Automobile : le marché de l’occasion face à une explosion des prix

À l’instar du marché des voitures neuves, celui des voitures d’occasion se retrouve impacté par la crise des semi-conducteurs. Une situation qui conduit à l’explosion des prix, qui atteint 15% sur certains modèles.

Automobile : le marché de l’occasion face à une explosion des prix

Le 24 novembre 2021 à 17h50

Modifié 24 novembre 2021 à 18h44

À l’instar du marché des voitures neuves, celui des voitures d’occasion se retrouve impacté par la crise des semi-conducteurs. Une situation qui conduit à l’explosion des prix, qui atteint 15% sur certains modèles.

Le marché des voitures neuves n’est pas le seul à être impacté par la crise des semi-conducteurs, qui dure depuis quelques mois déjà.

Selon les acteurs du secteur des voitures d’occasion joints par Médias24, le constat est unanime : la demande est bel et bien présente, mais l’offre ne suit pas. Les particuliers qui devaient vendre leurs véhicules après quatre ou cinq ans d’usage tardent à le faire en raison de l’indisponibilité du neuf chez les concessionnaires.

Résultat : les prix des voitures d’occasion ont largement augmenté, avoisinant à présent ceux du neuf. Ce qui choque encore plus les professionnels du secteur de l’occasion, c’est que, faute de disponibilité dans le marché du neuf, les gens sont prêts à acheter une voiture ancienne à un prix inférieur d’à peine 5% à 10% par rapport à son prix initial chez les concessionnaires.

« Très forte corrélation entre les marchés de voitures neuves et d’occasion »

Joint par Médias24, Nizar Abdallaoui Maane, fondateur de Kifal Auto, société spécialisée dans la vente de voitures d’occasion, souligne qu’il « y a une très forte corrélation entre les ventes de véhicules neufs et celles des voitures d’occasion. Une voiture neuve en début de chaîne devient une voiture d’occasion après trois à quatre ans d’utilisation ».

« La pénurie des semi-conducteurs fait qu’aujourd’hui, on a une croissance moins importante sur le marché de l’occasion que ce qu’on aurait dû avoir, dans la mesure où 2020 a été impactée par la crise du Covid. »

« L’année 2020 a été calme. Elle a connu un recul en termes de ventes par rapport à 2019. » Pour 2021, M. Abdallaoui estime que « l’on aurait dû avoir une année meilleure » mais, ajoute-t-il, « je crois qu’elle s’achèvera avec des niveaux légèrement supérieurs à l’an passé ». Même son de cloche auprès de Hicham Benouna, conseiller et spécialiste dans la mise en place des voitures d’occasion. « Le marché d’occasion est très tendu en ce moment, puisqu’il connaît une très forte pénurie », nous confie-t-il.

« Il y a une grande demande, mais très peu d’offre. Le marché du neuf connaît une indisponibilité des véhicules, causée en grande partie par la pénurie de la crise des semi-conducteurs. »

Sopriam (qui regroupe les marques Peugeot, Citroën et DS) et Autohall (qui regroupe notamment les marques Ford, DFSK, Nissan, Mitsubishi et Fuso), qui disposent également de services d’occasion, font le même constat : « Beaucoup de demandes mais pas assez de stock, en particulier pour le service de reprise. »

Rallongement des délais de vente

Cette situation entraîne deux principales conséquences, la première étant le rallongement des délais de vente. « Les gens qui veulent vendre leurs anciens véhicules prennent à présent un peu plus de temps que d’habitude, principalement parce qu’ils attendent eux-mêmes un véhicule neuf plus longtemps qu’ils ne le pensaient, en raison de la rupture des stocks chez les concessionnaires. Le délai de vente est donc rallongé », nous fait savoir le fondateur de Kifal Auto.

Hicham Benouna confirme : « Les gens qui devaient acheter une voiture neuve pour remplacer leur ancien véhicule tardent à le faire, ce qui crée une pénurie dans le marché d’occasion. »

Explosion des prix des voitures d’occasion

La deuxième conséquence a trait au prix de vente. Selon un responsable du service des voitures d’occasion à Sopriam, « les prix de vente ont subi une hausse d’au moins 5% ».

« Les voitures d’occasion sont aujourd’hui vendues plus cher qu’avant« , confirme Nizar Abdallaoui Maane, qui souligne que « sur certains modèles, cette hausse peut être estimée à 15%« .

« Nous avons des clients qui ont acheté leurs voitures d’occasion sur notre plateforme en 2019, qu’ils vendent aujourd’hui au même prix qu’il y a deux ans. C’est une manière d’illustrer l’augmentation des prix. Un véhicule pareil aurait dû subir au moins 20% de décote. »

« Il y a donc un effet boule de neige qui commence par le neuf. Le manque de stock chez les concessionnaires fait que lorsque quelqu’un met en vente une voiture après une année d’usage, à un prix 5% à 10% moins cher que son prix initial, les clients sont disposés à l’acheter. »

« Avant, ils  étaient à la recherche d’opportunités. À présent, ils sont à la recherche de disponibilité, ce qui pousse les vendeurs à afficher des prix supérieurs aux valeurs ‘théoriques’ des véhicules. »

Hicham Benouna estime également que la pénurie dans le marché de l’occasion « entraîne une envolée des prix, qui ne suivent plus aucune logique. Une voiture de trois ans subit une décote d’à peine 20% actuellement, ce qui est complètement illogique. Le prix de l’occasion se rapproche énormément du prix du neuf. À titre d’exemple, une petite citadine, Renault Clio ou Ford Fiesta, âgée de trois ans, qui coûte environ 160.000 DH, peut être proposée à 130.000 DH. L’écart est faible et les gens achètent quand même. »

Une crise qui se poursuivra au moins jusqu’en juin 2022

Tous nos interlocuteurs s’accordent à dire que cette crise devrait se poursuivre au moins jusqu’au premier semestre de 2022, si ce n’est jusqu’à début 2023.

« Selon les concessionnaires et les importateurs, c’est une crise qui pourrait se poursuivre durant toute l’année 2022 », indique Hicham Benouna. « Le problème de l’approvisionnement et des semi-conducteurs ne sera pas réglé avant fin 2022 ou début 2023. Le marché restera donc très tendu d’ici là. »

Et d’ajouter : « Toutes les gammes de voitures sont touchées, et particulièrement le haut de gamme. Si une voiture entrée de gamme est équipée d’environ 5.000 semi-conducteurs, les voitures haut de gamme en comptent plus de 25.000″, compte tenu des options qu’elles offrent.

Nizar Abdallaoui Maane estime pour sa part qu’un retour à la normale ne pourrait avoir lieu qu’à partir du mois de juin de l’année prochaine.

Quel est le volume global des voitures d’occasion vendues en 2021 ?

Jusqu’à présent, les chiffres officiels relatifs au secteur n’ont pas encore été publiés selon nos différentes sources. Les chiffres de mutations de carte grise sont publiés chaque fin d’année par le ministère de l’Équipement et l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA).

Mais selon notre interlocuteur à AutoHall, la règle est la suivante : « Le nombre de voitures d’occasion vendues en une année est généralement le triple de celui des véhicules neufs. »

Selon les chiffres publiés par la NARSA jusqu’en 2020, consultés par Médias24, 2020 a connu la vente de 280.260 véhicules d’occasion, contre 405.145 en 2019.

La NARSA table sur une hausse de 15% en 2021, soit environ 320.000 véhicules particuliers d’occasion, pour un retour à des volumes de 2019 à partir de 2022. La NARSA prévoit également une croissance annuelle de 5% à partir de 2023. Des chiffres difficiles à atteindre si la crise des semi-conducteurs se poursuivait.

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