Couverture médiatique des élections 2021 : la HACA livre ses observations

La Haute Autorité de la communication audiovisuelle a publié ses conclusions liées à la couverture médiatique des élections législatives, régionales et communales générales du 8 septembre 2021, par les services radiophoniques et télévisuels.

Couverture médiatique des élections 2021 : la HACA livre ses observations

Le 22 novembre 2021 à 17h58

Modifié 22 novembre 2021 à 17h58

La Haute Autorité de la communication audiovisuelle a publié ses conclusions liées à la couverture médiatique des élections législatives, régionales et communales générales du 8 septembre 2021, par les services radiophoniques et télévisuels.

Le rapport de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) présente les données concernant la couverture médiatique des élections sur une période de 38 jours, englobant la période de la précampagne électorale (du 1er au 25 août 2021), la période de la campagne officielle (du 26 août au 7 septembre 2021) et le jour du scrutin (le 8 septembre 2021).

Le suivi de cette couverture médiatique a permis de faire ressortir les principaux constats suivants :

– Adaptation des grilles de programme :

80% des services radiophoniques et télévisuels, publics et privés, composant le paysage audiovisuel national, dont 5 télévisions et 15 radios publiques, ainsi qu’une télévision et 12 radios privées, ont participé à la couverture des élections législatives générales, régionales et communales de 2021, contribuant à la promotion de la participation et de la mobilisation citoyenne lors de ce processus électoral.

Parallèlement à l’aménagement de leurs grilles de programmes habituelles, les radios et télévisions ont programmé de nouvelles émissions dédiées aux élections, en vue d’ajuster leur offre d’information aux besoins et impératifs propres au contexte électoral. Ainsi, en dehors des spots de sensibilisation à l’importance de la participation citoyenne et des capsules d’explication relatives au déroulement du scrutin, 2.238 programmes 458 heures de temps d’antenne au total – en lien avec les différents aspects et thématiques du processus électoral ont été recensés, dont 519 éditions de magazines d’information et de débat, ainsi que 1 719 journaux et bulletins d’information. Le temps d’antenne quotidien moyen occupé par les interventions audiovisuelles des personnalités partisanes s’élevait à 5 heures, contre environ une heure en période normale (hors élections).

– Complémentarité entre l’offre d’information du pôle public et celle des opérateurs privés :

Selon les conclusions de la HACA, les chaînes publiques de radio et de télévision ont, dès le 1er août 2021, adopté une programmation spécifique comportant plusieurs programmes dédiés aux élections. Au total, 296 heures de temps d’antenne ont été consacrées à ces programmes ayant traité des élections en tout ou en partie.

En revanche, la majorité des services privés de radio et de télévision n’ont entamé leur programmation électorale qu’après le début de la campagne officielle. Cet apport en programmes d’information et de débat a permis de réaliser une certaine complémentarité entre l’offre d’information du pôle public et celle des opérateurs privés. Le volume horaire global consacré aux élections par les services de radio et de télévision privés s’est élevé à 162 heures, soit 4 heures 15 minutes en moyenne quotidienne. Ces services audiovisuels privés ont par ailleurs diffusé 45% des 190 heures allouées aux meetings et activités des partis politiques participant aux élections (hors rediffusions).

– Évolution des temps d’antenne alloués aux partis politiques :

La première catégorie de partis, constituée des six formations disposant d’un groupe au sein de l’une des deux chambres du Parlement, a bénéficié de 47% du temps d’antenne global alloué aux partis politiques participant au scrutin. La deuxième catégorie, qui englobe les neuf partis représentés au Parlement mais n’ayant pas de groupe propre, a bénéficié de 29% du temps d’antenne global. Ce constat indique que les temps d’antenne effectivement utilisés par les partis de ces deux catégories sont très proches des quotas prévus par la décision du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle, fixés respectivement à 50% et 30%.

La troisième catégorie, formée des 17 partis politiques non représentés au Parlement, a quant à elle obtenu 24% du volume global du temps d’antenne, une part qui dépasse le quota de 20% prévu par la décision du Conseil supérieur en faveur de cette catégorie. Ce supplément de temps d’intervention a été le fait de radios privées qui ont beaucoup sollicité les membres de ces partis non représentés au Parlement.

Par ailleurs, certaines disparités ont été constatées au niveau des temps d’antenne effectivement utilisés par les partis politiques. Questionnés à ce propos par le Comité veille et vigilance ad hoc de la HACA, les opérateurs audiovisuels ont avancé plusieurs explications, dont notamment : des difficultés de communication avec certaines formations politiques, des désistements tardifs de représentants de partis politiques à l’invitation des radios et télévisions, ou encore l’incapacité de certaines formations à désigner des représentants amazighophones pour intervenir dans les médias.

– Faible niveau de représentation des femmes :

Les femmes ont représenté 19% du total des 1.012 personnalités publiques (politiques, universitaires, professionnels et société civile) ayant pris la parole dans les émissions de radio et de télévision liées aux élections. Cet effectif se compose de 112 personnalités féminines membres de partis politiques, et de 86 intervenantes sans lien avec les partis, dont la moitié se sont exprimées au nom de la société civile.
Le temps d’antenne des interventions de femmes affiliées aux partis politiques a représenté 19% de la durée totale du temps des personnalités intervenues au nom des formations politiques. 22% du temps de ces interventions féminines a été relevé dans les programmes des services audiovisuels publics, contre 16% dans ceux des radios et télévisions privées.

Par ailleurs, la personnalité partisane masculine, qui est le plus intervenue pendant la période électorale dans les médias audiovisuels, a utilisé un temps d’antenne dépassant le double de celui dont a bénéficié la personnalité partisane féminine la plus présente dans les radios et les télévisions au cours de la même période.

La présence des femmes dans les programmes de la campagne électorale officielle a représenté 32% de l’ensemble des participants à ces programmes.

Il est apparu, à la suite de recoupements effectués par la HACA, que le faible niveau de représentation des femmes dans les programmes audiovisuels de la période électorale n’est pas forcément imputable aux choix éditoriaux des radios et télévisions. La place réelle qu’occupent les femmes au sein des hiérarchies et organes dirigeants des partis politiques, comme les possibilités qui leur sont permises d’accéder au porte-parolat de leurs formations, sont des facteurs qui expliquent également cette sous-représentation.

Autre constat : l’expression des citoyens était aussi majoritairement masculine, les femmes ne représentant que 22% du total des interventions des 2.172 citoyens qui ont eu l’occasion d’exprimer leurs positions, attentes et aspirations lors de la campagne relative aux élections du 8 septembre.

– Participation des jeunes :

Le rapport de la HACA a recensé 369 contenus radiophoniques et télévisuels ayant donné la parole à des jeunes à propos de questions relatives aux différentes étapes, opérations et thématiques du processus électoral, soit 20% du volume total des programmes où des intervenants ont pris la parole.

Environ la moitié des programmes de la campagne officielle (capsules d’expression partisane directe, invités aux journaux parlés et télévisés et couverture des meetings) ont représenté de jeunes membres de partis politiques.

La couverture audiovisuelle de l’actualité électorale de la journée du scrutin a été également marquée par la diffusion de plusieurs reportages et comptes-rendus mettant l’accent sur la participation au vote de jeunes entre 18 et 25 ans. Beaucoup ont été sollicités par les radios et télévisions à la sortie des bureaux de vote.

– Intégration de la langue des signes et prise en compte des questions liées aux personnes en situation de handicap :

La HACA a pris acte des efforts particuliers déployés par les services de l’audiovisuel public, en particulier la chaîne de télévision Al Aoula, pour assurer un usage de la langue des signes permettant aux personnes sourdes et malentendantes de jouir de leur droit citoyen d’accès à l’information électorale.

La langue des signes a été intégrée dans 174 contenus liés au processus électoral, dont notamment les journaux d’information de la chaîne Al Aoula. D’autre part, il a été relevé que seul un parti politique a utilisé la langue des signes dans les interventions télévisées qui lui ont été allouées dans le cadre des programmes de la campagne électorale officielle.

Par ailleurs, les questions traitant de la problématique du handicap n’ont été abordées que dans 3,25% des contenus, dont plus de la moitié a été diffusée par les services audiovisuels publics. Les personnes en situation de handicap sont intervenues dans 1% du total des contenus audiovisuels électoraux comptabilisés par la HACA. À ce niveau, il a aussi été constaté que 7 partis politiques ont permis à des personnes en situation de handicap d’intervenir dans 17 programmes de la campagne électorale officielle.

Ces chiffres demeurent en deçà de l’engagement recommandé par le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle, en période électorale comme en période normale.

– Promotion de la diversité linguistique et géographique

92% des programmes de la période électorale ont été diffusés dans les deux langues officielles, l’arabe et l’amazigh. L’arabe a représenté les trois quarts de ce volume horaire, sachant que 30 services sur 33 l’ont employé dans l’animation de la période électorale, alors que la langue amazighe a été utilisée par 10 services, dont deux radios privées à vocation régionale et locale.

En ce qui concerne la prise en compte de la dimension locale dans la programmation des programmes électoraux, il a été relevé que certaines radios privées à couverture régionale et locale ont veillé à donner la priorité, dans leur programmation, aux questions d’intérêt public local.

– Faible présence de débats contradictoires

Le suivi des programmes des radios et télévisions consacrés à la question électorale a montré une faible présence de débats contradictoires entre candidats de partis politiques. Même dans les programmes où sont intervenus concomitamment plusieurs candidats ou représentants de partis, les échanges ont été peu interactifs et se sont succédé d’une manière qui ne permet pas au public d’accéder à des contre-argumentations susceptibles de l’aider à se forger une opinion précise sur les questions exposées. De même, dans les rares cas où des représentants de différents partis politiques ont participé au même programme, les journalistes-animateurs ont privilégié la démarche consistant à recueillir les réponses des différents intervenants à la même question plutôt que d’engager les intervenants à débattre et à réagir aux opinions exprimées.

Par ailleurs, en raison du contexte de mobilité réduite et de distanciation sociale lié à la pandémie de la Covid-19, les radios et les chaînes de télévision ont adopté deux variantes de programmes interactifs pour l’accompagnement de la campagne électorale, la première en mode présentiel des participants au sein des studios, et la seconde à travers l’échange à distance via des plateformes numériques. L’intervention, dans les deux cas, de représentants des partis de manière séparée a réduit davantage les opportunités d’interactions directes et d’un débat contradictoire.

– Lutte contre les fausses informations

La HACA a relevé certaines initiatives prises par quelques services audiovisuels, visant à démentir deux fausses nouvelles diffusées sur les réseaux sociaux. La première concernait la nouvelle de l’assassinat d’un président de conseil communal dans la région de Taounate, pour des raisons en liaison avec la compétition électorale. La seconde avait trait à la diffusion d’un document, fallacieusement présenté comme étant le bulletin de vote officiel qui serait adopté lors des scrutins du 8 septembre 2021.

– Une seule plainte reçue par la HACA 

Au cours de l’ensemble de la période, le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle n’a été saisi que d’une seule plainte, déposée par un parti politique participant aux élections, à propos d’un contenu électoral diffusé par une chaîne de télévision publique le jour du scrutin.

Le Conseil supérieur a statué sur la plainte et a notifié sa décision au parti plaignant et à la chaîne de télévision concernée. Le Conseil a également décidé de traiter un certain nombre d’auto-saisines concernant divers programmes de radio et de télévision, dont certains diffusés pendant la période électorale et d’autres le jour du scrutin. Toutes ces émissions comportaient des écarts par rapport aux règles édictées par la décision du Conseil supérieur relative à la garantie du pluralisme de l’expression politique dans les services de communication audiovisuelle pendant les élections législatives, régionales et communales générales de 2021.

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