Coque téléphonique, bibliothèque, restaurant : tels sont quelques unes des réalisations du prolifique designer Younes Duret. Basé à Marrakech, ce Franco-Marocain aime à souligner le rôle du design dans l’innovation, elle-même facteur de performance entrepreneuriale.

Il est un designer qui avait le sourire des jours heureux dans les locaux de l’école d’ingénieurs casablancaise ÉHTP tout récemment. Younes Duret y était en effet convié pour recevoir le prix du « Meilleur espoir Tizi », édition 2014. Cette distinction récompense chaque année des jeunes marocains qui « incarnent le talent, la diversité et le potentiel du Maroc ».

Ce prix n’est pas qu’un parchemin aux termes agréables : il donne droit à une session de formation d’une semaine, axée sur le leadership, dans la plus renommée des universités, celle de Harvard ! Plus précisément, cela se passera à la Kennedy School. Et ce, sous réserve que, à son retour, le lauréat du prix partage les connaissances acquises avec le public intéressé, en donnant des conférences trois jours durant.

Que M. Duret se retrouve ainsi sous les feux des projecteurs n’est pas le fruit de la chance ni d’un coup de piston de la part d’un réseau déterminé. Ces derniers mois, la montée en puissance de l’agence de design et de son créateur ne fait que se confirmer.

Le dernier projet en date a été concrétisé début 2014 de l’autre côté de la Méditerranée : Fine lalla ?, marque de restauration rapide à la marocaine lancée dans la capitale française. Pour les deux jeunes entrepreneurs maroco-parisiens qui ont créé avec succès Fine lalla ?, M. Duret a proposé un concept novateur : introduire l’ambiance d’une ruelle marocaine dans un restaurant d’une grande ville d’un pays du Nord. Une telle commande requiert un design global. Ainsi, le stylicien émoulu de la fameuse école de design ÉNSCI - Les Ateliers a imaginé le tumulte des passants et des marchands affairés, dans un flottement d’effluves d’épices…

À partir de là, il a conçu le logotype, la charte graphique, la signalétique. Ensuite, il a formalisé l’intérieur de l’établissement, sous forme de strates, avec des matériaux tantôt rustiques tantôt raffinés : pisé, plâtre, béton, bois de cèdre. Enfin, le lieu a été segmenté tel un ensemble de souks, d’où le coin « Chez Habib » pour siroter un thé à la menthe ou encore le coin « Chez Inès » où l’on commande des pâtisseries faites maison, soit en tout cinq échoppes.

Du salon au mobilier urbain

Autre actualité, mais moins palpable : Sofarab, ce concept de canapé modulable, dont les assises participent d'une volonté de réinterpréter l’esthétique marocaine, les formes de l’ameublement nord-africain et de faire émerger un design arabe qui soit clairement contemporain. Si le Sofarab est prêt sur le plan conceptuel et du prototype fin 2013, il ne lui reste qu’être intégré dans une chaîne de production pour sa commercialisation. Seulement voilà, le Sofarab s’inscrit dans une gamme de produits qui sont, quant à eux, encore en cours de prototypage par Souk’na.

« En effet, nous explique Younes Duret, cette société souhaite mettre en vente, simultanément, toute la gamme de meubles design ‘‘By Younes Duret pour Souk’na’’. Étant donné que l’exigence de la qualité est de mise, la réalisation d’un prototype nécessite plusieurs mois avant sa validation technique finale. » À noter que la société Souk’na, première entreprise d’édition de mobilier à exister au Maroc, a été fondée dernièrement par M. Duret, qui en a – comme l’on s’en doute – travaillé lui-même le logotype, le positionnement mercatique, de même que son site Internet.

Donnée récente également : la participation de Younes Duret au projet de mobilier urbain mené par Mafoder en direction du monde arabe et du continent africain. Le designer a conçu une gamme de mobilier urbain (banc, corbeille, garde-corps) qui est en cours de prototypage. « Sachant que l’innovation fait partie de l’ADN de Mafoder, et compte tenu du talent de Younes Duret, nous avons fait appel à lui, entre autres professionnels », commente, auprès de Médias 24, cet industriel de la fonderie de fonte qu’est Ibrahim Slaoui.

Entre l’industrie lourde et la fine hôtellerie, il y a un fossé qui ne dérange absolument pas notre designer. Au profit du Grace Hotel qui devrait ouvrir à Marrakech avant l’été 2015, il a impulsé une dynamique de motifs, d’architecture intérieure, etc., aux fondements arabo-berbères.

Vers une convergence panarabe du design ?

En matière de réalisations visibles dans le secteur CHR (cafés/hôtels/restaurants) à Marrakech, on doit à M. Duret le design du restaurant de cuisine libanaise Azar et de son lounge bar Hanoot. Un design qui en met plein la vue : de plain-pied, un Orient somptueusement moderne, aux lignes extrêmement codifiées ; au sous-sol, un kitch assumé et décalé, notamment à travers une banquette qui semble avoir fusionné avec un carrossa (ou inversement) ! Pas étonnant, dès lors, que l’Azar ait été, peu de temps après, classé parmi les 13 restaurants les plus mémorables du monde par l’édition anglophone et nord-américaine du magazine français Elle Déco.

Le Proche et Moyen-Orient ne laisse d’autant pas indifférent M. Duret qu’il constate volontiers que « le Liban est un moteur de la création, surtout au niveau du design graphique » et qu’il suit avec émerveillement l’évolution des Koweïtiens, qui se révèlent grâce à des manifestions comme la conférence Executing Shock Culture, tenue à Nuqat en novembre 2013. Il se trouve que le travail du participant Younes Duret y a été remarqué par un ponte levantin du domaine : le Pr George Arbid, docteur en design (Harvard), commissaire à l'actuelle Biennale internationale de Venise, entre autres. Toujours à propos du monde arabe, le Franco-Marocain perçoit en Tunisie une vive et louable créativité. « Je suis très enthousiaste à l’idée de ce qui arrive un peu partout dans notre aire », conclut Younes Duret.

S’il est une caractéristique qui différencie – de façon tangible – M. Duret de bon nombre de ses confrères du monde arabe et d’ailleurs, c’est sans nul doute la préoccupation environnementale. Alors qu’il n’a pas l’habitude d’évoquer la notion de développement durable, il multiplie les conceptions-réalisations tenant compte du souci d’énergie propre, de recyclage et/ou d’économie de matière.

Miniradiateur écologique

L’objet le plus singulier à cet égard est probablement Canoon, tant par sa forme que par sa fonction, Canoon est un moyen de chauffage d’appoint électrique, inspiré du petit brasero traditionnel marocain et pourvu d’un design attachant. Fabriqué entièrement avec du plastique recyclé, il fonctionne selon le principe de l’inertie thermique par l’entremise de coussinets en lin garnis de noyaux de cerises qui accumulent et diffusent la chaleur dans le foyer de l’appareil. Shems, quant à lui, semble faire figure de produit plus conventionnel au regard des précédentes inventions liées aux énergies renouvelables sur le marché. Ce « lampasol » (mi-parasol - mi-lampadaire) protège des ardeurs du soleil, avant d’en restituer la lumière la nuit le cas échéant, et fonctionne exclusivement à l’énergie solaire grâce à des capteurs photovoltaïques intégrés sur le dessus de l’ombrelle et à un accumulateur d’énergie lestant le pied.

Même l'outil de travail se met au vert chez Younes Duret Design. En atteste cette impressionnante imprimante 3D qui utilise l’amidon de maïs – biodégradable – pour proposer aux clients des prototypes. « Nous inscrivons ce procédé non seulement dans une démarche environnementale, mais également dans un point de vue personnel : penser à nos enfants et au monde dans lequel ils vivront demain », précise Mia Duret, directrice financière de l’agence et sœur de l’entrepreneur.

Un goût d’inachevé

D’autres aspects du parcours de Younes Duret Design ont, eux, un goût d’inachevé. Le projet Damasquini, voulu par le ministère chargé de l’Artisanat en 2010, avec pour intervenant Younes Duret, a connu une fin édifiante en termes de politiques publiques. Pour rappel, l’objectif était d’enrichir les lignes de produits des mono-artisans de Meknès spécialisés dans la production d'articles de damasquinerie (art de la gravure sur acier ou sur fer) et de les adapter aux tendances actuelles du marché, afin de générer de meilleurs revenus pour les artisans. Une occasion inespérée de redonner vie à un corps de métiers menacé de disparition, avec tout ce que cela implique pour le patrimoine et l’activité économique artisanaux du Maroc… « Pour des raisons structurelles et de défaut de paiement, l’État a mis un terme à ce type de projet », raconte posément M. Duret. Fiable et désintéressé, ce dernier a laissé ouvert le blog dédié afin, poursuit-il, «que les contacts et les informations soient en libre accès et puissent être bénéfiques aux artisans avec lesquels j’avais travaillé. »

Même tentation de l’atterrement face au destin dérouté du Belek. Ce projet de tricycle à usage commercial, bien qu'étant bon marché, ergonomique et non polluant, n’a pas atteint le stade de la mise en marché, malgré un réel intérêt du public – artisans, notamment – et l’attribution d’un prix par la Biennale internationale de Saint-Étienne. « Le Belek devait être produit par une société de transport spécialisée dans le triporteur, se souvient Younes Duret. En pleine phase terminale de l’accord, les dirigeants et actionnaires majeurs de la société ont finalement décidé de ne pas commercialiser le projet et ont préféré importer des triporteurs taïwanais ! Quelque six années plus tard, cette société vend simplement des voiturettes de golf ».

Entrepreneuriat et jeunes générations

Ces deux cas de figure mettent sur la table la question de l’entrepreneuriat au Maroc. En tout état de cause, Younes Duret demeure motivé et continuellement en effervescence. Mia Duret, titulaire notamment d’un master banque & finance, n’est pas en reste.

« Le retour sur investissement, pour nous, s’est fait sentir dès la deuxième année d’existence, indique-t-elle. Nous ne cessons de bénéficier d’un engouement pour le design, plus prononcé au sein des jeunes générations entrepreneuriales – 20-35 ans. Elles représentent aujourd’hui notre principale clientèle. Elle est convaincue qu’une création d’entreprise doit obligatoirement être accompagnée d’un concept, d’innovation, cela dès l’amont du projet et jusqu’à la mise, sur le marché, du produit. »

Une clientèle qui, au vu des bénéfices réalisés par Younes Duret Design, n’adopte pas la posture du rejet de créations qui, de la bibliothèque à la ligne d'assiettes de mise en bouche, en passant par la coque de téléphone-tablette, sont « le résultat d’un croisement de l’Orient et de l’Occident, de la tradition et de la modernité ». L'essor de la PME de design passe par une installation, en 2015, dans des bureaux flambant neufs, cosignés par l'architecte Driss Bennani et « à notre image », dixit Mia Duret. Qui en douterait ?


 

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Coque téléphonique, bibliothèque, restaurant : tels sont quelques unes des réalisations du prolifique designer Younes Duret. Basé à Marrakech, ce Franco-Marocain aime à souligner le rôle du design dans l’innovation, elle-même facteur de performance entrepreneuriale.


 

Il est un designer qui avait le sourire des jours heureux dans les locaux de l’école d’ingénieurs casablancaise ÉHTP tout récemment. Younes Duret y était en effet convié pour recevoir le prix du « Meilleur espoir Tizi », édition 2014. Cette distinction récompense chaque année des jeunes marocains qui « incarnent le talent, la diversité et le potentiel du Maroc ».

Ce prix n’est pas qu’un parchemin aux termes agréables : il donne droit à une session de formation d’une semaine, axée sur le leadership, dans la plus renommée des universités, celle de Harvard ! Plus précisément, cela se passera à la Kennedy School. Et ce, sous réserve que, à son retour, le lauréat du prix partage les connaissances acquises avec le public intéressé, en donnant des conférences trois jours durant.

Que M. Duret se retrouve ainsi sous les feux des projecteurs n’est pas le fruit de la chance ni d’un coup de piston de la part d’un réseau déterminé. Ces derniers mois, la montée en puissance de l’agence de design et de son créateur ne fait que se confirmer.

Le dernier projet en date a été concrétisé début 2014 de l’autre côté de la Méditerranée : Fine lalla ?, marque de restauration rapide à la marocaine lancée dans la capitale française. Pour les deux jeunes entrepreneurs maroco-parisiens qui ont créé avec succès Fine lalla ?, M. Duret a proposé un concept novateur : introduire l’ambiance d’une ruelle marocaine dans un restaurant d’une grande ville d’un pays du Nord. Une telle commande requiert un design global. Ainsi, le stylicien émoulu de la fameuse école de design ÉNSCI - Les Ateliers a imaginé le tumulte des passants et des marchands affairés, dans un flottement d’effluves d’épices…

À partir de là, il a conçu le logotype, la charte graphique, la signalétique. Ensuite, il a formalisé l’intérieur de l’établissement, sous forme de strates, avec des matériaux tantôt rustiques tantôt raffinés : pisé, plâtre, béton, bois de cèdre. Enfin, le lieu a été segmenté tel un ensemble de souks, d’où le coin « Chez Habib » pour siroter un thé à la menthe ou encore le coin « Chez Inès » où l’on commande des pâtisseries faites maison, soit en tout cinq échoppes.

Du salon au mobilier urbain

Autre actualité, mais moins palpable : Sofarab, ce concept de canapé modulable, dont les assises participent d'une volonté de réinterpréter l’esthétique marocaine, les formes de l’ameublement nord-africain et de faire émerger un design arabe qui soit clairement contemporain. Si le Sofarab est prêt sur le plan conceptuel et du prototype fin 2013, il ne lui reste qu’être intégré dans une chaîne de production pour sa commercialisation. Seulement voilà, le Sofarab s’inscrit dans une gamme de produits qui sont, quant à eux, encore en cours de prototypage par Souk’na.

« En effet, nous explique Younes Duret, cette société souhaite mettre en vente, simultanément, toute la gamme de meubles design ‘‘By Younes Duret pour Souk’na’’. Étant donné que l’exigence de la qualité est de mise, la réalisation d’un prototype nécessite plusieurs mois avant sa validation technique finale. » À noter que la société Souk’na, première entreprise d’édition de mobilier à exister au Maroc, a été fondée dernièrement par M. Duret, qui en a – comme l’on s’en doute – travaillé lui-même le logotype, le positionnement mercatique, de même que son site Internet.

Donnée récente également : la participation de Younes Duret au projet de mobilier urbain mené par Mafoder en direction du monde arabe et du continent africain. Le designer a conçu une gamme de mobilier urbain (banc, corbeille, garde-corps) qui est en cours de prototypage. « Sachant que l’innovation fait partie de l’ADN de Mafoder, et compte tenu du talent de Younes Duret, nous avons fait appel à lui, entre autres professionnels », commente, auprès de Médias 24, cet industriel de la fonderie de fonte qu’est Ibrahim Slaoui.

Entre l’industrie lourde et la fine hôtellerie, il y a un fossé qui ne dérange absolument pas notre designer. Au profit du Grace Hotel qui devrait ouvrir à Marrakech avant l’été 2015, il a impulsé une dynamique de motifs, d’architecture intérieure, etc., aux fondements arabo-berbères.

Vers une convergence panarabe du design ?

En matière de réalisations visibles dans le secteur CHR (cafés/hôtels/restaurants) à Marrakech, on doit à M. Duret le design du restaurant de cuisine libanaise Azar et de son lounge bar Hanoot. Un design qui en met plein la vue : de plain-pied, un Orient somptueusement moderne, aux lignes extrêmement codifiées ; au sous-sol, un kitch assumé et décalé, notamment à travers une banquette qui semble avoir fusionné avec un carrossa (ou inversement) ! Pas étonnant, dès lors, que l’Azar ait été, peu de temps après, classé parmi les 13 restaurants les plus mémorables du monde par l’édition anglophone et nord-américaine du magazine français Elle Déco.

Le Proche et Moyen-Orient ne laisse d’autant pas indifférent M. Duret qu’il constate volontiers que « le Liban est un moteur de la création, surtout au niveau du design graphique » et qu’il suit avec émerveillement l’évolution des Koweïtiens, qui se révèlent grâce à des manifestions comme la conférence Executing Shock Culture, tenue à Nuqat en novembre 2013. Il se trouve que le travail du participant Younes Duret y a été remarqué par un ponte levantin du domaine : le Pr George Arbid, docteur en design (Harvard), commissaire à l'actuelle Biennale internationale de Venise, entre autres. Toujours à propos du monde arabe, le Franco-Marocain perçoit en Tunisie une vive et louable créativité. « Je suis très enthousiaste à l’idée de ce qui arrive un peu partout dans notre aire », conclut Younes Duret.

S’il est une caractéristique qui différencie – de façon tangible – M. Duret de bon nombre de ses confrères du monde arabe et d’ailleurs, c’est sans nul doute la préoccupation environnementale. Alors qu’il n’a pas l’habitude d’évoquer la notion de développement durable, il multiplie les conceptions-réalisations tenant compte du souci d’énergie propre, de recyclage et/ou d’économie de matière.

Miniradiateur écologique

L’objet le plus singulier à cet égard est probablement Canoon, tant par sa forme que par sa fonction, Canoon est un moyen de chauffage d’appoint électrique, inspiré du petit brasero traditionnel marocain et pourvu d’un design attachant. Fabriqué entièrement avec du plastique recyclé, il fonctionne selon le principe de l’inertie thermique par l’entremise de coussinets en lin garnis de noyaux de cerises qui accumulent et diffusent la chaleur dans le foyer de l’appareil. Shems, quant à lui, semble faire figure de produit plus conventionnel au regard des précédentes inventions liées aux énergies renouvelables sur le marché. Ce « lampasol » (mi-parasol - mi-lampadaire) protège des ardeurs du soleil, avant d’en restituer la lumière la nuit le cas échéant, et fonctionne exclusivement à l’énergie solaire grâce à des capteurs photovoltaïques intégrés sur le dessus de l’ombrelle et à un accumulateur d’énergie lestant le pied.

Même l'outil de travail se met au vert chez Younes Duret Design. En atteste cette impressionnante imprimante 3D qui utilise l’amidon de maïs – biodégradable – pour proposer aux clients des prototypes. « Nous inscrivons ce procédé non seulement dans une démarche environnementale, mais également dans un point de vue personnel : penser à nos enfants et au monde dans lequel ils vivront demain », précise Mia Duret, directrice financière de l’agence et sœur de l’entrepreneur.

Un goût d’inachevé

D’autres aspects du parcours de Younes Duret Design ont, eux, un goût d’inachevé. Le projet Damasquini, voulu par le ministère chargé de l’Artisanat en 2010, avec pour intervenant Younes Duret, a connu une fin édifiante en termes de politiques publiques. Pour rappel, l’objectif était d’enrichir les lignes de produits des mono-artisans de Meknès spécialisés dans la production d'articles de damasquinerie (art de la gravure sur acier ou sur fer) et de les adapter aux tendances actuelles du marché, afin de générer de meilleurs revenus pour les artisans. Une occasion inespérée de redonner vie à un corps de métiers menacé de disparition, avec tout ce que cela implique pour le patrimoine et l’activité économique artisanaux du Maroc… « Pour des raisons structurelles et de défaut de paiement, l’État a mis un terme à ce type de projet », raconte posément M. Duret. Fiable et désintéressé, ce dernier a laissé ouvert le blog dédié afin, poursuit-il, «que les contacts et les informations soient en libre accès et puissent être bénéfiques aux artisans avec lesquels j’avais travaillé. »

Même tentation de l’atterrement face au destin dérouté du Belek. Ce projet de tricycle à usage commercial, bien qu'étant bon marché, ergonomique et non polluant, n’a pas atteint le stade de la mise en marché, malgré un réel intérêt du public – artisans, notamment – et l’attribution d’un prix par la Biennale internationale de Saint-Étienne. « Le Belek devait être produit par une société de transport spécialisée dans le triporteur, se souvient Younes Duret. En pleine phase terminale de l’accord, les dirigeants et actionnaires majeurs de la société ont finalement décidé de ne pas commercialiser le projet et ont préféré importer des triporteurs taïwanais ! Quelque six années plus tard, cette société vend simplement des voiturettes de golf ».

Entrepreneuriat et jeunes générations

Ces deux cas de figure mettent sur la table la question de l’entrepreneuriat au Maroc. En tout état de cause, Younes Duret demeure motivé et continuellement en effervescence. Mia Duret, titulaire notamment d’un master banque & finance, n’est pas en reste.

« Le retour sur investissement, pour nous, s’est fait sentir dès la deuxième année d’existence, indique-t-elle. Nous ne cessons de bénéficier d’un engouement pour le design, plus prononcé au sein des jeunes générations entrepreneuriales – 20-35 ans. Elles représentent aujourd’hui notre principale clientèle. Elle est convaincue qu’une création d’entreprise doit obligatoirement être accompagnée d’un concept, d’innovation, cela dès l’amont du projet et jusqu’à la mise, sur le marché, du produit. »

Une clientèle qui, au vu des bénéfices réalisés par Younes Duret Design, n’adopte pas la posture du rejet de créations qui, de la bibliothèque à la ligne d'assiettes de mise en bouche, en passant par la coque de téléphone-tablette, sont « le résultat d’un croisement de l’Orient et de l’Occident, de la tradition et de la modernité ». L'essor de la PME de design passe par une installation, en 2015, dans des bureaux flambant neufs, cosignés par l'architecte Driss Bennani et « à notre image », dixit Mia Duret. Qui en douterait ?


 

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