PJD, exception faite de Agadir.

Le RNI a mobilisé 50.829 électeurs en 2021 soit bien plus que le PJD en 2016 qui n’avait mobilisé que 37.221 électeurs. En revanche à Casablanca, si le RNI est passé de 32.825 électeurs en 2016 à 92 263 en 2021, il reste très loin derrière les 201.551 voix du PJD en 2016.

Le RNI a réussi en fait à étendre son audience auprès d’une catégorie urbaine par les réseaux sociaux, mais cette catégorie est très particulière : ce sont des jeunes, hommes et femmes, plutôt diplômés qui croient en les valeurs de l’entreprenariat et qui étaient sensibles au programme du parti.

Les urbains qui ont voté pour le RNI sont généralement des gens qui n’avaient pas voté avant. Mais c’est une toute petite minorité.

Le plus marquant, c’est que pour mobiliser cette minorité, il a fallu pour le RNI de faire un effort phénoménal et dépenser de grands moyens pour les toucher. Le RNI a dépensé énormément en publicité ciblée sur les réseaux sociaux pour arriver à convaincre cette minorité. Pour le RNI c’est certes un succès. Mais si on prend l’effort fourni, la campagne 100 jours, 100 villes, la publicité ciblée sur les réseaux sociaux, le RNI a fait une dépense extrêmement importante pour un résultat finalement assez maigre.

Cela apparaît bien sûr comme un succès parce que les autres partis des militants qui mobilisent les urbains n’ont pas fait campagne. La victoire du RNI dans les villes est donc relative. Il est arrivé premier parce que les autres ont fait une mauvaise campagne. C’est un autre enseignement que l’on tire des données. Mais il faut un travail encore plus fin pour que l’on puisse analyser ce phénomène de plus près, en regardant les micros données de la progression du RNI en les comparant avec les dépenses sur les réseaux sociaux et les autres programmes qui ont ciblé les villes.

– Parlez-nous du rural. Quelles sont les grandes tendances observées ?

-Dans le rural, il y a eu une très forte mobilisation. Les taux de participation qui étaient déjà élevés en 2015 et 2016 sont encore plus élevés aujourd’hui. Avec une mobilisation qui se fait aussi dans les villes moyennes, à circonscription uninominales. A Tata, les voix valides sont passées de 35.522 en 2016 à 50.400 en 2021. A Taroudant Sud de 107.960 à 150.269.

Ce qui est frappant, c’est l’augmentation du nombre de candidats dans ces circonscriptions uninominales. Auparavant, on avait un certain nombre de circonscriptions où il n’y avait qu’un seul candidat, parce que le représentant du village ou le candidat faisait consensus. Au total, on avait 6% de circonscriptions uninominales où il n’y avait qu’un seul candidat, comme le cas de la circonscription où s’est représenté Ilyas El Omari par exemple dans le rif. Il y en avait plein en 2015 et en 2016. Cette année, nombreuses ces circonscriptions avaient au moins deux candidats.

Je ne peux vous donner le chiffre exact aujourd’hui, car il faut sortir toutes les micros données et compter combien il y a de circonscriptions où il n’y a plus qu’un seul candidat avec un comparatif avec les données de 2015 et 2016.

– Qu’est ce qui a changé cette année pour que les candidats soient aussi nombreux dans ces circonscriptions uninominales ?

-C’est la concomitance entre les élections législatives et communales. Les candidats à la députation voulaient avoir des relais dans tous les villages, et avaient forcément besoin de quelqu’un qui porte leurs couleurs dans le village et dont il finançait la campagne.

Du coup, il y a eu une multiplication des candidats. Le RNI a couvert 80% des circonscriptions, le PAM et l’Istiqlal ont augmenté leur couverture. Ce qui a expliqué d’ailleurs leur réussite.

Il y a eu aussi des situations où il y avait des rivalités très fortes, avec des candidats qui ont mobilisé tous les réseaux possibles jusqu’à aller chercher les électeurs sur leur lieux de travail dans les grandes villes.

Le scrutin s’est tenu un mercredi, et comme il y a beaucoup de jeunes qui sont inscrits dans le village mais qui travaillent dans les villes, les candidats ont organisé des transports collectifs pour les faire voter. Ce qui explique aussi ce taux de participation si élevé, et qui a fortement augmenté entre midi et la fermeture des bureaux de vote.

Il y a des gens qui ont dormi au village, qui y vivent, qui sont allés voter le matin. Et il y a ceux qui sont venus dans la journée pour voter.

Il y a cela dit un petit problème dans les données qui ne permet pas d’avoir une vision d’ensemble des choses. Le ministère de l’Intérieur a utilisé l’ancienne plateforme mise en place en 2015. Ça lui a permis de sortir les résultats très vite et d’assurer une continuité de la donnée. En revanche, cette version comporte un manque de données puisqu’elle ne donne pas le nombre d’inscrits ni le nombre de votes annulés. C’est un peu dommage. C’étaient des données qui étaient pourtant disponibles en 2007 et en 2011. Mais qui ont disparu dès 2015… Cela pose un souci parce que ce serait vraiment intéressant de faire la cartographie du vote annulé.

– En quoi cette donnée du vote annulé peut-elle être pertinente dans l’analyse des résultats électoraux ?

-Dans beaucoup d’entretiens que nous amené sur le terrain, nous avons observé qu’il y a beaucoup d’électeurs qui n’ont pas voté de la même façon pour les deux élections, législatives et communales, ils ont voté blanc par exemple pour une élection, mais ont voté pour un parti à l’autre.

Un électeur, un jeune en milieu rural que j’ai interviewé, a voté par exemple pour son ami pour le douar, mais il a voté blanc pour le national. Comme il y avait deux bulletins, les gens se sont permis de différencier leur vote. Lui n’avait jamais voté, il est inscrit sur la liste, il vote pour son ami de quartier, en revanche, il reste abstentionniste pour la politique nationale, car il ne fait confiance à aucun parti.

Ensuite, il y a la situation contraire d’une jeune femme qui a voté pour le RNI au niveau national pour son programme, mais a a voté blanc au niveau local même s’il y avait un candidat RNI dans sa commune, parce elle a trouvé que les candidats sur la liste RNI n’étaient pas des gens de confiance.

Il y a le cas d’une troisième personne qui a voté pour une petite liste du PMV, car elle a été touché par ces jeunes écologistes, idéalistes, qu’elle voulait soutenir, mais a voté blanc au niveau national.

Il y a des aussi beaucoup de citoyens urbains à Casablanca, notamment dans l’électorat qui avait soutenu la FGD qui a voté blanc. Ils ne voyaient pas pourquoi donner leur voix à des gens qui sont en conflit et qui n’ont pas tenu leur engagement de se regrouper comme annoncé en 2016. Il y a ceux qui étaient perdus et ceux qui étaient déçus de cette scission, le contraire de ce qui était attendu de ce projet commun de gauche. Pour eux, cette scission n’avait aucun sens.

– C’est ce qu’avait anticipé justement l’ancien député FGD Omar Balafrej ; il a préféré se retirer de la politique plutôt que de se présenter à l’électeur sans avoir tenu l’engagement annoncé en 2016…

-Ce sont des gens en effet qui étaient convaincus par une position comme celle de Balafrej. Omar Balafrej avait bien compris que la victoire dans ces quartiers urbains passe par une campagne de proximité qui démarre de manière précoce, très intégrative, avec une discussion sur le projet et un travail continu sur plus d’une année. Ce qui n’a pas été fait par la FGD. Les électeurs qui avaient apprécié cette dynamique de campagne ont été déçus par la situation actuelle.

Mais cette possibilité de voter sur deux listes a permis aux gens de faire une différenciation entre le candidat et le parti. C’est très intéressant. C’est un constat que l’on tire  pour l’instant de l’investigation qualitative, mais qu’il faut mesurer de manière quantitative. Et cela demande un peu de temps et de moyens.

– Pourquoi l’absence du nombre de bulletins annulés pose-t-elle problème?

-Ce n’est pas un problème en tant que tel. De toute manière, un bulletin annulé, ou une abstention, ça traduit quelque chose, notamment le fait que les électeurs ne se retrouvent pas dans l’offre politique.

Quand on n’est pas inscrit, on ne juge même pas de faire la démarche partant du principe que le vote ne sert à rien.

Quand on s’abstient, c’est qu’on est inscrit mais qu’on ne vote pas parce qu’on est déçu par l’offre politique.

Mais un vote annulé traduit un certain engagement citoyen. Cela montre que l’électeur croit en l’institution et l’utilité du vote, et pense qu’il est important de s’exprimer. En votant blanc, il est dans une démarche civique très forte et envoie un message politique clair.

– Là, on parle bien de votes blancs, et pas des erreurs qui peuvent être commises dans l’acte de vote ?

-Oui, les votes blancs sont considérés comme des bulletins annulés. Un vote blanc est systématiquement annulé. On ne fait pas la différence.

Les erreurs disent aussi quelque chose, contrairement à ce que l’on pense. Il faut être au dépouillement pour voir. Mais il y a des situations où les gens écrivent des insultes, font des grandes croix et qui vous disent qu’ils ont barré tout le bulletin pour dire aux candidats qu’ils sont tous mauvais. C’est pour exprimer des choses. Il y a même des gens qui écrivent des phrases, des messages, des textes… pour envoyer des messages aux partis politiques.

Et puis, il y a les petites erreurs, des croix qui ne sont pas bien placées, qui dépassent le cadre… Et ça c’est des rapports de force qui se jouent au niveau des bureaux de vote pour décider si on annule on pas un vote comme ça.

Je pense globalement que le plus gros des bulletins annulés correspondent plus à des positions civiques des électeurs qu’à des petites erreurs de croix dans la case… Il serait intéressant de faire ce travail, mais qui demande toutefois d’avoir accès aux bulletins annulés. La seule data qui aurait pu être possible à analyser, c’est si le ministère de l’Intérieur avait communiqué à l’échelle des bureaux de vote, le nombre de bulletins annulés, le nombre de bulletins annulés par parti, et que vous ayez un décompte séparé pour les législatives, les régionales et les communales. C’est un gros travail à faire. Sinon, il faut se contenter de faire une grosse enquête statistique auprès des électeurs.

Le PJD a gagné les élections à deux reprises en mobilisant 7% à 8% des adultes en âge de voter dans les grandes villes

– De manière globale, les données montrent que les partis qui ont couvert le plus ont obtenu le plus grand nombre de sièges ; la corrélation entre couverture et résultat est parfaite comme vous le prédisiez avant les élections…

-Et cela a été renforcé par le fait que le taux d’inscription et le taux de participation étaient plus élevés dans le rural que dans l’urbain. C’est une tendance lourde, qui a été aggravée également par la non campagne du PJD, de la FGD et du PSU.

Mécaniquement, si dans les grandes circonscriptions de liste (Casablanca, Rabat, Kenitra, Tanger, Salé…), les partis de militants qui mobilisent d’habitude l’électorat urbain font une mauvaise campagne, cela ne fait que renforcer les autres partis qui ont assuré une large couverture notamment dans le rural.

Les données montrent d’ailleurs quelque chose d’assez incroyable. Au Maroc, un parti politique qui arrive à convaincre 3% des adultes des grandes métropoles est capable d’avoir un groupe parlementaire. Le PJD a gagné les élections à deux reprises en mobilisant 7% à 8% des adultes en âge de voter des grandes villes. Cela lui a permis d’arriver premier. C’est assez incroyable.

Le RNI a réussi cette performance de 2021 par une campagne où il a pu toucher 2 à 3% de cet électorat urbain.

– Quand on refait les calculs avec l’ancien quotient électoral, on voit que le PJD a été le grand bénéficiaire de ce changement. Avez-vous fait des simulations dans ce sens ?

-On savait avant même les élections que le PJD allait sauver ses sièges dans les circonscriptions locales grâce au quotient électoral. Avec les résultats d’aujourd’hui, il aurait perdu les 3 sièges gagnés, pour n’en garder qu’un seul. Et ce siège qu’il conserve est un siège rural. Maintenant, du fait des grandes circonscriptions régionales, ils étaient assurés d’avoir quelques sièges dans les listes régionales, ils en ont eu 9.

Le nouveau quotient, c’est aussi ce qui a détruit la coalition de la FGD. Parce que Nabila Mounib a fait un calcul. Elle a vu qu’elle était sûre d’être élue au parlement via la liste régionale des femmes à Casablanca-Settat, et à partir de ce moment-là, elle a détruit l’alliance. C’est là où on voit toute la fragilité de la structure FGD.

C’est pour cela aussi qu’ils ont perdu au niveau de leur électorat et n’ont pas progressé puisqu’il sont toujours à deux sièges parlementaires, un de la FDG et un du PSU, qui est Nabila Mounib. Si Nabila Mounib n’avait pas pris cette décision, la FGD aurait pu avoir selon nos calculs au moins 6 sièges à la première chambre.

Le quotient, dans son ingénierie, était fait pour favoriser clairement les partis de gauche : le PPS, l’USFP et la FGD. Le modèle de quotient électoral et la dynamique de vote étaient notamment taillés pour que la FGD ait 10 à 12 sièges et avoir une forte présence au Parlement. Mais cela été cassé par les calculs individuels de Nabila Mounib.

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