Edition du livre: Bichr Bennani s'oppose à l'assistanat (Crédit: Dimitri Neyt)

Invité dans le cadre des mercredis de Racine, tenu le mardi 4 mars pour des raisons indépendantes de la volonté des organisateurs, l’éditeur et libraire Bichr Bennani ne mâche pas ses mots.

Il parle du soutien réservé aux éditeurs, et rejette, en bloc, la subvention telle que proposée par le ministère de la culture, tout en proposant des réformes durables.

 

L’essoufflement du marché de l’édition durant les dernières années au Maroc est palpable, passant, pour les maisons d’éditions qui connaissent une productivité régulière, d’une moyenne de 15 titres par an dans les années 1990 à 6 ou 7 actuellement.

Ce constat regrettable est accentué par le non-respect de la chaîne du livre. En effet, qu’ils soient associations ou structures étatiques, plusieurs acteurs s’improvisent éditeurs de livres.

Bichr Bennani estime qu’il n’existe, actuellement, qu’une trentaine de maisons d’éditions actives, toutes catégories confondues, entre les productions en langues arabe et française, les productions de manuels scolaires…etc. D’ailleurs, cela explique la faible représentativité du Maroc dans les salons du livre internationaux. «Le Maroc n’a jamais été représenté par plus d’une douzaine de maisons d’éditions» rapporte B. Bennani.

Le calcul est rapidement fait: Au Maroc, il existe une maison d’édition pour un million d’habitants. Pourtant, «le Marocain lit. Mais, ne lit pas n’importe quoi» insiste l’éditeur, et ajoute que «bien des livres ont été édité à plusieurs milliers d’exemplaires au Maroc, et le potentiel est encore sous-exploité: parmi les 18 millions d’alphabétisés, il est possible d’atteindre 9 millions de lecteurs potentiels.»

Pour y arriver, il faut d’abord rendre ses lettres de noblesse à l’industrie de l’édition. Cela passe par l’abandon de la logique de subvention et d’assistanat, promue par le ministère de la culture. D’ailleurs, le travail de fond du ministère pour la revalorisation de la lecture n’a pas été fait.

«Il faut savoir que les éditeurs sont soumis au même régime fiscal que n’importe quelle société de la place. Il faudrait redéfinir le cadre légal, chose que le ministère a tendance à occulter.»

B. Bennani note que réhabilitation du livre passe inévitablement par le respect de toute la chaîne, dont les libraires. A ce propos, il est important de noter qu’il n’existe que 850 librairies dans tout le Maroc, dont seulement une quinzaine seulement qui disposent d’outils suffisamment sophistiqués pour répondre à la demande.

De plus, ces librairies sont inégalement réparties sur le territoire national. C’est la raison principale du manque de diffusion du livre au Maroc, la librairie étant le seul endroit de proximité avec le lecteur.

Cette précarité est alimentée par le non respect de l’activité de libraire en tant que maillon indispensable dans le processus de diffusion du livre. Ainsi, plusieurs importateurs exclusifs vendent les productions directement au public.

Pire, les libraires sont victimes d’un hold-up institutionnel: pour la promotion de la lecture publique, le ministère de la culture fait appel aux importateurs, en contournant les libraires, poussant plusieurs librairies au dépôt de bilan. Parallèlement, certaines écoles marocaines obligent les parents d’élèves à acheter les livres mis en vente dans leur établissement, dans un mutisme complice des autorités compétentes.

Concernant les subventions à l’édition, B. Bennani s’y oppose ouvertement: «il faut refuser le système d’aide individuelle qui crée l’allégeance et le clientélisme» dit-il avant d’ajouter qu’il ne faut «soutenir que les actions collectives qui visent à promouvoir l’édition.»

Changeant de casquette, B. Bennani le libraire estime qu’il faut «obligatoirement définir le métier de libraire. Car, jusqu’à aujourd’hui, les lois confondent librairies, papeteries et kiosques. Cette définition permettra un meilleur recensement capable de faire ressortir les bonnes statistiques.»

Cet appel arrive au moment où le ministère de la culture a décidé de débloquer la somme de 10 millions de dirhams au titre des subventions aux métiers du livre. Le message qu’adresse Bichr Bennani au ministre de la culture Mohamed Amine Sbihi est clair, mettant aujourd’hui noir sur blanc ce que le ministre était censé lire entre les lignes.


 

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Edition du livre: Bichr Bennani s'oppose à l'assistanat (Crédit: Dimitri Neyt)

Invité dans le cadre des mercredis de Racine, tenu le mardi 4 mars pour des raisons indépendantes de la volonté des organisateurs, l’éditeur et libraire Bichr Bennani ne mâche pas ses mots.

Il parle du soutien réservé aux éditeurs, et rejette, en bloc, la subvention telle que proposée par le ministère de la culture, tout en proposant des réformes durables.

 

L’essoufflement du marché de l’édition durant les dernières années au Maroc est palpable, passant, pour les maisons d’éditions qui connaissent une productivité régulière, d’une moyenne de 15 titres par an dans les années 1990 à 6 ou 7 actuellement.

Ce constat regrettable est accentué par le non-respect de la chaîne du livre. En effet, qu’ils soient associations ou structures étatiques, plusieurs acteurs s’improvisent éditeurs de livres.

Bichr Bennani estime qu’il n’existe, actuellement, qu’une trentaine de maisons d’éditions actives, toutes catégories confondues, entre les productions en langues arabe et française, les productions de manuels scolaires…etc. D’ailleurs, cela explique la faible représentativité du Maroc dans les salons du livre internationaux. «Le Maroc n’a jamais été représenté par plus d’une douzaine de maisons d’éditions» rapporte B. Bennani.

Le calcul est rapidement fait: Au Maroc, il existe une maison d’édition pour un million d’habitants. Pourtant, «le Marocain lit. Mais, ne lit pas n’importe quoi» insiste l’éditeur, et ajoute que «bien des livres ont été édité à plusieurs milliers d’exemplaires au Maroc, et le potentiel est encore sous-exploité: parmi les 18 millions d’alphabétisés, il est possible d’atteindre 9 millions de lecteurs potentiels.»

Pour y arriver, il faut d’abord rendre ses lettres de noblesse à l’industrie de l’édition. Cela passe par l’abandon de la logique de subvention et d’assistanat, promue par le ministère de la culture. D’ailleurs, le travail de fond du ministère pour la revalorisation de la lecture n’a pas été fait.

«Il faut savoir que les éditeurs sont soumis au même régime fiscal que n’importe quelle société de la place. Il faudrait redéfinir le cadre légal, chose que le ministère a tendance à occulter.»

B. Bennani note que réhabilitation du livre passe inévitablement par le respect de toute la chaîne, dont les libraires. A ce propos, il est important de noter qu’il n’existe que 850 librairies dans tout le Maroc, dont seulement une quinzaine seulement qui disposent d’outils suffisamment sophistiqués pour répondre à la demande.

De plus, ces librairies sont inégalement réparties sur le territoire national. C’est la raison principale du manque de diffusion du livre au Maroc, la librairie étant le seul endroit de proximité avec le lecteur.

Cette précarité est alimentée par le non respect de l’activité de libraire en tant que maillon indispensable dans le processus de diffusion du livre. Ainsi, plusieurs importateurs exclusifs vendent les productions directement au public.

Pire, les libraires sont victimes d’un hold-up institutionnel: pour la promotion de la lecture publique, le ministère de la culture fait appel aux importateurs, en contournant les libraires, poussant plusieurs librairies au dépôt de bilan. Parallèlement, certaines écoles marocaines obligent les parents d’élèves à acheter les livres mis en vente dans leur établissement, dans un mutisme complice des autorités compétentes.

Concernant les subventions à l’édition, B. Bennani s’y oppose ouvertement: «il faut refuser le système d’aide individuelle qui crée l’allégeance et le clientélisme» dit-il avant d’ajouter qu’il ne faut «soutenir que les actions collectives qui visent à promouvoir l’édition.»

Changeant de casquette, B. Bennani le libraire estime qu’il faut «obligatoirement définir le métier de libraire. Car, jusqu’à aujourd’hui, les lois confondent librairies, papeteries et kiosques. Cette définition permettra un meilleur recensement capable de faire ressortir les bonnes statistiques.»

Cet appel arrive au moment où le ministère de la culture a décidé de débloquer la somme de 10 millions de dirhams au titre des subventions aux métiers du livre. Le message qu’adresse Bichr Bennani au ministre de la culture Mohamed Amine Sbihi est clair, mettant aujourd’hui noir sur blanc ce que le ministre était censé lire entre les lignes.


 

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