Abdeslam Bekkali, nouveau maire : « Voici mon projet pour Fès »

Entretien. Lors de sa première interview, Abdeslam Bekkali, nouveau maire de Fès, présente ses priorités et sa vision pour les six prochaines années de son mandat. Sans langue de bois, il aborde tous les sujets, dont les principaux projets qu'il compte lancer dans la capitale spirituelle.

Abdeslam Bekkali, nouveau maire : « Voici mon projet pour Fès »

Le 22 novembre 2021 à 11h42

Modifié 22 novembre 2021 à 16h37

Entretien. Lors de sa première interview, Abdeslam Bekkali, nouveau maire de Fès, présente ses priorités et sa vision pour les six prochaines années de son mandat. Sans langue de bois, il aborde tous les sujets, dont les principaux projets qu'il compte lancer dans la capitale spirituelle.

Médecin de formation, Abdeslam Bekkali bénéficie d’ une longue expérience dans la gestion de la chose locale à Fès. En septembre dernier, ce représentant du RNI a succédé à Driss El Azami en tant que maire.

Dans cette interview, Médias24 linterroge sur ses ambitions et ses projets pour la ville. Il nous explique notamment comment il compte améliorer les recettes et lactivité économique. Il nous livre également sa vision sur les différents sujets qui font actuellement polémique, et auxquels les Fassis attendent des réponses.

Médias24 : Vous étiez membre du bureau du conseil sortant, vous connaissez donc parfaitement les problématiques de la commune. Quelles seront vos priorités en tant que maire de Fès pendant les six prochaines années ?

Abdeslam Bekkali : Je participe à la gestion de la mairie depuis 2003. J’ai été président de l’arrondissement Jnane El Ouard pendant deux mandats, de 2003 à 2015. J’ai ensuite été adjoint au maire de 2015 à 2021. La gestion d’un arrondissement, c’est un travail de proximité avec le citoyen, qui m’a appris à toujours avoir comme priorité le bien-être des habitants.

Ce bien-être passe notamment par une activité économique plus dynamique, pour relancer l’investissement et créer des emplois pour les jeunes de la ville. Ce n’est pas chose facile, on a besoin d’agir sur plusieurs dossiers, en même temps, pour rendre la ville plus attractive pour les investisseurs. Nous avons particulièrement besoin d’une infrastructure plus accueillante.

Nous voulons attirer tous types d’investisseurs, notamment les Fassis de Casablanca et d’autres villes qui ont réussi dans les affaires. Nous voulons les convier à participer au développement de leur ville d’origine, car nous savons qu’ils la portent toujours en eux.

Nous voulons aussi avoir une ville radieuse, vivante et dynamique. C’est pour cela que nous voulons encourager l’activité culturelle et sportive. Une ville plus animée est une ville plus attractive pour les jeunes, les touristes, les travailleurs, les investisseurs, etc.

J’aimerais par ailleurs que l’enseignement préscolaire soit généralisé à Fès pendant mon mandat. C’est la clé pour lutter contre le décrochage scolaire. Je cherche toutes les solutions pour aller de l’avant et je fais tout ce qui est en mon possible pour faciliter le déploiement de ce programme.

– Avez-vous des projets concrets qui vont dans le sens de ces priorités ?

– Il y a tout d’abord l’infrastructure. La ville commence à avoir de sérieux problèmes d’embouteillages. La voirie et le transport en ville sont parmi nos priorités. Il nous faut dorénavant plus de trémies dans la ville de Fès. La première sera située au niveau du rond-point, à la sortie de l’autoroute vers Meknès.

Tout cela sera inclut dans le plan d’aménagement que l’on va valider prochainement, où je vais également insister sur les zones d’activités commerciales, avec des lots de 200 à 500 m² à des prix encourageants. Elles serviront à accueillir des activités diverses comme les mécaniciens automobiles, la plomberie, la menuiserie aluminium, les bijouteries, etc. Des terrains ont déjà été identifiés, notamment au niveau de la route de Sidi Harazem, que je vais proposer aux différents partenaires pour qu’ils soient affectés à cette fonction.

En parallèle, il y aura des formations qualifiées. Nous travaillons avec différents partenaires pour que toutes les formations nécessaires à ces métiers soient disponibles. Je veux que ces jeunes, dès qu’ils terminent leur formation, puissent trouver des lieux où ils pourront être incubés pour démarrer leur activité professionnelle.

Nous sommes aussi en train de réaménager plusieurs piscines, qui seront prêtes pour l’été prochain, dont la piscine municipale. Il s’agit d’une piscine olympique que l’on essaiera de rendre couverte par la suite. De plus, le complexe estival d’Elmerja est en mauvais état ; nous allons travailler à son réaménagement avec le soutien de différents partenaires.

Nous allons réhabiliter plusieurs salles couvertes, comme la salle du 11 janvier, que nous allons équiper d’un nouveau tapis de bonne qualité. De plus, beaucoup de terrains de proximité sont malheureusement fermés. Nous allons œuvrer à les rouvrir pour les jeunes de la ville.

Dans le domaine sportif, nous allons octroyer cette année un montant de 2 millions de dirhams au MAS de Fès pour la construction d’un nouveau centre de formation, en plus des 3 millions de dirhams que nous lui accordons annuellement. Ce projet était en suspens, parce que l’on devait aussi trouver un terrain pour le Wydad de Fès. C’est chose faite : le WAF aura désormais son centre de formation au niveau de la route d’Imouzzer.

Nous voulons aussi nous tourner vers des moyens plus respectueux de lenvironnement. De ce fait, nous projetons de remplacer progressivement notre parc automobile par des voitures électriques et hybrides. Nous voulons faire entrer la ville dans l’ère de la transition énergétique. Nous voulons ainsi, dans ce sens, équiper la ville en bornes de recharges électriques afin d’encourager davantage de citoyens à se convertir à l’électrique.

Il faudra également créer plus d’espaces verts et d’espaces de détente. Vous allez bientôt vous rendre compte du changement qu’il va y avoir dans l’entrée de la ville via l’autoroute. Tout au long de la route entre le péage et la ville, il y aura des espaces verts sur les côtés avec des pistes cyclables et de jogging. C’est un projet mené avec plusieurs autres partenaires, qui sera prêt d’ici 8 à 10 mois.

– Justement, vous avez augmenté le budget d’entretien des espaces verts de 5 millions à 7 millions de dirhams. S’agit-il de faire un focus sur les espaces verts ?

– Oui. Le message qui est le nôtre, c’est que les espaces verts seront l’une de nos priorités. Mais nous ne nous arrêterons pas là : nous projetons d’investir, au cours des prochaines années, dans de nouveaux projets.

Nous avons par exemple l’idée d’un grand projet d’espace vert sur la vallée de Lhouajriyine, de Bab Jdid jusqu’à l’hôtel Palais Médina. Nous lancerons les études prochainement pour y créer des jardins, avec des espaces de détente et des pistes cyclables et de jogging. Il pourrait devenir le nouveau grand espace de sortie et de pique-nique pour les Fassis. 

J’ai aussi demandé aux présidents d’arrondissement de me faire un recensement de tous les jardins de quartiers qui sont abandonnés ou en mauvais état. On lancera un marché en début d’année pour aménager tous ces espaces verts.

Même pour l’arrosage, nous allons faire tous les efforts pour que ce ne soit pas un problème, jusqu’à creuser des puits s’il le faut, en prenant bien sûr toutes les mesures nécessaires pour optimiser la consommation d’eau, en utilisant le goutte-à-goutte autant que possible. 

– Vous avez l’un des budgets les plus faibles, juste avant Salé. Comment expliquez-vous cette situation, alors que la ville est l’une des plus peuplées au Maroc, avec plus d’un million d’habitants ? Que comptez-vous faire pour améliorer les revenus de Fès ?

– Les recettes de la commune sont étroitement liées à l’activité économique de la ville. Les taxes communales dépendent de l’activité commerciale, de l’immobilier, du tourisme, etc. C’est pour cela qu’il est important de relancer la machine économique à Fès.

Nous avons aussi un grand problème dans le reste à recouvrer. L’argent dû à la commune s’élève à près de 2 milliards de dirhams. Nous comptons beaucoup sur le contribuable fassi et sur son sens civique pour s’acquitter de ses taxes.

De notre côté, nous allons faire un effort de sensibilisation et de communication pour solutionner ce problème. Nous allons aussi nous activer auprès du gouvernement pour obtenir plus d’aides, notamment sur ce qui revient à la ville des recettes de la TVA. 

Enfin, nous allons travailler à l’augmentation des recettes des équipements communaux, comme par exemple le marché de gros ou le marché de poisson. Nous songeons même à la gestion déléguée de ces deux équipements si jamais cela peut augmenter les recettes de la commune.

– Le budget voté n’a pas évolué par rapport à celui de 2021 : il est toujours au-dessous du budget d’avant-crise. Pourquoi une telle prudence ?

– Nous sommes réalistes : avec ce budget de 695 millions de dirhams, nous partons déjà sur un déficit de 45 millions de dirhams. Nous allons donc faire un grand effort dans la collecte des recettes pour pouvoir éponger ce déficit.

– Durant la session extraordinaire pour l’adoption du budget, vous avez parlé d’un nouveau marché de poisson. Pourquoi pensez-vous que Fès en ait besoin ?

– Je suis médecin de formation, et la santé du citoyen me concerne particulièrement. Je ne peux pas passer à côté de choses qui peuvent nuire à la santé publique. Le marché actuel n’est pas à la hauteur et ne répond pas aux normes du ministère de l’Agriculture et de la pêche maritime.

Et il n’y a pas que le marché de poisson ; même l’abattoir communal est dans un état inacceptable. Lors de la session de février du conseil, nous traiterons une convention tripartite entre la commune, la région et le ministère de l’Agriculture, pour construire un nouvel abattoir sur une superficie de 5 à 6 hectares.

– Durant cette même session, vous avez évoqué le cas de la société chargée de la gestion déléguée du transport urbain dans la ville, City Bus. Vous l’avez menacée d’amendes pour non-respect des obligations inscrites dans le cahier des charges. De quoi s’agit-il ?

– Il y a un contrat, avec un cahier de charges, qui lie la commune en tant que délégataire à cette société en tant que délégué. J’ai constaté qu’il y avait beaucoup de clauses qui n’étaient pas respectées par cette société.

Cette société a obtenu, en 2012-2013, une subvention de l’État de 62 millions de dirhams pour l’achat de bus. Elle n’en a utilisé que le tiers pour acheter une quarantaine de minibus en 2013-2014. On ne sait toujours pas où sont passés les deux autres tiers.

En 2017-2018, elle a encore reçu une subvention de l’État de 74 millions de dirhams. C’est une subvention qui était destinée avant tout à assurer un bon transport pour les étudiants. Or sur le terrain, on ne voit rien.

Aujourd’hui, nous sommes face à un service défaillant et indigne du citoyen fassi. Il y a des lignes qui ne sont pas couvertes, pas assez de bus, surtout pour les étudiants. Au démarrage de cette année scolaire, l’État a tout fait pour faire redémarrer l’enseignement en présentiel. Nous avons été surpris de constater que, au même moment, cette société a augmenté le prix d’abonnement des étudiants de 30%. Je me suis immédiatement opposé à cette augmentation avec l’aide des autorités. Les étudiants ont également protesté. Nous avons très vite réagi et œuvré pour que cette augmentation soit annulée.

Mais je ne m’arrête pas là ! J’ai déposé un avertissement, par voie d’huissier, auprès de cette société, car il y a un manque dans le parc de bus. Nous avons encore 122 bus hérités de l’ancienne Régie autonome de transport urbain de Fès (RATF), qui circulent alors qu’ils auraient dû être remplacés avant 2018.

D’autre part, il fallait ajouter 194 nouveaux bus, car le parc doit être actuellement constitué de 358 bus. Sur ce point, je serai ferme et je me placerai du côté du citoyen. La société a 30 jours pour répondre. J’adresserai un second avertissement après l’expiration de ce délai, comme mentionné dans le cahier des charges.

– La société Fès Parking a suscité une forte polémique au moment de son lancement. Quelle est votre position à ce sujet ? Allez-vous poursuivre le projet ? Si oui, est-ce que ce sera aux mêmes conditions ?

– Fès Parking est une Société de développement local (SDL) dont la création a été votée et validée durant le mandat du conseil précédent. Elle appartient à la commune à hauteur de 51%. Elle devra gérer et moderniser le service du parking à Fès.

Il y a eu un mauvais démarrage de ce projet et, surtout, une mauvaise communication. Il n’a pas été bien expliqué aux habitants. Les gens ont été surpris de voir apparaître du jour au lendemain des plaques mentionnant 20 dirhams la journée. C’est normal qu’il y ait un refus de la part des automobilistes ; moi-même je l’ai refusé en tant qu’adjoint au maire.

Le service se basait sur une digitalisation du service de paiement en utilisant le smartphone, ce qui est bien en soi, car nous sommes pour l’innovation. Il permet de payer à la minute : par exemple, si vous vous garez pendant 3 minutes pour aller acheter du pain, vous ne payez que 10 centimes.

J’ai demandé à ce qu’on offre la possibilité de payer par cash contre un ticket. C’est important pour les gens qui n’ont pas de smartphone et qui ne sont pas à l’aise avec le paiement par mobile.

Il y a donc beaucoup de choses qui doivent être réglées. Il ne faut pas oublier, cependant, que les parkings étaient contrôlés par des lobbies, qui en faisaient une rente et en profitaient plus que les gardiens eux-mêmes. Le gardien est sous le contrôle d’un intermédiaire auquel il doit reverser près de 80% de la recette.

On ne peut pas laisser ce système continuer ainsi, d’autant qu’il y avait aussi beaucoup de réclamations des automobilistes quant aux dépassements de certains gardiens, qui étaient obligés d’agir ainsi afin de reverser un certain montant aux intermédiaires. Le gardien est dans une situation difficile, entre le marteau et l’enclume. Je tiens à ce que les gardiens de parking gardent leur place et soient recrutés par la société. J’ai demandé à la société de les identifier et de les recruter en tant que salariés. Monsieur le Wali a aussi exigé du partenaire étranger un représentant marocain, afin qu’il soit un interlocuteur direct et permanent. Il ne faut pas oublier, enfin, que la société doit s’acquitter d’une redevance de 6 millions de dirhams à la commune chaque année, en plus de 51% des bénéfices. Ce sont des recettes dont la commune a besoin. 

Le partenaire étranger s’engage quant à lui à investir 74 millions de dirhams dans un parking souterrain de 500 places au niveau de la place Florence. Il y aura aussi d’autres parkings surélevés métalliques, sur un ou deux étages, notamment au niveau du parking du marché central.

La société doit honorer ces engagements. Elle dispose d’un an pour le faire selon le cahier des charges. 

– La ville de Fès est une destination touristique réputée pour son artisanat. Depuis le début de la pandémie, ces deux secteurs sont en crise. Quelle sera votre réponse ?

– Le tourisme dans la ville de Fès profite du projet royal de réhabilitation de la médina, sur deux phases 2013-2018 et 2018-2021. Ce sont des projets énormes qui vont changer le visage de la médina et rendre sa visite plus intéressante.

Parmi ces projets, figure le réaménagement de la place Boujloud. Nous allons faire en sorte qu’elle devienne, une fois le projet achevé, une place animée de façon originale et digne de la ville de Fès. Il y aura des activités culturelles, des spécialités culinaires, du divertissement, etc. Mais ce ne sera pas une copie de la place Jemaa El Fna ; elle sera à l’image de Fès et de sa culture ancestrale. Concernant l’artisanat, on pense à créer une foire permanente pour mieux promouvoir le produit artisanal de Fès.

– Les habitants et les acteurs économiques de Fès se plaignent du faible développement économique de la ville. Que prévoyez-vous pour soutenir l’investissement ?

– Nous voulons travailler main dans la main avec le Centre régional d’investissement, qui a désormais un directeur très dynamique et une équipe qualifiée avec lui. Nous voulons travailler ensemble pour redynamiser l’investissement dans la ville.

Plusieurs zones industrielles sont prévues dans la région. Parmi elles, l’une est prévue par la Chambre française de commerce et d’industrie, à côté de l’aéroport. Elle offrira des lots en location entre 2.000 et 5.000 m². Ce projet prévoit d’assurer environ 2.500 emplois directs et 1.500 emplois indirects. On prévoit également le réaménagement de plusieurs zones industrielles existantes, et la relance de la zone industrielle et logistique de Ras El Ma, avec le projet de port sec.

On travaille enfin pour que la ville soit reliée à moins de 150 minutes à l’un des principaux ports du nord du pays, que ce soit Tanger Med ou Nador West Med. C’est l’un des projets sur lesquels on travaille avec la région.

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